A quoi ça ressemble, un monde où les objets deviennent sujets ? share
back to to

A quoi ça ressemble, un monde où les objets deviennent sujets ?

1 décembre 2010

(Visuel : capture d’écran de la vidéo Augmented (hyper)Reality: Domestic Robocop de Keiichi Matsuda)

C’est une phrase, aux faux-airs de science-fiction, entendue ce mercredi 1er décembre dans la matinée, à la Maison des Métallos, où se tenait le « Council for the Internet of Things » :

« Nous pouvons tout connecter à Internet : pèse-personne, interrupteurs, matelas et même les animaux »,

expliquait ainsi Rafi Haladjan, inventeur du Nabaztag, le fameux lapin communicant.

Science fiction ? Sans doute. Mais pas seulement.

Chaque jour, un être humain est entouré de 5 000 objets environ, soit, à la louche, 20.000 milliards d’objets en circulation dans le monde. Une petite partie d’entre eux sont déjà des « objets connectés » : ce chiffre est estimé à 35 milliards … et devrait exploser dans les années à venir.

A la maison, au travail, dans les entreprises, dans les magasins : l’Internet des objets ouvre une multitude de possibilités. La liste est longue, et promet « une qualité de vie jamais atteinte auparavant », prophétise Gérald Santucci, de la Commission européenne et président du groupe de travail sur la technologie RFID.

Xavier Barras,
directeur de l’innovation à GS1, livre une liste de quelques possibilités :

« En scannant un emballage, les clients pourront obtenir des informations sur ce que le produit contient, ou un conseil sur le vin à associer avec tel plat. A la maison, il pourra même créer des listes de courses autonomes, en scannant ce qu’il y a dans le frigo et les emballages à la poubelle ».

Bref, on est presque dans un scénario à la Keiichi Matsuda, auteur d’une petite vidéo dont nous vous avions déjà parlé ici :

Autres exemples ? Dans le domaine de la santé, cela pourrait permettre de lutter contre la contrefaçon, en suivant le cycle de conception et de distribution des médicaments. Et des artistes expérimentent également des applications qui se concrétiseront peut-être dans le futur. Natacha Roussel, du collectif Experientiae Electricae, a ainsi imaginé un système de communication autour du vêtement : des costumes contiennent des capteurs capables de communiquer et de localiser les vêtements similaires dans une zone prédéfinie.

Une simple connexion à Internet d’objets déjà existant ?
Pas tout à fait, explique Gilles Privat, ingénieur en télécommunications : ces objets forment leur « réseau propre, superposé aux réseaux classiques de télécommunication. Son nœud est constitué par tous les objets à portée de capteurs. Les objets sont donc connectés indirectement par des capteurs techniques ».

Résultat : cette technologie permettra de connecter les objets de notre vie quotidienne, l’électroménager par exemple, mais également des infrastructures de quartier, voire même à l’échelle d’une ville.

C’est également un basculement quasi conceptuel,
qui nécessite de dépasser la peur du « scénario noir ». Une idée défendue par Rob van Kranenburg, auteur d’un ouvrage sur l’Internet des objets et co-fondateur du Council : « il faut absolument sortir de ce paradigme de la peur, pour trouver de nouveaux moyens de communiquer les uns avec les autres ».

« Nous allons nous retrouver face à des objets qui pourront devenir sujets, c’est-à-dire qui seront capable de posséder une identité propre et de communiquer entre eux, sans intervention humaine », analyse Gérald Santucci. « Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins. Pour défendre cette technologie, nous devons faire en sorte que l’objet ne soit pas un outil d’esclavage, mais de libération ».

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email