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Ne pas rater la décennie Big Data : un défi français

12 mars 2015

«La valeur de l’économie aujourd’hui et encore plus demain réside dans la donnée, qualifiée souvent d’or noir, de pétrole du XXIe siècle ». Ainsi Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du Numérique, inaugurait-elle le salon Big Data Paris 2015, qui se tenait au CNIT de la Défense ces 10 et 11 mars. Un événement riche en enseignements de la part de plus de 100 speakers professionnels du big data, juristes, consultants ou encore entrepreneurs, appelés à s’exprimer sur le sujet et à faire état de leurs analyses et opinions. Compte-rendu.

Mener à bien la transition numérique de la France : un objectif revendiqué par le gouvernement, qui multiplie les initiatives en ce sens et dont les résultats seront observés. Dernier projet en date, les challenges Big Data lancés dans le cadre du plan « Nouvelle France industrielle », et sur lesquels est revenue Axelle Lemaire à l’occasion de l’événement parisien. Ces derniers devraient permettre de mettre en contact les grands groupes et start-up détenteurs de données, pour mieux les valoriser et en tirer tous les bénéfices. Afin d’encadrer l’utilisation de ces fameuses données, le gouvernement français promet également d’adapter la réglementation, en prenant soin de préserver les valeurs françaises et européennes de protection de la vie privée. 

« La donnée est désormais considérée comme un actif de l’entreprise »

Considéré comme un actif de l’entreprise à part entière, le big data est perçu comme un recours précieux par un nombre croissant d’organisations: affiner les offres marketing, améliorer la prise de décisions, optimiser les réseaux logistiques ou encore concevoir des produits d’assurance. Régis Delayat, DSI et administrateur du CIGREF, revenait sur ce dernier enjeu en ces mots :

« Chez SCOR, le big data sert non seulement à améliorer notre connaissance et tarification des risques, mais également à évaluer les sinistres et à anticiper l’émergence de nouveaux risques, tels que les risques cyber ou liés aux énergies renouvelables, jusqu’à présent très difficiles à estimer. » 

La donnée serait-elle un capital que l’on peut faire fructifier ? Sans aucun doute pour Elias Baltassis, directeur big data & analytics du Boston Consulting Group, qui en distingue 3 types : les données internes, le plus souvent difficiles à mettre au commun au sein d’une même entreprise en conséquence d’une organisation en silos, les données externes non exclusives, revendues par de grands agrégateurs de données et les données externes non exclusives, dont l’acquisition dépend d’un partenariat avec l’agrégateur de données concerné, sans autre possibilité d’achat.

Mais surtout : le big data amène à repenser nos modèles industriels

Vers une restructuration de l’économie et des organisations ?

Refuser la transition numérique : une erreur fatale pour les entreprises selon François Bourdoncle, cofondateur d’Exalead, filiale de Dassault Systèmes. Egalement Président de FB&Cie, il voit dans l’avènement de la donnée une opportunité pour les entreprises de passer d’une structure en silos à de nouveaux modèles intégrés verticalement, de la conception à la relation client, à la manière des nouveaux acteurs qui donnent aujourd’hui le tempo de l’innovation.

Ces nouvelles entreprises innovantes, pour la plupart issues du web, se tournent progressivement vers l’industrie lourde et les anciens monopoles. Qui aurait cru qu’Elon Musk, fondateur de PayPal, s’attaque ensuite aux véhicules électriques, aux panneaux solaires ou encore aux TGV, avec l’initiative Hyperloop ? De quoi inciter les entreprises traditionnelles à innover !

Pour ce faire, la plupart d’entre elles opte pour le recrutement d’un CDO, ou Chief Digital Officer, chargé d’administrer les données au sein de l’organisation. Si la définition de ce nouveau poste ne semble pas primordiale aux yeux d’Elias Baltassis, ce dernier voit dans son positionnement un élément révélateur. Ainsi, les entreprises uniquement basées sur l’information positionnent généralement leurs CDO au niveau du COMEX alors que celles pour lesquelles l’information est importante mais non capitale choisiraient davantage de l’associer au DSI. Le sujet des CDO, par l’importance qu’il prend actuellement, devient un point de réflexion pour les régulateurs. A partir d’une certaine taille, les entreprises pourraient être amenées à s’en doter, conformément à de nouvelles normes européennes à paraître dans les prochaines années.

Un cadre juridique européen pour l’exploitation de ces données 

Afin de remédier à un véritable casse-tête juridique auquel se confrontent les entreprises qui exploitent des données, de nouvelles normes sont en cours d’élaboration à l’échelle nationale et européenne. Un règlement devrait ainsi être adopté à l’horizon 2016 avec une entrée en vigueur en 2018. L’objectif ? Apporter une unification totale sur le territoire de l’Union au sujet des données personnelles. Le régime actuel est en effet très loin d’être unifié : pour 28 pays membres de l’Union Européenne existent 28 lois mais également 28 façons de les appliquer… Les pratiques en termes de déclaratif et de positionnement du régulateur divergeant selon les Etats membres. Parallèlement, 5 modes de déclaration distincts existent pour les entreprises privées. De quoi donner du fil à retordre, et une importante charge administrative, aux entreprises à l’activité internationale.

Si les données à caractère personnel sont amenées à être particulièrement protégées, les données anonymes laissent encore une grande marge de manœuvre à ceux qui y ont recours. Pour échapper à la réglementation, certaines entreprises se spécialisent ainsi dans les données anonymes, conformément aux techniques d’anonymisation préconisées par la CNIL.

Avec le projet de règlement, les sanctions associées à un irrespect de la protection des données personnelles seraient amenées à évoluer…Et à prendre une ampleur nouvelle. Thierry Dor, associé en charge du droit de l’informatique et des nouvelles technologies chez Gide Loyrette Nouel, annonçait que les pénalités financières pourraient atteindre 5% du CA mondial de l’entreprise. Une somme conséquente, à la hauteur de l’importance actuelle des données au sein des business models. 

Quoi qu’il en soit, hors de question pour la France de s’aligner sur le régime nord-américain en termes de protection des données, même si la réforme de la loi de 1978 (modifiée en 2004) figure bien à l’agenda du gouvernement. « La protection des données nous donne un avantage attractif. Il faut construire la confiance sur des principes de proportionnalité et de maîtrise des données », expliquait ainsi la ministre.

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