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2,7 millions de pages Wikipedia ont été écrites par un seul homme

21 juillet 2014

Physicien d’origine suédoise, Sverker Johansson est aujourd’hui le plus grand contributeur de Wikipedia : il a à son actif 2,7 millions de pages, soit l’équivalent de 8,5% de l’intégralité de l’encyclopédie en ligne.

Pour le Wall Street Journal (WSJ) qui revient sur cet exploit, l’ouvrage titanesque serait surtout le fruit d’une étroite collaboration entre l’homme et la machine. Explications.

Wikipedia , ou l’écriture avec les machines 

Le physicien a deux atouts essentiels pour un encyclopédiste en ligne : il est passionné de linguistique et de programmation. Pour générer le maximum d’articles sur son sujet de prédilection, les espèces vivantes, il a ainsi réussi à créer Lsjbot, un programme informatique capable d’écrire 10 000 articles par jour. 

Pour rédiger, ce bot a déjà toute sa trame de rédacteur pré-mâchée : elle correspond à ce que l’on appelle les langages de balisage. Puis, tout comme les nombreux autres bots de l’encyclopédie en ligne, il va chercher les liens, les images et les informations dans de larges base de données taxinomiques puisées sur Internet. Ainsi, pour son thème, il s’agit par exemple de la plateforme publique Catalogue of Life qui répertorie les espèces vivantes. Après, tout l’art de ce « néo-rédacteur » revient à compiler le tout dans une unité de sens. 

Des robots pour rédacteurs, ou l’équation inégale entre quantité et qualité.

Pour Achim Raschka, un fervent contributeur de Wikipedia, la production en masse d’articles va à l’encontre de la qualité : les écrits de Lsjbot contiennent des informations plus ou moins fiables, explique-t-il, et font l’impasse sur beaucoup d’éléments du sujet traité.

Un argument que Sverker Johansson n’entend pas de la sorte. Pour lui, il incombe en fait à chacun de compléter les articles très courts des robots. Leur avantage, c’est qu’ils traitent de sujets très spécifiques, souvent délaissés par les plus grands contributeurs (des « nerds » de sexe masculin, selon sa typologie)… à la différence des thèmes populaires, comme le Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien qui a généré pas moins de 150 articles sur ses personnages.

Cette « pratique rédactionnelle » questionne sur l’écriture à deux mains, celle de l’homme et de la machine. Il est intéressant par exemple de rappeler – comme l’expliquait Stuart Geiger, un doctorant en ethnographie computationnelle de l’Université de Californie de Berkley, que les deux tiers des 30 meilleurs éditeurs de Wikipedia sont des robots. Leur usage est d’ailleurs régulé par un groupe sur Wikipedia, appelé « Bot Approvals Group« . Une assistance critiquée par certains chercheurs, à l’image de Frédéric Kaplan ou de Bernard Stiegler qui parlent de « prothèses linguistiques » pour évoquer les algorithmes qui corrigent et prolongent nos propos, voire écrivent à la place de l’homme. Pour autant, cette « écriture-machine » ne s’inscrit-elle pas déjà dans la longue tradition de notre relation à l’écriture depuis l’arrivée des nouvelles technologies, et notamment celle du traitement de texte, où le correcteur orthographique s’immisce dans nos rédactions ?

Pour en savoir plus, c’est ici dans l’article du WSJ.

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