Barbie entrepreneure : toutes des femmes en rose ?

20 juin 2014

Icône de mode, vétérinaire, astronaute, ou encore présidente des Etats-Unis… Barbie aura porté bien des casquettes ! Pas une ride sur le visage, la poupée Mattel de 54 ans est désormais entrepreneure. De quoi inspirer les fillettes à se lancer dans la création d’entreprise… ou pas. 

« Vous ne pouvez pas devenir ce que vous ne voyez pas » affirme Reshma Saujani, fondatrice de l’association Girls who code qui dispense des cours d’informatique aux femmes et qui apparaît dans la liste des 10 entrepreneures qui « inspirent » la nouvelle génération de la poupée blonde.

Si le manque de modèles pour les femmes dans le secteur des nouvelles technologies est régulièrement décrié dans le pays, comme nous le confirmait la Ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, est-ce vraiment de ce type d’exemple dont ont besoin les jeunes filles pour se lancer dans l’entrepreneuriat ? Et pour cause, la description de la poupée sur le site de son fabriquant a de quoi dresser plus d’un cheveu sur la tête des lectrices :

« Après plus de 150 carrières, Barbie a enfin décidé de démarrer sa propre entreprise ! Son smartphone, sa tablette et sa mallette sont les outils qu’elle a toujours à ses côtés. Prête pour son prochain gros pitch, la poupée Barbie entrepreneure porte une robe sophistiquée rose qui caractérise les couleurs modernes et une silhouette élégante. Des détails luxueux tels qu’un collier glamour, une pochette cool et une élégante coiffure sont des touches chics et professionnelles. »

Elle en a de la chance cette Barbie … Et elle va même avoir une page LinkedIn très bientôt. De quoi faire d’elle une jeune chef d’entreprise accomplie.

Une startupeuse peu convaincainte

Si la marque de jouets veut s’inscrire dans l’air du temps et représenter « des entrepreneures qui changent le monde, dépassant leurs objectifs et montrant aux filles qu’elles sont à la fois capables et captivantes », Barbie passe à côté de son but en proposant un stéréotype de la startupeuse très peu convaincant. Une image que n’apprécient guère certaines professionnelles à l’image de Carrie Kerpen, entrepreneure et fondatrice de Likeable Media citée dans les colonnes du Huffington Post :

« Généralement, devenir une femme entrepreneure est une question d’avoir suffisamment d’assurance pour prendre des risques. Et mettre dans les mains des petites filles des poupées disproportionnées qui leur donne une vision déformée de ce qui est beau ne va probablement pas aider. »

Outre ses proportions totalement irréalistes, certains pourront aisément arguer que le meilleur des modèles serait de ne pas jouer avec une Barbie du tout. 

The Time cite à cet effet une étude publiée en Mars dernier par l’Université d’Etat d’Oregon, qui indique que les fillettes entre 4 et 7 ans qui ont pour habitude de jouer aux Barbie sont plus enclines à se percevoir comme ayant des options de carrières limitées, en dépit du fait que Barbie ait une carrière à elle. Aurora M. Sherman, chercheuse dans l’Université explique :

« Jouer avec une Barbie a un effet sur les idées que les jeunes filles se font de leur place dans le monde. Cela crée une limite sur le sens de ce qui leur est possible pour leur futur. »

Ces récents résultats, ainsi que les caractéristiques hyper-sexualisées de nombreuses poupées féminines ne manquent pas l’alimenter de nombreux débats… Et même de stimuler le financement de jouets alternatifs. The Time cite à cet égard les super-héroïnes de I Am Elemental dont la campagne de financement sur KickStarter a rencontré un succès considérable. Seulement 48 heures après son lancement, elle atteignait déjà son objectif de 35 000$. Au final, ce ne sont pas moins de 163 000 $ qui ont été récoltés. À vous de juger…

  

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email