Aux Ateliers du Bocage, une seconde vie

2 novembre 2007

1,7 million de tonnes, 25 kilos par personne, c´est le poids des déchets d´équipements électriques et électroniques (DEEE) produits en France chaque année. Ordinateurs et imprimantes mis au rebut, cartouches d´encre usagées, téléphones portables remplacés, autant d´appareils aux composants hautement polluants dont la fréquence de renouvellement augmente régulièrement. Depuis 2005, les DEEE doivent être remis à des filières spécifiques de collecte, transport, stockage et traitement. Au nord du département des Deux-Sèvres, les Ateliers du Bocage, entreprise d´insertion du mouvement Emmaüs, sont une de ces structures .Derrière ce nom bucolique se cache un joyau d´économie solidaire où s´affairent 180 salariés, dont 42 en contrat d´insertion. Anciens chômeurs parfois très éloignés de l´emploi, pour certains hommes ou femmes de la rue, pour d´autres souffrant de handicaps parfois lourds, tous ont trouvé ici une forme de seconde vie, à l´instar des produits qu´ils recyclent. « La dimension sociale et éthique est notre vocation première, martèle Bernard Arru, directeur des Ateliers, ici, chacun travaille à son rythme ; c´est le respect de la personne qui prédomine. » Trois travailleuses sociales sont présentes pour régler les problèmes de logement et de santé des personnes en difficulté et les guider dans leurs démarches professionnelles. Car l´objectif est, ici, le retour à l´emploi, que ce soit aux Ateliers – qui créent en moyenne dix emplois par an – ou ailleurs. Respect de la personne et professionnalisme poussé, tel est donc le pari réussi de l´entreprise. Car il en va de la crédibilité de cette petite PME dynamique qui gère chaque année la collecte et le retraitement de plus de 2,5 millions de cartouches d´imprimante et près de 860 tonnes de matériel informatique en provenance des particuliers mais, surtout, des collectivités, ministères, banques dont les parcs sont fréquemment renouvelés.

Rien ne se perd, tout se recycle

À leur arrivée aux Ateliers, toutes les pièces récupérées sont passées au crible par les salariés dont certains ont bénéficié de formations spécifiques en informatique. Les ordinateurs en fin de vie sont démantelés et leurs composants (carcasses, piles, métal, cartes électroniques, tubes, fils) sont triés. Ils seront envoyés dans des entreprises de retraitement ou de transformation, à l´instar des éléments de plastique qui, broyés, entreront dans la composition des matériaux d´enrobage des routes. Aux Ateliers du Bocage, « rien ne se perd, tout se recycle, se réjouit Bernard Arru, on estime que seuls 3 % de ce qui arrive chez nous finit à la poubelle. » Les ordinateurs en état de marche sont nettoyés, dotés d´un disque dur purgé de toutes les données précédentes grâce à un logiciel spécifique, puis mis en vente pour une somme modique à la boutique des Ateliers. Deux cents ordinateurs s´y écoulent chaque mois.

Vocation solidaire

Depuis peu, l´activité s´est étendue à la récupération et au retraitement des téléphones portables, notamment grâce aux partenariats noués avec de grands groupes comme la Fnac. Plusieurs milliers d´appareils arrivent ainsi au Pin chaque mois. Un chiffre qui reste encore largement insuffisant aux yeux de Bernard Arru dont l´arithmétique personnelle ne peut s´empêcher d´apercevoir, derrière chaque appareil mis au rebut, la possibilité de sortir des personnes de l´exclusion : « Il y a, en France, 10 millions de mobiles renouvelés chaque année. Imaginez le nombre d´emplois que cela peut créer ! » Chaque téléphone est doté d´un code personnalisé qui définit sa provenance et permet la traçabilité. Il est ensuite soigneusement testé, vérifié et nettoyé s´il peut être remis sur le marché. On peut l´acheter en ligne sur le site des Ateliers, comme bon nombre de pièces détachées. Quant aux pièces non réutilisées, elles sont, elles aussi, décortiquées afin d´être recyclées. L´association n´oublie pas sa vocation solidaire et contribue également à la fourniture d´équipements informatiques d´autres associations et des écoles. « Nous avons sollicité Microsoft pour installer des logiciels à coûts très faibles pour des ordinateurs en seconde vie », indique Bernard Arru. L´association a ainsi travaillé avec les organismes scolaires de l´Académie de Poitiers et du diocèse pour équiper les établissements scolaires du premier degré, publics et privés, de la région Poitou-Charentes. Le prix des logiciels est symbolique : 5 euros par appareil.
Dans la continuité de cette collaboration initiée depuis près de cinq ans, Microsoft France a choisi les Ateliers du Bocage comme partenaire privilégié de son activité de donation de logiciels aux associations. Pour Isabelle Leung Tack, responsable du développement durable chez Microsoft France, « ce partenariat revêt à nos yeux une importance toute particulière car les Ateliers sont la preuve qu´une entreprise peut être professionnelle, efficace, répondre parfaitement aux besoins de ses clients tout en plaçant le respect de la personne au coeur même du dispositif. » Ce ne sont pas les salariés des Ateliers qui diront le contraire.

