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Avec « Addicts », Arte espère faire décoller le genre de la « websérie »

12 novembre 2010

Vingt-deux minutes pour chaque épisode de Friends. Plus ou moins 47 minutes, pour suivre les aventures de Don Draper, dans un Mad Men. Et une durée a priori totalement libre pour Addicts, websérie diffusée à partir de ce lundi 15 novembre sur le site internet d’Arte, que chaque spectateur est libre d’aborder par l’entrée qui lui convient le mieux.

Cette possibilité d’une consommation « à la carte » n’est que l’une des déclinaisons de l’adaptation du genre de la série au web. Genèse, budget, apport sur la narration : nous vous proposons quelques éléments pour décortiquer ce projet, dont l’ambition est d’apporter une évolution aussi forte au genre de la websérie que « Prison Valley » l’avait fait au webdocu.

Une « websérie » ? – Les feuilletons en ligne connaissent un sérieux succès d’estime, ainsi qu’un début d’engouement de la part des internautes. En 2009 déjà, lors du festival de la fiction télé de La Rochelle, l’AFP revenait sur ce genre

On compte aujourd’hui une vingtaine de web-séries francophones, qui abordent des thèmes aussi variés que la vie en communauté, avec humour comme Hello Geekette (produite par une bande de potes, Julien, Nicolas et Jérôme, et diffusée par Dailymotion) ; les problématiques sociales et économique avec DRH (produite par Grégoire Vannier, de W2P, diffusée sur Dailymotion) ou Dark Elevator (produite par Arturo Mio, diffusée par Dailymotion) ; voire dérivant vers la science-fiction et le fantastique, comme dans  Fixion (réalisée et autoproduite par Fouad Benhammou, diffusée  sur Myspace, Youtube et Dailymotion).

Le plus souvent, la production est artisanale ou « sauvage » : les créateurs et producteurs des web-séries manquent de moyens et espèrent trouver sur Internet le tremplin nécessaire à la diffusion de leur œuvre sur un média plus rémunérateur, la télévision.  Bref, la websérie est un peu l’antichambre de la télévision pour des réalisateurs et des acteurs, qui se font ainsi « les dents » … .

Exemple type de cette chronologie qui fait des productions web un teasing de produit télé : la série de Canal Plus, « Les coups lisses du football », diffusée sur le site internet de la chaîne depuis le 4 novembre … et sur la chaîne « sport » du groupe en parallèle.

L’histoire – Retour à Arte. Les Addicts, ce sont quatre jeunes personnages, évoluant dans une « cité » : les Aubiers, quartier bordelais classé zone urbaine sensible.

Il y a Damien et Djibril, deux amis qui ont décidé de « se ranger », entamant une nouvelle vie entre rêves professionnels, galères financières et famille à charge. Anna, installée récemment dans le quartier, qui veut changer le monde avec ses ateliers de cinéma et son projet de film sur la cité. Et enfin Saad, ancien de la bande, dont la sortie de prison va bouleverser ce fragile équilibre. Sa proposition d’un nouveau et dernier « gros coup »  lance l’intrigue : qui va succomber à la tentation de l’argent facile, pour échapper aux difficultés du quotidien ?



Le format – Fiction « non-linéaire », Addicts se veut également très interactive, et fait intervenir l’utilisateur à différents stades de l’intrigue. Les internautes peuvent ainsi intervenir directement dans son déroulement : sans spoiler outre-mesure, nous pouvons par exemple raconter que la dernière scène de cette première saison sera une conférence de presse d’un procureur, où les internautes pourront se faire journalistes.

La consommation est également « libre » : chacun peut ainsi y entrer selon son envie : il peut choisir de ne pas regarder un épisode du début à la fin, mais naviguer au gré des personnages. En sélectionner un, puis un autre, pour revoir l’action sous ce prisme particulier.

Trois nouveaux épisodes sont diffusés chaque semaine, les lundi, mercredi et vendredi, pour un total de 200 minutes de diffusion– l’équivalent d’un tiers d’une saison de Mad Men. Ils sont construits autour de cinq séquences, une pour chacun des quatre protagonistes, plus une séquence dite de « garde à vue » qui permet de vivre l’histoire à travers une autre chronologie. Enfin, les séquences « backstage » plongent le spectateur dans la vie du quartier, pour mieux l’immerger dans l’environnement des héros.

La réalité-fiction, offline et online – C’est sans doute l’un des éléments les plus stimulants de la série : le mix entre la fiction et la réalité, étendu aux territoires du web.

Les éléments de réalité puisés dans « la vraie vie » : à l’exception de Florence Loiret Caille, les héros ne sont pas comédiens, mais de vrais habitants des Aubiers, comme la majorité des personnages et figurants. Le quotidien Sud Ouest  se prête également au jeu, et s’apprête à publier un article sur la libération du fameux Saad. Et, pour ajouter à cette confusion, l’unité de temps du récit est le même que celui de la diffusion. L’intrigue se poursuit donc en temps réel, jusqu’au dénouement.

Il s’étend également à des territoires web. Ainsi, si la fiction est diffusée sur un site « en propre », elle s’exporte également sur d’autres territoires du web social. Plusieurs personnages de la série sont inscrits sur Doyoubuzz, Meetic ou interviennent sur des forums comme aufeminin.com.  Vous pouvez également tenter d’ajouter Djibril à vos amis sur Facebook. De là à ce que certains échanges « IRL » se retrouvent imbriqués dans les scénarios de nouveaux épisodes … ?

La genèse A l’origine d’Addicts, un projet de court-métrage, né dans l’esprit de deux jeunes habitants des Aubiers, est présenté à Lydia Hervel, scénariste menant des ateliers d’écriture dans le quartier. Le service des actions culturelles d’Arte lui attribue une subvention de 6.000€. Mascaret Films, qui avait produit pour Arte le très remarqué « La journée de la jupe », et Vincent Ravalec, (« Cantique de la racaille », etc), se joignent au projet et le repensent sous la forme d’une web-série. Enthousiasmé pour le projet, le scénariste transforme les habitants du quartier en acteurs et leur vie en scénario.

Budget – Le projet Addicts a bénéficié d’un budget de 1,2 million d’euros, à la hauteur d’un travail de production professionnel. Ce budget global est largement plus élevé que celui des web-séries qui le précèdent, bien qu’il soit  difficile de trouver des chiffres, tant la majorité sont auto-produites et ne disposent que d’un financement très faible, voire d’une absence totale de financement.

Le financement provient à la fois de subventions : le CNC, pour 25% du budget, et la Région Aquitaine, qui a débloqué 156.000 euros au titre des technologies de l’information et de la communication et du fonds pour le soutien à la création et à la production.

Le reste du financement a été assumé par Arte, Mascaret Films, la société de production indépendante, et Dailymotion, partenaire du projet et relai de diffusion des épisodes.

Les objectifs – Joël Ronez, responsable du pôle web chez Arte, attend au minimum deux millions de visionnages pour l’ensemble de la série. C’est le double du score d’audience réalisé par Prison Valley. Pour fixer cette volonté, exemple a été pris sur une référence en matière de web-série : « Le visiteur du futur », diffusée sur Dailymotion et comptabilisant 2,6 millions de vues.

En attendant, et comme les productions du pôle web d’Arte, « Addicts » se taille déjà des récompenses : la websérie vient ainsi de remporter le « Reflet d’or pour la meilleure fiction multimédia interactive » dans la catégorie « nouveaux écrans » du Festival international du film de Genève.

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