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Accessibilité : les promesses de l’Internet des objets

Décryptage 3 juin 2016
Des puces RFID dans les réverbères en passant par la voiture autonome ou encore les progrès de la domotique, comment l’Internet des objets peut-il participer à instaurer, dans les faits, l’accessibilité pour tous ?

À l’occasion de la dixième édition du Forum Européen de l’e-Accessibilité qui s’est tenue le 30 mai 2016, un panel d’experts était convié par l’association Braillenet à la Cité des Sciences pour discuter de l’accessibilité à l’heure de l’Internet des objets (IoT).

 

 

 

 

« Nous avions pour habitude de penser que l’accessibilité des aveugles résidait surtout dans la lecture par voix de synthèse ou encore dans l’usage du braille. Mais aujourd’hui, de nombreux objets changent cet état de fait », a d’emblée annoncé Steve Tyler du RNIB, une association britannique aidant les aveugles et mal-voyants.

Pour ce militant de la première heure de l’accessibilité, lui-même aveugle, l’idée qu’une tablette à écran tactile devienne son support favori de communication était, il y a quelques années encore, tout simplement inconcevable.

Mais de l’écoute de la musique par Bluetooth au contrôle de sa maison, en passant bien sûr par les divers services offerts sur le web, cet outil est désormais devenu central dans sa démarche d’accessibilité. Celle-ci est pourtant loin d’être parvenue à son terme, explique celui qui prône en actes la sensibilisation des industries à cet enjeu :

« Nous autres handicapés ne sommes pas toujours à l’aise avec le fait de dire que nous avons de réelles compétences à apporter à l’industrie pour le développement d’applications grands publics. Pourtant, de nombreuses inventions ont été crées ou améliorées en fonction de l’enjeu d’accessibilité et la sensibilisation à ce sujet reste essentielle. »

À l’instar de la machine à écrire, inventée à destination d’une aveugle, la prise en compte de l’accessibilité apporte en fait beaucoup plus qu’elle ne prend à l’innovation.

10ème Forum de l'Accessibilité

L’Internet des objets ou la possibilité d’une interface vraiment universelle

Pour Shadi Abou Zahra, ingénieur au consortium W3C (l’organisme fondé par Tim Berners Lee, s’occupant des spécifications du web), le web et l’Internet des objets pourraient ainsi permettre de bâtir une interface vraiment universelle :

« On travaille beaucoup sur cette question car des occasions formidables se présentent pour les handicapés. Si l’on remonte aux années 1970, je me souviens encore d’objets conçus pour ouvrir des fenêtres ou assister des gestes quotidiens, quand aujourd’hui on peut se doter de capteurs et de télécommandes plus abordables et appréciable en termes de confort d’usage. Cela a beaucoup d’impact sur la mobilité et va aller beaucoup plus loin. Il n’y a qu’à regarder du côté des voitures autonomes… »

Tout l’enjeu consiste ensuite à bâtir des normes, comme celle créées par le W3C à destination des sites web accessibles. Mais Shadi Abou Zahra considère que la démarche peut encore aller plus loin, en s’intéressant jusqu’aux protocoles qui constituent l’interface du web ou de l’IoT.

Pour le designer Ross Atkin, c’est aussi la prise en compte du contexte très quotidien de chaque handicapé qui permet une meilleure démarche d’accessibilité by design.

Diplômé de la Royal School of Design, ce concepteur de signalétique et d’objets intelligents à destination des aveugles s’est révélé « frustré » par les normes existantes en matière de conception d’objets accessibles :

« Si le moindre changement intervient, comme par exemple des travaux sur un passage piéton, les aveugles se retrouvent perdus. En ce sens, rajouter une couche numérique aide énormément, car cela permet de s’adapter à la situation en temps réel », explique celui qui a conçu du mobilier urbain « répondant » aux aveugles par le biais de puces RFID et d’un smartphone transmettant des indications et adaptant leur parcours.

Un champ des possibles qu’il reste encore pour une large part à explorer. Et qui nécessitera, sans aucun doute, la collaboration d’associations, d’administrations et d’entreprises du secteur pour que les initiatives ne restent pas isolées mais se diffusent auprès du plus grand nombre.

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