Avec « We the people », Obama lance-t-il sa campagne internet 2012 ? share
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Avec "We the people", Obama lance-t-il sa campagne internet 2012 ?

27 octobre 2011

(visuel : illustration de « We the People »)

Etablir une ligne directe entre le peuple américain et la Maison Blanche : c’est l’objectif affiché de « We the People », un système de pétitions en ligne sensé faire émerger de nouvelles questions dans le débat politique – dont nous vous parlions récemment.

Le principe est simple : les citoyens américains peuvent créer une pétition sur un sujet qui leur tient à cœur. Si celle-ci recueille plus de 25.000 signatures – 5.000 à l’origine, l’administration Obama s’engage à traiter la demande dans les trente jours.

Un peu plus d’un mois après le lancement, la Maison Blanche a répondu pour la première fois à une de ces fameuses pétitions, ce mercredi 26 octobre. Dans un long message, Roberto Rodriguez, assistant spécial du Président sur les questions d’éducation, a non seulement répondu à la pétition qui réclamait l’effacement des dettes contractées par les étudiants, mais a aussi présenté un nouveau projet de loi afin de répondre, au moins en partie – à cette demande :

« Merci d’avoir pris le temps de participer à cette pétition de « We the People ». Nous avons lancé cet outil en ligne dans le but de vous entendre directement, et sommes ravis de pouvoir vous répondre » commence ainsi la réponse du conseiller de Barack Obama.

> Vers un dialogue direct avec les citoyens ?

Est-ce cependant vraiment la pétition qui a déclenché le processus législatif ? Dans les colonnes du New-York Times, c’est en tout cas ce qu’affirme Melody Barnes, directrice du conseil sur la politique intérieure : « la pétition a été entenduede façon forte et claire ».

Plusieurs autres sujets ont rallié les suffrages nécessaires : l’un d’eux réclame une légalisation nationale de la marijuana, un autre l’abolition du « Transportation Security Administration », cette mesure prise après le 11 septembre, jugée par près de 30.000 signataires comme « trop chère, inefficace et intrusive ». Hauts fonctionnaires et conseillers démocrates devraient donc emboîter le pas à Roberto Rodriguez pour apporter d’autres réponses, « dans les tous prochains jours » assure la Maison Blanche.

Nick Judd , responsable du site TechPresident, juge que « We the people » est une bonne façon pour Barack Obama de prendre en compte les demandes des Américains :

« Une pétition en ligne donne à l’équipe Obama des munitions pour la bataille à venir sur l’emploi et l’économie – et l’opportunité de saisir un des thèmes parmi les demandes des contestataires du mouvement nébuleux ‘Occupy Wall Street’. »

Difficile en effet de ne pas analyser l’opportunité de « We the people » sans penser au mouvement des « indignés » américains, qui occupent depuis plusieurs semaines les grandes villes du pays. Si leur message contestataire est clair, peu de leurs revendications font pour l’instant surface. Mais leur volonté de voir naître une démocratie plus en phase avec le peuple est sans doute une des demandes les plus relayées ; en clair, « améliorer la gouvernance de la société en élargissant la prise de décision autant que possible »

Encore embryonnaire, l’initiative du gouvernement apparaît donc comme un premier signe lancé à ce large mouvement, qui monte en puissance (voir graphique ci-dessous). Et ce, même si l’écho de ‘We the people’ tarde encore pour l’instant à se faire entendre sur les réseaux sociaux (moins de 200 abonnés à date).

> Un instrument idéal pour relancer Obama en 2012

Il serait toutefois naïf de considérer cette plate-forme seulement comme un outil de démocratie directe. C’est aussi l’occasion pour Obama de retrouver le lien qu’il avait instauré avec les électeurs en 2008, lien qui s’est depuis largement distendu

En faisant directement appel au peuple, Obama tente d’une certaine façon de court-circuiter le Congrès, dont la majorité lui est hostile depuis fin 2010. Mais c’est aussi peut-être une façon de constituer une base de données précieuse en vue de mobiliser les troupes lors de la campagne de l’année prochaine. Certains internautes s’inquiètent d’ailleurs ouvertement de l’usage qui pourrait être fait de leur identité, car il est nécessaire de s’inscrire avec son nom et son adresse afin de signer une pétition :

« Comment sommes-nous sûrs que la Maison Blanche n’est pas en train de se constituer une liste de noms en fonction de ce que l’on pense ? » s’interroge Oceandove dans le flot des commentaires.

En choisissant de d’abord s’attaquer à l’endettement des étudiants – deux sur trois contractent un prêt d’en moyenne 23.000 $ pour financer leurs études  – le gouvernement envoie en tout cas d’abord un message à la jeunesse du pays. Ces mêmes moins de trente ans qui lui ont permis d’accéder au pouvoir  : ils étaient 66% à avoir voté pour lui en 2008.

(visuel : extrait d’une infographie réalisée par la Maison Blanche)

> Pour aller plus loin :

Cheryl Contee ou la lutte pour les droits civiques 2.0 aux Etats-Unis

– «Cher internet politique …  » : notre invitation à la rencontre du 16 novembre, intitulée Du web en politique, que nous réserve 2012 ?

– Le programme des échanges du mercredi 16 novembre : 

 

RSLN - Du web en politique : que nous réserve 2012 ? 

– Tous nos articles sur le couple nouvelles technos – politique,
– Retrouvez notre enquête sur la progressive affirmation du phénomène e-démocratique, publiée en décembre 2009, mais qui reste largement d’actualité :

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