Titulaire d´un DUT en informatique, Bernard Arru dirige les Ateliers depuis leur création.
Son engagement chez Emmaüs date du temps où, jeune scout, il avait travaillé bénévolement dans une communauté de handicapés. « Ce fut le coup de foudre, se souvient-il, c´est la dimension communautaire du mouvement qui m´a décidé. » Depuis, il met son savoir-faire au profit de cet engagement : « Pour moi, l´outil informatique a du sens quand il permet aux personnes en difficulté de retrouver des capacités. À mes yeux, il est au service de l´homme. »

Créés en 1991 à un moment où le chômage explosait, les Ateliers se sont initialement développés autour de la récupération de cartons et de palettes. Une entreprise automobile locale qui dépensait des fortunes pour s´en débarrasser a alors l´idée de les confier aux compagnons d´Emmaüs. Naissait ainsi la première activité de recyclage des « DIB » (déchets industriels banals) au Peux du Pin, siège de la communauté locale d´Emmaüs.

Par le relais des centres Emmaüs mais, aussi, de commerciaux spécialement embauchés à cet effet, l´unité des « DEEE » des Ateliers du Bocage reçoit, chaque jour, un semi-remorque de marchandises issues de grands groupes, collectivités ou ministères souhaitant se débarrasser de leurs matériels obsolètes (informatique, cartouches d´imprimante). Et, chaque jour, en repart l´équivalent en matériels prêts à vivre leur seconde vie.

Toutes les pièces reçues sont examinées. Les ordinateurs sont testés avant d´être destinés soit au démontage, soit à une remise en état intégrale. Djibrill et Armand, en charge de cette première vérification, ont tous deux bénéficié de formations en informatique.

Originaire du Kosovo, Luli assure la maintenance de la boutique en ligne des Ateliers. Deux stages de formation lui ont permis d´acquérir les compétences nécessaires pour superviser cette activité en plein développement, qui commercialise des téléphones portables reconditionnés et des pièces détachées.

Chez Emmaüs depuis 2002, Carlos remet à neuf, chaque jour, une vingtaine d´ordinateurs destinés à la boutique du Pin. Ce jeune Angolais de 27 ans, bousculé par l´histoire tragique de son pays, a d´abord trouvé ici l´apaisement. Il prépare aujourd´hui un certificat Microsoft pour obtenir un diplôme de capacité qui lui permettra d´affiner son savoir-faire en informatique.

Les 2,5 millions de cartouches d´imprimante périmées reçues ici sont sélectionnées par type, démontées si elles ne sont plus réutilisables ou remises en état dans le cas contraire. Chaque lot est doté d´un bordereau de traçabilité.

Le démantèlement des ordinateurs obsolètes emploie plus d´une centaine de personnes. Parmi eux, Michel assure le démontage. Les composants seront ensuite triés, empaquetés puis confiés à des entreprises spécialisées. Depuis les tubes jusqu´aux piles au lithium, les éléments ainsi récupérés sont appelés à redevenir matières premières et connaître une nouvelle vie.

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