Antoine Darodes : « Il faut massifier le mouvement pour assurer un service public accessible à tous »  share
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Antoine Darodes : « Il faut massifier le mouvement pour assurer un service public accessible à tous » 

Entretien 6 juin 2016
Dans un contexte de dématérialisation des services publics, quelle place accorder à la question de l’accessibilité ? Entretien avec Antoine Darodes, à la tête, depuis sa création en 2015, de l’Agence du Numérique, le levier de l'action du gouvernement en faveur de la diffusion du numérique dans les territoires.
Antoine Darodes, à la tête de l'Agence du Numérique, s'engage en faveur de l'accessibilité numérique

Quel regard portez-vous sur l’accessibilité numérique aujourd’hui ?

photo-antoine-darodesOn a du chemin à faire : aujourd’hui, 10% des sites Internet affichent leur niveau d’accessibilité. L’exigence d’une République numérique pour tous les citoyens, portée par la Loi numérique d’Axelle Lemaire, a permis la prise de conscience forte de l’enjeu de l’accessibilité, en le plaçant au cœur des articles 43 et 44.

Mais il s’agit d’un point de départ et non d’un aboutissement : il faut maintenant massifier le mouvement de bascule pour assurer un service public accessible à tous. De beaux exemples, comme service-public.fr ou pole-emploi.fr, tirent la dynamique d’accessibilité vers le haut, et nous devons, du côté de l’Agence du Numérique, être irréprochables en la matière afin d’encourager de plus en plus d’acteurs à s’engager dans cette démarche.

Quels sont les « chantiers » prioritaires de l’Agence du Numérique en la matière ?  

Notre rôle est d’orchestrer le changement en animant et en soutenant financièrement les initiatives numériques développées par les collectivités territoriales, entreprises ou associations qui innovent autour de cet enjeu. Nous nous mobilisons ensuite avec tout un réseau d’acteurs pour valoriser les meilleures pratiques.

Notre ambition est de réussir cette révolution numérique : elle doit être innovante, mais ne doit pas oublier les valeurs fondamentales et républicaines auxquelles nous tenons. Inclure l’ensemble des citoyens, quelle que soit leur catégorie socio-professionnelle, leur localisation sur le territoire et leur handicap est essentiel.

Envisagez-vous de nouveaux outils législatifs pour renforcer la démarche d’accessibilité ? 

Aujourd’hui, nous disposons de l’arsenal législatif pour réussir à lancer le mouvement, notamment grâce aux mesures envisagées par la Loi numérique. On se donne les outils pour atteindre nos objectifs, notamment grâce à des schémas pluri-annuels de mise en accessibilité des sites. La mise en œuvre de chartes à un niveau plus local, comme celui des collectivités ou des écoles, nous permettra également de remplir nos objectifs de sensibilisation. La mutation des sites publics doit en effet être la plus rapide et exemplaire : nous attendons des résultats concrets d’ici fin 2017.

Selon Dominique Burger, président de l’association Braillenet, on sanctionne aujourd’hui seulement la non-déclaration du niveau d’accessibilité, et le montant des amendes en cas de manquement serait « très peu dissuasif ». Qu’en pensez-vous ?

Il faut procéder à ce sujet de manière graduée, notamment quand il s’agit d’une exigence citoyenne, républicaine, comme celle d’offrir un service accessible à tous. Notre objectif est  d’informer en procédant à une sensibilisation très forte afin d’enclencher un mouvement, d’ accompagner l’ensemble des acteurs publics, notamment les collectivités territoriales de petite taille, en leur fournissant des ressources utilisables et des outils concrets et enfin de responsabiliser les acteurs concernés grâce à deux nouvelles obligations qui renforcent la législation de 2005 (obligation d’affichage du niveau d’accessibilité et élaboration d’un schéma pluriannuel d’accessibilité). L’accessibilité ne doit pas apparaître comme une nouvelle contrainte lourde mais comme une sensibilité citoyenne.

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