[Antisèche] Au fait, c’est quoi le Turbomedia?

7 août 2014

ANTISECHE – Décoder, décrypter et répondre aux questions de votre quotidien numérique : l’Antisèche revient sur RSLN. Au programme de cet épisode : le Turbomedia !

Le Turbo quoi ? Le Turbomedia… Si le terme vous est encore inconnu, il se répand comme une traînée de poudre dans les communautés qui renouvellent les formats en ligne et notamment celles des bandes dessinées. Pour nous parler de ce phénomène, nous avons rencontré Mast et Geoffo, metteurs en scène numérique pour Marvel.

Le Turbomedia c’est quoi ?

« C’est un nouveau mode de lecture pensé pour les écrans, les ordinateurs, les tablettes et les smartphones, qui correspond à la rencontre entre l’animation, la Bande Dessinée et le jeu vidéo, explique Geoffo. Ce qui est important, c’est que le lecteur reste maître de sa lecture.« 

Un nouveau format à la rencontre des genres donc, et qui compte bien tirer profit de ce que chacun d’eux a à apporter. Mast explique :

« De l’animation, on tire le dynamisme et la surprise. De la BD, on récupère davantage la narration, puis du jeu vidéo, le côté interactif.« 

Si les éditeurs de bandes dessinées se montrent de plus en plus enthousiastes face au format, ils restent encore timides et se cantonnent à une posture d’observateurs :

« Le Turbomedia est rentable, mais en France on tâtonne encore beaucoup sur le numérique en général, explique Mast. Aux États-Unis, les formats sur écran représentent déjà 25% des ventes dans le domaine. Et elles sont venues s’ajouter au marché, elles ne viennent pas cannibaliser le papier.« 

« Comme le cinéma a su cohabiter avec le théâtre lorsqu’il est apparu, le numérique et notamment les formats comme le Turbomedia ne vont pas faire disparaître la bande dessinée papier. Ce n’est pas la même logique que l’apparition du DVD qui a fait disparaître les VHS. »

Un nouveau format né dans l’opposition

A l’initiative de Balak, expert en découpage, story-boarder, spécialiste et théoricien de la bande dessinée numérique, le Turbomedia s’est construit dans l’opposition aux motion comics, format qui combine bande dessinée et animation. Alors qu’il conteste ce dernier comme une simple retranscription de la BD papier à laquelle on ajoutait quelques artifices sur l’écran, Balak poste en février 2009 le premier format Turbomedia sur le forum Catsuka. Comptabilisant près de 267.000 vues, la publication est un succès et Balak rassemble vite une communauté d’érudits de la BD autour de lui. C’est d’ailleurs sur un forum de ce genre que Mast et Geoffo se sont rencontrés il y a 10 ans.

« On a toujours baigné dans la BD traditionnelle, explique Geoffo. Lorsque Balak a lancé le mouvement, on a été très réceptifs. Le Turbomedia est la rencontre entre une grammaire que l’on a acquise pendant nos études de cinéma ou de BD, et quelque chose de tout nouveau avec des outils que l’on connait déjà mais qu’il faut qu’on s’approprie autrement. »

Le médium conditionne donc une nouvelle forme de narration qui s’adapte aux différents supports :

« En 2009, on ne réfléchissait encore qu’au smartphone. Pour le développement, il fallait faire du flash, or beaucoup d’appareils ne le lisaient pas. A partir de mars 2012 et avec l’arrivée de Marvel, tout a beaucoup changé. La propagation du HTML5 a permis de rendre les formats lisibles sur toutes les plateformes. »

Mast et Geoffo

Un mouvement d’une telle ampleur que les écoles d’illustration commencent déjà à sensibiliser leurs élèves :

« Ca n’a commencé qu’il y a 5 ans mais ça commence déjà à être intégré aux formations, raconte Mast. Nous avons eu l’occasion d’intervenir pour sensibiliser les étudiants à ces problématiques. Depuis 7 ou 8 mois nous recevons de nombreux appels d’artistes intéressés par le format et qui cherchent à en savoir plus.« 

(Pour avoir une idée concrète de ce qu’est le Turbomedia, c’est ici, dans la vidéo de Silicon Valois)


Une stratégie d’empowerment du lecteur

Si les initiatives qui visent à démocratiser la création numérique se multiplient, le Turbomedia sacralise le lecteur qui s’impose comme la pierre angulaire de l’expérience. Il n’est pas question qu’il reste passif comme dans le motion comics. Un point sur lequel insistent les deux metteurs en scène numérique :

« Une initiative comme celle de la plateforme Madfire qui vise à démocratiser la création de motion comics est intéressante dans le concept, mais elle n’est pas satisfaisante. Dans ce qui est proposé, l’artiste prend le pouvoir sur le lecteur. Les motion comics ressemblent finalement beaucoup à un dessin animé très bas de gamme avec des personnages qui ne sont pas animés et des effets de translation. Ce sont des artifices, des paillettes autour d’un dessin mais qui n’apportent rien à l’histoire. Dans le Turbomedia, le format et le support servent véritablement la narration de l’histoire. »

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Un vivier pour les start-up de la création numérique

Le Turbomedia se dessine aussi comme un terreau fertile pour les start-ups innovantes. Un constat qui n’a pas échappé à ces deux fans de Spiderman et de Howard the duck, qui n’ont pas hésité à se lancer :

« Très vite nous sommes sortis de la BD papier pour nous tourner vers les écrans, explique Mast. Nous nous sommes dits que le Turbomedia était la meilleure forme et qu’il y avait un secteur à développer. Dans la bande dessinée traditionnelle, le niveau de revenu des artistes est très faible et il est très dur d’en vivre. On ne peut pas se contenter d’un salaire de débutant que propose un éditeur de BD. Finalement, en se concentrant sur le numérique et en se structurant autour de notre start-up, Ybrik Production, on s’en tire plutôt bien.« 

 

De fait, les deux jeunes artistes viennent d’intégrer un incubateur spécialisé dans la création numérique à Valenciennes. L’objectif : s’entourer des différents acteurs qui interviennent dans la création afin de croiser les regards et stimuler les projets :

« Nous sommes très enthousiastes, mais nous n’allons pas pouvoir nous concentrer que sur la BD. L’idée est que nous proposition aussi des services d’animation, de jeux vidéo et de projets transmédia. Il faut savoir se diversifier. »

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