Axelle Lemaire : « 2015 est l’année de l’urgence numérique » share
back to to

Axelle Lemaire : « 2015 est l'année de l’urgence numérique »

11 juin 2015

Les sixièmes Rencontres parlementaires sur l’économie numérique avaient lieu le 10 juin dernier à la Maison de la Chimie à Paris. Alors que le projet de loi numérique est annoncé pour la rentrée, cette journée a permis de poser les bases d’une ambition : celle de la « République numérique » qu’Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat au numérique, voit s’incarner à travers trois axes prioritaires.

 

3 questions à… Axelle Lemaire from RSLNmag on Vimeo.

La croissance par l’innovation

1000 milliards d’euros : c’est la valeur qui pourrait se dégager en 2025 si les infrastructures numériques étaient davantage développées en France. Mais quand un Français sur trois achète en ligne, neuf entreprises sur dix ne lui proposent pas encore ce genre de services. Face au choc des chiffres et des contrastes, toute une économie semble à réinventer.

Certains travaux sont déjà entamés : l’offensive #FrenchTech entend déjà s’attaquer au manque de visibilité des écosystèmes innovants par un système de labellisation porté à échelle internationale. Le chantier titanesque du déploiement de la fibre devrait quant à lui hisser la France au rang de pays le plus connecté…à l’horizon 2022.

Il faudra aller encore plus loin et plus vite, soutient Axelle Lemaire : accueil en France d’investisseurs, renforcement des outils de financements pour les startups, #FrenchTechHubs à l’étranger, soutiens de l’Etat aux business angels, capital ventures, création du FrenchTech Ticket 

En somme : « La croissance en simplifiant, en assouplissant les contraintes pour les entreprises qui souhaitent innover » résume celle pour qui encourager l’innovation sera l’une des lignes directrices du prochain projet de loi numérique.

Etablir la confiance autour des données

Mais au cœur de la transition numérique, une matière première fascine et inquiète encore : les données. Pour Luc Belot, Député du Maine et Loire, la France aurait même le don de faire du numérique « un sujet anxiogène » quand d’autres y voient avant tout un formidable levier de croissance. Entre ces deux extrêmes, Axelle Lemaire reste formelle :

« L’émergence d’un tel marché [de la donnée] doit être accompagné d’un cadre législatif au niveau national et international (…) »

Condition sine qua non au développement de l’économie numérique, la protection des données personnelles est aussi devenue un enjeu de souveraineté majeur après les révélations de l’affaire Snowden :

« Nous souhaitons une grande charte européenne du numérique, qui serve de référentiel pour garantir les droits et libertés des individus. Au cœur de cette charte, la magna data»

Pour Marc Mossé, directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France et intervenant à l’événement, il s’agit là d’un sujet structurant car la confiance sera un élément clé pour libérer le potentiel de croissance porté par le numérique :

« Il faut une innovation responsable fondée sur la transparence. Le futur règlement harmonisera le droit européen et facilitera l’émergence d’un marché unique numérique basé sur des standards élevés de protection des données personnelles. La vraie souveraineté c’est la garantie des droits. »

Et de rappeler qu’ « il ne pourra y avoir de protection des libertés physiques individuelles sans protection des libertés immatérielles des citoyens »… ni d’économie numérique sans confiance autour des données.

Marc Mossé – Pourquoi la confiance est-elle si importante pour développement de l’économie numérique from RSLNmag on Vimeo.

L’inclusion par le numérique

Demain libres de disposer de leurs propres données, les citoyens français sont en tout cas toujours très (trop ?) inégaux face au numérique  

« Le nombre de jeunes en déshérence éducative, en difficulté sociale ou personnelle dans les quartiers populaires nous rappelle avec insistance l’urgence d’agir », note Axelle Lemaire.

Quand 50 000 emplois du secteur à plus forte croissance restent non pourvus cette année, tandis que ces NEET peinent à s’extraire du chômage, la secrétaire d’Etat voit l’inclusion de la jeunesse comme le troisième volet décisif de la République numérique. Mieux : sa « raison d’être ».

C’est cette vision qu’entend porter le projet d’une Grande Ecole du Numérique, annoncé par François Hollande en mai dernier. Pour que les exclus des systèmes éducatifs retrouvent leur place au sein de la société, celle-ci entend former dès la rentrée prochaine 10 000 jeunes au sein de 50 fabriques « sociales » du numérique labellisées.

L’intérêt pour ces nouveaux acteurs ne date pas d’hier : ces fabriques sociales sont déjà pleinement intégrées à certains écosystèmes numériques par le biais de partenariats comme ceux de Microsoft France avec la Web@académie ou encore Simplon, associées reconnues et ancrées sur le territoire.

En plus de ces formations professionnalisantes, la secrétaire d’Etat souhaite voir favorisées les initiatives entrepreneuriales pour les 34% de jeunes qui souhaitent se lancer dans l’aventure start-up :

« L’ascenseur social est en panne alors nous allons les aider à prendre un escalier roulant numérique en détectant, accompagnant ces jeunes et les projets les plus prometteurs des quartiers prioritaires à travers des actions d’ici la fin de l’année. »

Un agenda chargé pour Axelle Lemaire, qui semble pourtant s’impatienter :

« Deux ans pour faire aboutir un projet de loi, c’est trop long. Le numérique doit être un prétexte pour changer notre manière d’agir, avec intelligence et discernement pour ne pas exclure les catégories défavorisés, qui pourraient prendre cette vague de plein fouet sans un accompagnement adéquat…» 

Affaire à suivre en automne prochain avec la remise du Projet de Loi Numérique et avant cela, de la concertation initiée par le Conseil National du Numérique.

 

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email