Accessibilité : comment façonner un Web plus accueillant pour tous ? share
back to to

Accessibilité : comment façonner un Web plus accueillant pour tous ?

27 juillet 2015
Loi sur l’égalité des chances de 2005, référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA), label AccessiWeb et désormais eAccessible… Les mesures politiques se multiplient pour sensibiliser les acteurs de l’univers des technologies aux enjeux de l’accessibilité du Web. L’objectif ? Faciliter l’accès des personnes handicapées à Internet et aux outils numériques qui permettent d’y accéder.

Année après année, la situation peine à s’améliorer dans le domaine de l’accessibilité du Web. Si cette thématique peut paraître lointaine à la majorité des internautes, ses enjeux sont décisifs à l’heure de l’avènement de la dématérialisation. Mais de quoi parle-t-on ? Que dit le droit ? Quelles contraintes et implications techniques implique l’accessibilité du Web ? RSLN fait le point sur la situation.

–       Accessibilité : de quoi parle-t-on ?

D’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), près de 27% des personnes handicapées n’ont jamais eu accès à Internet au Royaume-Uni. Dans une société où de plus en plus de services ne sont accessibles qu’en ligne, favoriser l’égalité d’accès à Internet devient ainsi un enjeu crucial.

Mais, concrètement, qu’est-ce que l’accessibilité du Web ? D’après la Web Accessibility initiative (WAI), rendre accessible Internet aux personnes handicapées signifie simplement que ces dernières sont en mesure de « percevoir, comprendre, naviguer et interagir avec le Web, mais aussi d’y contribuer ».

–       Pour qui ?

L’accessibilité est un enjeu majeur qui, contrairement aux idées reçues, ne concerne pas seulement les aveugles et malvoyants (au nombre de 207 000 en France). En effet, les handicaps cognitifs et moteurs sont également concernés.

« Rendre un site accessible présente d’autres avantages dépassant largement le simple champ du handicap », en bénéficiant par exemple aux personnes âgées ou handicapés temporaires, souligne Bernard Ourghanlian, Directeur technique et sécurité de Microsoft France.

–       Comment ?

Pour Alex Bernier, directeur technique de BrailleNet – principale association française favorisant l’accessibilité du Web – « quand on travaille sur l’accessibilité, on travaille aussi sur l’ergonomie et l’expérience utilisateur ». « Lorsque l’information Web est conçue et réalisée pour être accessible aux personnes handicapées, les sites résultants s’en trouvent généralement construits de manière plus logique et mettent l’accent sur le contenu », confirme Bernard Ourghanlian.

Penser l’accessibilité dès l’origine d’un projet Web tend à faciliter la stricte séparation entre contenu (articles, images, vidéos, etc.) et contenant (site) et à rendre alors plus aisées les mises à jour des sites Web, tout en réduisant leurs frais de maintenance.

Agences web, entreprises, administrations, développeurs, designers, concepteurs de logiciels… Autant d’acteurs hétérogènes qui ont tous un rôle à jouer pour améliorer l’accessibilité des sites Internet pour, de fait, façonner un Web plus accueillant pour tous.

« Tout doit être fait au niveau technique pour faciliter l’accès des personnes handicapés aux sites Web. C’est dans cette logique que Microsoft a récemment mis en place une offre d’assistance technique gratuite et en français à destination de nos clients ayant des déficiences visuelles ou auditives, pour les accompagner dans l’utilisation des options d’accessibilité de nos produits », précise son Directeur technique et sécurité.

–       W3C, AccessiWeb, eAccessible… : le droit et la pratique

Mais, bien souvent, les multiples acteurs concernés naviguent dans le flou. En cause ? Un manque d’information, selon Bernard Ourghanlian :

« Ces réflexions sont très peu intégrées dès l’origine des projets de déploiement de sites Web. Je pense que c’est surtout dû à un manque de sensibilisation, les développeurs ne disposant la plupart du temps d’aucun cadre auquel se référer ou se conformer. »

Pourtant, des recommandations existent, principalement éditées par le World Wide Web Consortium (W3C). Les Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) – devenues normes internationale en 2012 – définissent quatre principes d’accessibilité de l’information :

  • La perceptibilité, qui passe par exemple par le fait de donner une alternative aux images ou encore de « retranscrire une vidéo en langue des signes », explique Alex Barnier de BrailleNet.
  • La compréhensibilité, qui consiste à faciliter l’appréhension des contenus éditoriaux par les personnes handicapées en faisant en sorte que l’action d’un site web soit prévisible, c’est-à-dire que l’intitulé d’un lien décrive par exemple l’action que va réaliser ce lien.
  • L’utilisabilité, afin de faire en sorte que les sites Internet soient entièrement navigables au moyen d’un clavier ou d’un dispositif spécifique le remplaçant.
  • Enfin, la robustesse, c’est-à-dire le fait qu’un site soit consultable sur tous les supports et plateformes, mais aussi quel que soit l’outil d’assistance technique dont peut se servir l’utilisateur.

Problème : pour les néophytes, ces normes sont relativement contraignantes, voire tout simplement incompréhensibles (plus de 1 000 pages de recommandations pour le simple WCAG, selon Alex Bernier…).

C’est pour tenter de remédier à ces difficultés qu’a été créé, en France, le label AccessiWeb, géré par l’association BrailleNet, ou encore le label eAccessible, récemment mis en place par le gouvernement. Ceux-ci, établis en conformité avec les recommandations du WCAG, doivent alors permettre de vérifier qu’un site Web est conforme aux différents critères d’accessibilité.

L’objectif ? Donner une méthode d’application concrète de ces recommandations à un public de non-spécialistes.

Mais au-delà des labels, le droit français reste lacunaire concernant l’accessibilité du Web. Les seules contraintes légales existantes pèsent en effet sur l’administration par l’intermédiaire du Référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA), dont la nouvelle version était présentée le mois dernier par la nouvelle secrétaire d’Etat chargée de la Réforme de l’Etat et de la simplification, Clotilde Valter. Une nouvelle version qui devrait faciliter la transition des sites des services publics vers plus d’accessibilité.

Au niveau du secteur privé, ni sanction, ni incitation : à ce niveau, l’accessibilité est donc grandement dépendante du bon vouloir des différents acteurs impliqués dans la conception des sites Internet.

Pour Bernard Ourghanlian, « l’accessibilité numérique garantit un accès égal pour tous, mais contribue également à la qualité générale des services, de leur ergonomie et de leur facilité d’utilisation ». Un partenariat « gagnant-gagnant » en somme, qui ne pourrait que bénéficier d’une plus large prise en compte par le secteur privé ainsi que d’efforts complémentaires de la part de l’ensemble de la filière numérique pour, enfin, rendre le Web accessible à tous, conformément aux principes égalitaires qui sont à son origine.

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email