À quoi sert le numérique dans les établissements culturels ? share
back to to

À quoi sert le numérique dans les établissements culturels ?

3 mai 2011

Que peuvent avoir en commun le musée national de la Renaissance d’Ecouen, les médiathèques d’Issy-les-Moulineaux, et le château de Versailles ?

Tous ces établissements culturels développent des projets numériques innovants : dispositifs interactifs 3D, bornes interactives, liseuses électroniques … Les exemples ne manquent pas.

Ce 3 et 4 mai, les représentants de ces établissements culturels, et de plusieurs autres musées, sont également les invités de la première des rencontres « culture numérique », organisées par le Ministère de la culture et de la communication.

Nous avons assisté mardi 3 mai à la session « Florilège de projets », présentant une sélection de projets et d’expériences qui interrogent et illustrent les différentes approches du numérique que développent les établissements culturels.

Il concerne un objet précis de le collection du musée : le banc d’orfèvre de l’électeur de Saxe, datant du 16ème siècle. Un curieux objet, à la fois machine-outil, et oeuvre d’art, placé au coeur d’un projet multimédia intéressant.

« Auparavant, ce projet était présenté de manière anodine, dans le musée. Le numérique nous a permis d’étudier l’objet, et de rendre compte de son fonctionnement au public », raconte Michaël Caucat, responsable des publics et de la communication au château d’Ecouen.

Le travail a été mené avec deux élèves ingénieurs, des conservateurs spécialisés en orfévreries, des restaurateurs, des comités de réflexion…

« Il y a d’abord eu une phase de numérisation en 3D du banc, puis une phase de restitution 3D et enfin le travail de web design, pour la borne de médiation, et le site Internet », détaille Stéphanie Deprouw, conservateur du patrimoine.

Résultat : des vidéos historiques, des explications animées sur cet objet intrigant, et des chiffres qui prouvent l’intérêt du public envers ce dispositif. D’après une enquête menée au sein du musée, 43% des visiteurs ont consulté au moins 6 vidéos, sur les 11 proposées. Et 40% des personnes interrogées ont déclaré n’avoir jamais utilisé le numérique au musée, alors que 87% d’entre eux sont utilisateurs d’Internet…

Le musée consacre un espace dédié aux photographies en relief, très en vogue au 19ème siècle, et visionnées à cette époque à l’aide d’un instrument d’optique, le stéréoscope. Problème : les vues stéréoscopiques se livrent peu à la muséographie. En effet, il est quasiment impossible de présenter de la photo stéréoscopique en rendant compte de ce qu’elle est : du relief.

Une projection 3D a été développée par le musée, et  permet à présent de présenter de manière optimale ces oeuvres originales. Les avantages ? Un confort visuel, la possibilité de présenter toute une collection, sans isoler une photo de la collection dont elle est extraite, des clés de compréhension pour le public, et une expérience de visionnage collective, alors que le stéréoscope est nécessairement individuel.

  • Direction le château de Versailles : les projets qui y sont mis en place sont extrêmement diversifiés, et se déclinent sur tous les médias.

Premier exemple : les visites à distance. Un conférencier se connecte, avec une ou plusieurs classes à travers la France, et lance une visite d’une heure, en échangeant avec les enfants. Pour agrémenter ses commentaires, il a à sa disposition une armée de caméras, placées un peu partout dans le château, et pilotables à distance…

Géolocalisation dans le parc du château, contenus en réalité augmentée, interviews vidéos des conservateurs, fontainiers et jardiniers, webséries mettant en scène les commissaires d’exposition, concours photos… Le château de Versailles est très présent sur le web, pour créer et entretenir le lien avec ses visiteurs.

Un autre projet très important est également testé actuellement : un partenariat avec Wikimédia, pour l’animation et la rédaction du portail du château. Contenus participatifs, concours photos, défi d’écriture du meilleur article en temps limité, … : l’accent est là aussi mis sur les projets collaboratifs et la médiation avec les publics.

  • David Liziard, directeur des médiathèques d’Issy-les-Moulineaux, a ensuite exposé le projet instauré par cette municipalité : des prêts de liseuses électroniques aux visiteurs de ces établissements.

Depuis un an, les médiathèques de la ville propose en effet le prêt de 22 liseuses électroniques, ou e-readers, à ses abonnés.

Elles ont
en fait réexploité des ressources déjà numérisées, et disponibles en ligne, pour les proposer aux lecteurs. Principalement des romans grand public, tous genres littéraires confondus.

Et les résultats de cette entrée du livre numérique à la bibliothèque ? Très positifs, si l’on en croit les chiffres : en un an, les liseuses ont été empruntées de manière permanente, soit près de 300 fois en tout. Et sur 80 personnes interrogées, le jugement est bon pour une large majorité. 60 personnes ont ainsi déclaré avoir lu un roman ou une nouvelle en entier.

« En quinze minutes, les publics même non initiés arrivent à manier cet outil. Et le confort de lecture est vraiment appréciable », confie David Liziard.

Jean Lambert-Wild, son directeur, présente tout d’abord le projet  « Astrolabe », un espace de la critique et du spectateur, qui propose des outils d’exploration et de navigation autour d’un spectacle ou d’un artiste, et présente toutes les actions culturelles de la comédie de Caen.

L’établissement développe également une forte création vidéo, sur le site. L’artiste Jeremiah McDonald y poste des « calentures », oeuvres originales réalisées spécifiquement pour le web.

« Nous avons eu le plaisir de constater que le nombre de visites, et le temps passé sur notre site, augmentent largement en même temps que les contenus se multiplient. Il reste cependant un problème majeur : dans les zones les plus défavorisées socialement et qui se situent normalement sur notre terrain d’action, les gens se connectent peu, car ils n’en ont pas toujours les moyens. C’est une fracture qu’il faut régler lorsqu’on envisage la question du numérique dans les pratiques culturelles », analyse Jean Lambert-Wild.

  • Pour clore cette série de projet, c’est Marie-Hélène Serra, directrice de la Pédagogie et de la Médiathèque à la Cité de la musique, a présenté les dispotifis numériques de cet établissement.

Et ils sont nombreux : la Cité de la musique met à la disposition du public, enseignants, élèves, facteurs d’instruments ou simples curieux, une offre très large de ressources en ligne.

Chaque année, 300 concerts audio et/ou vidéo sont ainsi ajoutés sur le site. Il y en a aujourd’hui près de 1600 au total. Des dossiers thématiques, sur les instruments de musique par exemple, sont également réalisés en collaboratiion avec les conservateurs du musée et les équipes de la médiathèque.

La Cité de la musique met à la disposition des établissements culturels, bibliothèques, écoles et conservatoires, des produits éducatifs. Des guides d’écoute, partitions annotées de sons et de couleurs, sont ainsi à la disposition d’une classe, en amont d’une visite ou d’un concert à la Cité, par exemple.

Autre projet d’envergure : le site live de la Cité de la musique, qui propose des concerts vidéo en direct, ou à la demande, et des archives.

Les enjeux de ces dispositifs : la conciliation de la gratuité des contenus et de la rémunération des artistes, que la Cité de la musique résout en rétribuant elle-même les musiciens, et en négociant des accords particuliers avec les organismes de gestion des droits d’auteur.

> Retrouvez le programme intégral des rencontres « culture numérique » sur le site dédié à l’événement.

> Pour aller plus loin :

> Visuels utilisés dans ce billet :

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email