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A Oakland, un écran géant connecte les riches et les pauvres de la ville

11 février 2015

Imaginez que dans la ville de « no-go zones » qu’est devenue Paris en ce début 2015, un écran géant posé dans une rue de Passy donne à voir, en temps réel ce qui se passe à Barbès. De l’autre côté du miroir, les habitants de Barbès ont une fenêtre sur les va-et-vient des habitants du 16ème arrondissement… c’est ni plus, ni moins ce que deux artistes d’Oakland, aux Etats-Unis ont fait en connectant deux quartiers de leur ville en vidéo dans la rue. 

Rockridge est un quartier dans lequel « le marché du coin vend du sel de truffe et des pots de moutarde à 25 dollars », commente FastCo Exist. A quelques rues de là, San Antonio présente un tout autre visage : moins de la moitié des habitants ont un diplôme d’études secondaires, le revenu est inférieur d’un tiers de celui de Rockridge et y on compte trois fois plus de crimes.

Bien sûr, les habitants de Rockridge ne vont jamais à San Antonio, et vice-versa. Alors quand ils ont été connectés par deux écrans géants donnant en temps réel un aperçu de la vie des autres, et leur permettant même de se parler, la surprise était palpable.


« Je pense qu’il ya quelque chose de très profond d’avoir à reconnaître notre responsabilité partagée envers l’autre, tout simplement, même dans un contexte politique très brutal,
explique l’artiste Maya Gurantz, qui a créé le projet avec Ellen Sebastian Chang. Ces deux quartiers partagent un maire, les mêmes ressources, les mêmes impôts locaux… des choses très concrètes ».

Ce projet des deux artistes s’inspire d’une œuvre d’art de 1980 baptisée « trou dans l’espace », qui a temporairement connecté Los Angeles et New York par vidéoconférence, 23 ans avant l’apparition de Skype. A l’époque, les passants étaient juste fascinés par la technologie, expliquent-elles. Aujourd’hui ils sont plutôt gênés : les habitants de San Antonio y voient un outil de surveillance et demandent si la vidéo est transmise à la police, quand ceux de Rockridge se plaignent du bruit.

« Je peux m’asseoir et être connectée à ma famille en Israël, mais j’ai l’impression que nous sommes tellement dans nos réseaux que nous ne voyons plus nos voisins », regrette l’artiste.

D’où ce projet révélant les inégalités socio-spatiales pour mieux les dénoncer.

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