Aux Etats-Unis, le programme opendata « data.gov » est menacé d’un énorme régime budgétaire share
back to to

Aux Etats-Unis, le programme opendata « data.gov » est menacé d’un énorme régime budgétaire

2 avril 2011
Les Etats-Unis s’apprêteraient à fermer la platforme de mise à disposition de données publiques data.gov et sept autres sites « d’open-gouvernement » : largement diffusée vendredi 1er avril, après sa reprise par le site RWW, cette information a, dans un premier temps, provoqué un petit doute, tant les Etats-Unis font figure de pionnier en la matière.
  • Fermer data.gov : poisson d’avril ?

Tout cela « n’est pas une blague », confirme à RSLN Daniel Schuman, conseiller politique à la Sunlight Foundation, think tank spécialisé sur les questions de transparence des politiques publiques.

Et l’auteur du billet de blog qui a ouvert le débat de souligner : « J’ai publié cet article plus d’une semaine avant le 1er avril».  
  • Pourquoi le site est-il menacé ?

Ce sont des coupes budgétaires drastiques qui menacent data.gov, au même titre que nombre d’autres initiatives « d’open gouvernement ». 

Une proposition de budget pour l’année fiscale 2011 émanant de la chambre des représentants est actuellement en négociation au Sénat. Elle pourrait devenir loi dans les jours à venir.
 
Or cette proposition de loi prévoit une coupe massive du budget alloué au « Electronic Government Fund », fond qui pilote principalement ces initiatives.  
 
De 34 millions de dollars en 2010, le texte propose ainsi de passer à 2 millions de dollars en 2011 :
 
proposition-budget-FY11
 
Soit une coupe de plus de 90%.  
  • Le risque est-il imminent ?
Oui : si le texte de loi est voté, il prendra effet immédiatement. En effet, ce budget concerne l’année fiscale 2011, déjà fortement entamée. 
 
Depuis six mois, Républicains et Démocrates mènent une drôle de danse budgétaire : incapables de se mettre d’accord sur un budget pour l’année fiscale 2011, ils ne cessent d’adopter des lois de finance provisoire les unes après les autres. Dans l’attente d’un nouveau budget, celles-ci maintiennent les dépenses au niveau de 2010. Mais la dernière n’est valable que jusqu’au 8 avril, date à laquelle un nouveau budget devra être voté – ou une enieme loi de finance provisoire pourrait etre adoptée. 
 
La Sunlight Foundation prend le risque au sérieux. Le 31 mars, elle a ainsi lancé sur son site une campagne pour « sauver les données ». Elle y appelle, entre autres, à signer une lettre ouverte aux membres du Congres pour empêcher ces coupes budgétaires.
 
Une initiative soutenue par le père du Web, Tim Berners-Lee, qui a porté le projet data.gov.uk avec Nigel Shadbolt :

  • Quels seraient les effets de telles coupes ?
Sur son blog, Simone Beth Noveck, ancienne deputy CTO du gouvernement américain, souligne que les 2 millions de dollars envisagés dans le texte de loi ne suffiraient même pas à maintenir un seul site de données publiques.
 
En deux ans, data.gov a en effet coûté plus de 8 millions de dollars au gouvernement américain. Si elles étaient adoptées, de telles coupes auraient donc inévitablement un impact sur les initiatives d’open government. 
  • Les coupes conduiraient-t-elles à la fermeture des sites tels que data.gov et USAspending ? 
Les opinions divergent :
 
• Pour Daniel Schuman, de la Sunlight Foundation, pas de doute, ces coupes entraineraient la fermeture des sites.

« C’est une question de mois », dit-il, affirmant s’appuyer sur des sources gouvernementales. 

Selon lui, Vivek Kundra, le Chief Information Officer des Etats-Unis, procéderait dans un premier temps à une hiérarchisation des projets puis tous les sites cesseraient progressivement d’être alimentés jusqu’à leur fermeture.

• Même son de cloche sur le site federalnewsradio.com, qui cite des sources anonymes au sein de l’Office of Management and Budget, et affirme que sept sites dont data.gov devraient cesser de fonctionner au cours des deux prochains mois. 
 
• Mais de proches collaborateurs de l’équipe data.gov affirment qu’aucune décision n’a encore été prise. Exemple avec Jim Hendler, professeur au Rensselaer Polytechnic Institute, qui explique à RSLN : 
 « J’ai l’impression que le sentiment actuel est que data.gov survivrait, mais que son développement serait arrêté, et que d’autres sites seraient fermés. »
Pour le professeur, crier à la fermeture est donc prématuré. Reste à voir quelles coupes seront définitivement adoptées par le Congres. 
 
• Par ailleurs, Safouen Rabah, vice président du marketing chez Socrata, l’agence qui développe actuellement la prochaine version de data.gov, nous confirme que certains des projets en cours ne seront pas affectés. La nouvelle plateforme data.gov devrait ainsi être lancée fin avril quoi qu’il arrive.
 
Et d’ajouter :
« Personnellement, je ne pense pas que le programme court le risque d’être fermé. » 
• A la Maison Blanche, le bureau de Vivek Kundra, qui qualifiait il y a quelques mois l’initiative data.gov de « succès extraordinaire » dans un entretien avec RSLN, n’a pour l’instant pas retourné nos appels ni nos demandes de commentaire. 
  • Fermer data.gov : quels risques ?
Les bienfaits de l’open government en termes de transparence, d’économies, de créations d’emploi et d’innovation sont très largement reconnus par le gouvernement américain. 
 
Sur le programme « opendata » plus précisément, malgré un bilan en demi-teinte, le pionnier américain a également établi un précédent politique fort aux Etats-Unis et dans le reste du monde. Aujourd’hui ce sont 15 pays, mais aussi 29 Etats et 11 villes aux Etats-Unis qui ont reproduit l’expérience
 
Et de nombreuses voix au Sénat et au Congres soutiennent l’e-government. Sur son blog, Alex Howard, reporter pour O’Reilly Media, cite une source anonyme au Congres selon laquelle les négociations actuelles tenteraient de préserver les éléments principaux de ce programme. 
 
Sage attitude, selon l’universitaire Jim Hendler :
« Si un site comme data.gov était amené à fermer, cela serait très gênant pour le gouvernement américain. Vous imaginez, passer du rôle de pionnier sur la scène internationale a rien du tout ? »
> Visuel utilisé dans ce billet : 
 
Copie d’écran, proposition de budget 2011.

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email