Au fait : « internet », « l’Internet », voire « les internets » ? share
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Au fait : « internet », « l'Internet », voire « les internets » ?

11 octobre 2011
Décoder, décrypter et répondre aux questions de votre quotidien numérique : l’Antisèche est une nouvelle rubrique sur RSLN.
 
Après s’être intéressé aux dessous de la coupure du Net en Libye, nous vous proposons aujourd’hui un petit précis d’orthographe sur un terme que nous employons tous, sans savoir toujours comment l’écrire. Alors, dit-on l’Internet, internet ou Internet ?
 
Majuscule ou minuscule ? Article défini ou indéfini ? Lorsque l’on écrit « internet », un éventail de possibilité s’offre à nous. Enfin, surtout trois en fait : l’Internet, internet ou Internet. Un coup d’œil dans les médias suffit d’ailleurs à comprendre que la question n’est toujours pas tranchée en France.
 
 
Dans sa « bible orthographique et typographique », Rue 89 défend ainsi la majuscule du réseau et la décline à tous ses (quasi) synonymes : Internet, Web, Net, Toile mais un site web. Du côté de l’Agence France Presse (AFP, l’un des grands "référent" des médias français, c’est plus, hum … fluctuant. Selon les dépêches, internet s’écrit aussi bien avec une majuscule (ici) que sans (ici) ou avec un article défini (ici).
 
En clair, il n’existe pas de réelle harmonisation de l’orthographe du net et chaque média l’écrit un peu comme il l’entend. Ce débat orthographique n’est pourtant pas nouveau. Dès 2001, le quotidien Libération avait tenté de répondre à la question « la majuscule sied-elle au réseau ? ». Les dictionnaires Larousse et Robert acceptaient alors les deux orthographes (majuscule et minuscule).
 
> Philosophie ou simple outil ?
 
Ce flou a pourtant un impact sur le sens que l’on donne au réseau.
 
« À l’origine, les graphies avec une majuscule initiale se sont imposées pour souligner le caractère unique d’Internet et du Web, rappelle l’Office québécois de la langue française, qui a lui-même opté pour la majuscule. (…) On peut aussi considérer qu’Internet est un média parmi d’autres, comme la télévision, la radio ou la presse. Dans ce cas, la majuscule n’est pas nécessaire. »
 
Elle reste pourtant la plus employée en France, où même les dictionnaires ont fini par l’adopter. Mais cette orthographe a ses détracteurs. Ainsi le sociologue Philippe Breton, auteur d’un livre dénonçant Le culte de l’Internet (Ed. La découverte, 2000), s’en prend à toute « tournure qui place le terme en majesté » et lui donne un caractère « sacré ». En clair, écrire Internet, avec une majuscule, revient à le déifier.
 
«C’est un outil, comme une bêche. On ne met pas de majuscule à une bêche», expliquait-il alors.
 
Même réserve pour la Commission française de terminologie de l’informatique qui a tranché en faveur de la minuscule. Un « Vocabulaire de l’informatique et de l’internet » a même été publié au Journal officiel le 16 mars 1999 (où l’on apprend que smiley se dit, en français fleuri, « frimousse », hacker se dit « fouineur » et chat se dit « causette »). C’est cette orthographe qui s’impose aujourd’hui encore à l’administration et aux services de l’Etat (exemple avec le site des impôts).
 
Même le très sérieux Wired a opté pour la minuscule dès 2004.
 
« Il n’y a aucune raison de mettre une capitale à l’un de ces mots. Il n’y en a jamais eu en fait. Les adeptes du marketing, de la politique ou des nouvelles technos sont friands de capitales. Car s’il y a une capitale, c’est que ça doit être important. »
 
Une décision « pas prise à la légère » selon le magazine qui justifie son choix :
 
« Dans le cas d’internet, du web et net, un changement de notre politique la maison a été nécessaire afin de mettre en perspective ce qu’est internet : un autre moyen de livrer et de recevoir des informations. Cela a transformé la communication humaine de manière incontestable. Mais pas plus que la radio. Ou la télévision. »
 
> « L’usage finit par faire la règle »
 
Malgré cette mise au point par le premier SR de l’époque, la majuscule fait de la résistance et il n’est pas rare de retrouver les termes Internet et Web sur le site de Wired.
 
« Or, c’est à l’usage que l’on verra laquelle des deux orthographes va s’imposer. On constate que c’est l’usage qui finit par faire la règle » explique ainsi Virginie Spies, sémiologue spécialisée dans les médias et auteur du Semioblog, à RSLN
 
Plus sournois encore, l’apparition récente du pluriel. Quand les défenseurs de la majuscule invoquaient l’unicité du réseau pour militer en faveur de l’Internet, les internets (parfois orthographiés avec une majuscule, parfois sans) renvoient à une autre vision philosophique du web : celui d’un réseau multiple, à géométrie variable (débit par exemple) et influencé par la politique d’une société donnée (censuré, libre ou « civilisé »), comme l’illustre cette infographie signée Owni.
 
Bref, les deux orthographes (majuscule et minuscule) coexistent toujours. Et que vous optiez pour l’une ou pour l’autre, vous ne serez, normalement, pas puni : vous avez tous les éléments pour réaliser votre choix éclairé, à présent.
 
(Visuel: nuage de mots réalisé par RSLN sur Wordle)

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