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"A mesure que l’entreprise grossit, le métier d’entrepreneur n’a plus rien à voir" (2/2)

23 novembre 2014

A Paris le 13 novembre dernier, huit start-up de l’accélérateur Microsoft Ventures pitchaient devant un parterre d’investisseurs. Des jeunes entreprises à haut potentiel, confiantes et pleines d’avenir, qui nous racontent leur développement rapide.
Deuxième partie de notre interview avec Airdoc, qui réinvente la communication évenementielle des entreprises, et Onemoretab, qui réunit l’ensemble des titres de presse français sur une plateforme.

Votre start-up a beaucoup grandi depuis son entrée à l’accélérateur Microsoft Ventures [en janvier pour Airdoc, et en avril pour Onemoretab]. Comment avez-vous élargi votre équipe ?

Matthieu Leventis (Airdoc Solutions) : On vient de recruter deux développeurs, dont un qui est quasiment un directeur technique. Ça fait deux ans qu’on existe, et la première année on travaillait beaucoup avec des amis qui nous aidaient, qui facturaient un petit peu, ou des prestataires. Il y a eu ensuite une phase où l’on était avec des stagiaires, donc on avait une équipe un peu gonflée artificiellement, mais pas de façon pérenne. Et là depuis juillet dernier on a recruté un premier développeur, et on vient tout juste de recruter un lead développeur qui arrive lundi prochain pour renforcer l’équipe technique. C’est les premiers recrutements à faire parce que le commercial doit être tenu par les fondateurs pendant encore un certain temps.

Pierre Tisserant (Onemoretab) : Pour l’instant nous avons juste fait appel à des stagiaires qui sont venus, mais pour l’instant non, nous n’avons pas encore d’équipe stabilisée. C’est pour ça que l’on attend un peu d’avoir des fonds pour avoir une équipe un peu plus claire et plus « fixe ». Mais nous avons toujours eu des gens qui travaillent autour de nous : des designers, des développeurs.

Les profils que l’on rechercherait seraient techniques, au moins au début, et après l’ensemble des profils liés à l’entreprise, comme la communication.

Comment s’est passé le passage de cet esprit start-up, avec seulement les deux fondateurs, à l’entreprise qui commence à recruter, qui se développe ?

Matthieu Leventis (Airdoc Solutions) : Ce n’est pas forcément facile, parce que le métier change complètement. Au fur et à mesure que l’entreprise grossit, le métier d’entrepreneur n’a plus rien à voir. Au début il s’agit de repérer si  le besoin existe et de fabriquer avec trois bouts de ficelles un prototype pour voir si on répond à ce besoin-là. C’est le côté bricoleur, Géo Trouvetou, ingénieur, qui prime. Et même sur le côté marketing : il faut avoir de petites idées pour que ça marche bien. Une fois qu’on a réuni des financements, on a quelque chose de plus structuré, on a davantage de pilotage, un côté gestion de projet. Et très vite, dès qu’on commence à recruter, ça change : c’est moi qui ai construit tout le produit au niveau logiciel pendant plus d’un an, je maitrisais tout, et là, je ne maitrise plus complètement mon logiciel. Il y a tellement de choses à faire au niveau investisseurs que j’ai dû lâcher cette partie.

On passe d’un métier où on maitrise tout à un métier où on doit savoir complètement lâcher les choses pour juste rester en pilotage même si parfois on a des exigences et que parfois les gens fonctionnent différemment. Ce sont d’autres qualités qui sont demandées : savoir motiver les gens, s’entourer des bonnes personnes, les gérer, déléguer correctement, obtenir un résultat qui nous satisfait.

Pierre Tisserant et Eric Benites, de Onemoretab

 

Votre ambition, c’est aussi de vous développer à l’international ?

Matthieu Leventis (Airdoc Solutions) : Oui, dès que l’on peut. Une entreprise est assez liée au caractère de ses fondateurs, et on a tous les deux par nos études, les gens que l’on fréquente, des caractères très internationaux. Naturellement, ce sera un plaisir pour nous de travailler à l’international, et on ne se sent pas du tout limité au niveau de la France. On n’a aucune raison de rester en France, et au niveau marché, c’est évident que c’est un frein ne penser que français. Il faut absolument penser à l’international, et les start-up qui ne le font pas s’handicapent. Et l’erreur serait de penser qu’il faut d’abord commencer en France avant d’aller à l’international, parce que des marchés plus dynamiques et plus rapides peuvent absorber une innovation plus rapidement, ce qui fait des références à l’international, et ce sont ces références qui vont rassurer les clients français. Donc oui, il faut aller à l’international dès que les moyens le permettent.

Pierre Tisserant (Onemoretab) : Bien sûr, le but est de se lancer dans un autre pays a minima à la fin de l’année 2015. On fait un test en France, on voit comment ça marche, on organise les process, etc., et en parallèle on entre en contact avec les autres journaux d’un pays cible pour arriver à y sortir à la fin de l’année 2015.

Je pense que les start-up ont de plus en plus besoin de se développer à l’international, parce qu’on les trouve de plus en plus sur des marchés de niche, les gros marchés étant bien pris depuis longtemps par les anciennes start-up. A partir du moment où l’on reste sur un marché assez réduit, on est forcément obligé d’agrandir le marché au-delà du pays où l’on était, parce que c’est naturel et que ça se fera de plus en plus.

Avec le recul, avez-vous un conseil pour ceux qui souhaitent créer leur start-up ?

Matthieu Leventis (Airdoc Solutions) : Le conseil principal, c’est d’essayer. Il y a énormément de choses qui font que l’on peut réussir ou ne pas réussir, et on ne peut pas les prévoir. L’aventure entrepreneuriale, c’est un mélange d’opportunités, de conditions (parfois des conditions familiales ou personnelles ne le permettent pas), et de caractère. Je pense que c’est très important d’écouter les témoignages d’entrepreneurs qui se sont déjà lancés, parce que ça permet de se projeter et de voir si on se reconnait ou pas, d’avoir des modèles.

Une fois que l’on a ses modèles et que l’on sait ce qui nous fait vibrer, ensuite il s’agit d’essayer, même à petite échelle, pour voir si ça nous donne envie de continuer, ou au contraire si ce qu’on rencontre nous repousse. Il peut y avoir des gens qui créent leur entreprise par fuite d’autre chose, n’aimant pas leur poste salarié, mais n’ont au final pas une vraie vision de ce qu’est cette réalité. La meilleure manière c’est d’essayer à petite échelle, sur des petits projets, et voir si ces premières petites réussites – ou échecs – nous motivent ou pas.

Pierre Tisserant (Onemoretab) : Notre conseil, ce serait de s’ouvrir au monde, c’est-à-dire de ne pas rester dans sa bulle à développer son projet et de rencontrer le plus de gens possibles, surtout issus du milieu dans lequel on veut se développer, parce que finalement on ne connait pas tout, et il y a beaucoup de monde qui ont des idées pour faire en sorte que votre produit sera vraiment utile. Il faut faire le tri parmi toutes ces idées, mais il faut arriver à faire un peu éponge sur l’ensemble des possibilités.

« En France, on a un très bon environnement pour accompagner les startups ! ». Pour retrouver la première partie de cette interview, c’est ici.

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