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Bye-bye les villes intelligentes, bienvenue à la "ville sensible"

9 octobre 2013

Ville numérique, puis ville intelligente… et maintenant, « ville sensible » ? A mesure que les recherches sur la « ville connectée » avancent, les appellations changent et oublient la technique pour se rapprocher de l’humain. Une intention louable qu’on aurait tort de cantonner à une approche marketing.

A l’heure où les technologies qui ont changé nos modes de vie entrent dans l’espace urbain, doit-on encore parler de ville « intelligente » ? Ce terme avait détrôné l’expression « ville numérique » il y a quelques années, quand les penseurs technophiles qui l’ont médiatisée très tôt se sont aperçus que c’était un peu réducteur. 

A présent, voici ce qu’en dit Carlo Ratti, directeur du MIT Senseable Lab de Boston dans une interview à Arte : 

« Aujourd’hui, tout le monde parle des villes intelligentes. C’est un qualificatif qui ne nous plait pas beaucoup :  ça donne un peu l’idée d’un ordinateur à ciel ouvert… mais il s’agit de bien plus que cela ! C’est pourquoi nous appellons notre laboratoire la ville sensée : une ville qui se sert des technologies, mais pour mettre les gens au coeur de la ville ». 

Pour le chercheur, la convergence entre le monde numérique et le monde de l’information « crée des possiblilités infinies dans notre manière de décrire les villes, de les concevoir et à terme dans notre manière d’y vivre ». Transports, énergie, déchets, eau : « tous ces flux qui traversent nos villes sont transformés en profondeur par notre capacité à combiner l’information numérique et les infrastructures physiques ».  


Mais que voir dans ce glissement sémantique ?
Les enthousiastes salueront « l’humanisation » d’une discipline au service de l’Homme, après tout, fût-il augmenté par les technos. Evidemment, c’est surtout quand elles se font oublier que ces dernières peuvent être bonnes ! Quant aux sceptiques, ils ne manqueront pas de rappeler qu’il ne suffit pas de coller une étiquette « bio » sur un produit pour qu’il soit bon pour la santé… prenez ces transhumanistes qui nous verraient bien en cyborgs : eux aussi se réclament de l’humanisme. 

On attend donc avec impatience un manifeste de la ville sensible… qui donnerait quelques codes de bonne conduite pour que les technos dans la ville la rendent avant tout plus humaine. Dans cet exercice, il ne faudra pas craindre de se mesurer aux problématiques des données personnelles, on encore aux démons d’un Evgeny Morozov, par exemple, qui avait cette anecdote :

Dans le métro de Berlin, il n’y a pas de tourniquets barrant l’accès aux personnes n’ayant pas acheté leur billet. Les berlinois ont donc chaque jour un choix moral à faire en entrant dans le métro – choix qui est interdit dans les villes comme New York qui ont adopté les tourniquets. Avec cette « solution technologique », New York a donc contribué à une ville plus apaisée, moins frictionnelle… mais où l’on a aussi moins de choix. Et cette ville est-elle plus humaine pour autant ? N’est-ce pas le fait d’avoir au quotidien de nombreux choix à faire, et d’accepter de devoir en réaliser certains dans la douleur, qui fait de nous des êtres matures – et des humains ?

Droit et éthique divergeant souvent, la possibilité de frauder dans certains cas d’urgence serait même essentielle pour une ville et une vie harmonieuses – c’est ce qu’explique Patrick Lin, directeur d’un groupe de recherche sur l’éthique des sciences émergentes à l’Université Polytechnique de l’Etat de Californie, dans un passionnant billet sur The Atlantic rempli d’exemples. A l’heure où des voitures sans chauffeurs pourraient être programmées pour respecter scrupuleusement le code de la route, dessinant une nouvelle interface de mobilités pour la ville, pas sûr qu’une intelligence artificielle remplace notre capacité de discernement fondée notamment sur l’empathie…

Alors la « ville sensible », simple label marketing ou véritable enjeu ? Dans sa pratique, le MIT Senseable Lab excelle en tout cas dans le design d’expériences rendant service aux citadins, comme ce surprenant drone-guide dans les dédales du campus de Harvard :
 

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