L’accessibilité numérique, un sujet qui dépasse les situations de handicaps share
back to to

L'accessibilité numérique, un sujet qui dépasse les situations de handicaps

Accessibilité 27 juin 2016
« L’accessibilité numérique, ce n’est pas un supplément d’âme à avoir, c’est permettre l’accès à un droit citoyen. » Mais comment le numérique peut-il aider à relever les différents défis d’inclusion et d’autonomisation des personnes en situation de handicap ? Éléments de réponse.

« Je rencontre beaucoup de personnes qui me disent : “Ah, les aveugles peuvent utiliser Internet ?” » A elle seule, cette phrase, prononcée par Dominique Burger, administrateur de l’association BrailleNet, pourrait bien résumer la question de l’accessibilité numérique en France. Alors que l’on estime que 12 millions de Français sont en situation de handicap, et qu’une société vieillissante appelle à prendre en compte les déficiences physiques et mentales d’une part croissante de la population, l’enjeu de l’accessibilité se pose pourtant chaque jour de manière de plus en plus pressante.

« L’accessibilité numérique, ce n’est pas un supplément d’âme à avoir, c’est permettre l’accès à un droit citoyen », précise Ségolène Neuville, Secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion. Pour Alain Crozier, président de Microsoft France, « il est urgent voire critique que tous ensemble, des pouvoirs publics aux secteurs privés et associatifs, nous nous mettions autour de la table pour aboutir rapidement à des solutions concrètes ».

 

En matière d’accessibilité, « personne n’est parfait »

Car en matière d’accessibilité numérique, nulle entreprise et nul Etat ne sont pour l’instant « parfaits » :

« En France, nous sommes déjà en retard sur l’accessibilité physique des bâtiments, puisqu’une loi prévoyait le tout-accessible en 2015, et que nous n’y sommes toujours pas, reconnaît la ministre. Ce que je souhaite aujourd’hui, c’est compenser ce retard. Et le numérique est un moyen supplémentaire pour y parvenir. »

Dans les faits, les retombées potentielles d’une véritable accessibilité inclusive sont immenses.

Bernard Lachaud – Copyright

Alors que le chômage touche plus de 20% des Français handicapés, le numérique pourrait ainsi permettre de pallier le manque de qualification d’une partie de ces personnes par le biais de la formation à distance, ou encore de participer à l’adaptabilité des emplois à tous types de handicaps.

On peut également citer le domaine de l’éducation. Un simple ordinateur et des outils adaptés permettent à certains élèves, comme par exemple les dyslexiques, souvent exclus du système scolaire, de retrouver le chemin de l’école.

Mais encore faut-il le faire savoir, comme le souligne Dominique Burger :

« Des décideurs s’étonnent encore trop souvent de ce que le numérique permet aux personnes en situation de handicap. »

Le numérique est aussi un moyen d’inclusion citoyenne, comme lorsqu’il permet l’accès aux services publics à distance pour ceux pour qui la vie administrative peut représenter une contrainte physique. « C’est pour cela que ma première exigence reste que le service public soit exemplaire et moteur de cette démarche d’accessibilité », déclare Ségolène Neuveille avant de laisser la parole à Jérôme Adam, entrepreneur, conférencier et non-voyant.

Non sans malice, cet amateur de défis saisit l’occasion pour rappeler le retard que n’avaient pas comblé les précédentes mesures de l’Etat en matière d’accessibilité :

« Le décret d’application de la norme RGAA, censée rendre obligatoire l’accessibilité des sites Internet du service public, date de 2009. Mais j’ai lu que moins de 10% d’entre eux le respectaient. Et nous sommes en 2016 ! »

Un constat partagé par Antoine Darodes, directeur de l’Agence du Numérique :

« On a du chemin à faire, c’est vrai. La loi numérique d’Axelle Lemaire a permis la prise de conscience forte de l’enjeu de l’accessibilité, mais il s’agit d’un point de départ et non d’un aboutissement, afin que la révolution numérique ne soit pas subie par certains, mais qu’elle soit façonnée pour tous. »

« Il y a matière à l’optimisme quand on voit la vraie mobilisation et la volonté d’améliorer l’accessibilité des services publics », assure néanmoins Laurence Lafont, directrice de la division secteur public de Microsoft France.

Dans les Hautes-Alpes par exemple, territoire classé parmi les plus inaccessibles de France, des points de visioconférences ont ainsi été mis en place afin de permettre l’accès aux services administratifs des personnes les plus isolées, explique Marie-Chantal Daumas, du conseil départemental local. Une innovation qui ne vise pas en premier lieu les personnes en situation de handicap mais qui, de fait, leur bénéficie grandement. Une situation que l’on peut également trouver dans le sens inverse : les innovations facilitant la vie des personnes en situation de handicap servant également le plus grand nombre.

« S’il n’y a pas de volonté politique, la question de l’accessibilité n’avance pas », conclut Pierre Deniziot, maire-adjoint de Boulogne Billancourt et chargé du handicap au conseil régional d’Île-de-France. Et de rappeler qu’il est possible pour tout un chacun d’agir en faveur de l’accessibilité, par exemple en développant le télétravail au sein d’une entreprise ou d’une administration : « La problématique du décalage entre les besoins des handicapés et les progrès numériques d’une part et le temps législatif d’autre part ne doivent pas conduire au fatalisme. Dans une petite mairie, un département ou une région de plus de 11 millions d’habitants, il est parfaitement possible de faire bouger les choses. ».

Etat des lieux, retours d’expérience et témoignages : découvrez le Livre Blanc de l’accessibilité numérique

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email