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Brésil, Inde, Afrique : pourquoi le numérique y joue un rôle majeur

21 mars 2012

Entrepreneurs, journalistes, militants : des intervenants de tous horizons se sont succédés jeudi 22 et vendredi 23 mars sur la scène du forum Netexplo 2012, dont nous vous avons déjà parlé. Ils mènent des projets numériques en Inde, au Brésil et en Afrique, et ont été invités à en commenter les répercussions dans leurs pays. Une occasion rare pour faire le point sur les usages du numérique dans ces régions du monde.

 > En Inde : le numérique, outil d’émancipation sociale

La population indienne est jeune, très jeune : la moitié des 1,2 milliard d’Indiens a moins de 25 ans. C’est sa première force. Si le taux de pénétration en équipement de téléphones portables est élevé (70% de la population totale), le pays-continent souffre d’un retard certain en matière de connexions à Internet. Seule 4% de la population est connectée, ce qui représente tout de même près de 50 millions de personnes.

Malgré tout, les effets du numérique se font déjà sentir à travers plusieurs exemples éloquents.

On dénombre, par exemple, pas moins de 25 millions de profils créés sur des sites de rencontres. Cette pratique permet d’échapper au carcan familial dans un pays où 85% des mariages seraient arrangés, notamment à cause du poids encore très fort des castes et de la reproduction sociale imposée par les parents. Ainsi l’évolution des mœurs est directement concernée. Et le phénomène continue de croître.

Le secteur économique suit lui aussi le chemin du changement : 60 millions de CV circulent déjà en ligne, et l’Inde est un des premiers pays à bénéficier de « l’outsourcing » (sous-traitement) des pays développés, notamment dans l’informatique. Un demi-million de personnes travaillent dans les technologies de l’information. Enfin, des initiatives comme e-choupal, qui met en relation les paysans grâce à l’Internet, est une nouvelle façon d’envisager l’agriculture dans ce pays encore fortement rural (71% de la population vit à la campagne).

Le numérique influence également la vie politique indienne. Exemple avec l’activiste Anna Hazare, qui mène dans son pays une campagne anti-corruption depuis 2011. Sur les réseaux sociaux, il récolte le soutien de 400 000 amis sur Facebook, un bon moyen pour lui de continuer à militer en ligne auprès de ses soutiens, après sa grève de la faim l’été dernier.

   
Femmes de Bangalore. Source : Vgrigas sur Flickr (licence CC).
 

 > Presse, mobiles, réseaux : au Brésil, le numérique tous azimuts

Au Brésil, Internet se développe dans un contexte de boom économique et de forte croissance de la classe moyenne. Son utilisation est dopée par la généralisation des smartphones : les mobiles 3G ont vu leurs ventes augmenter de 99,3% en 2011, pour atteindre 41 millions sur les 242 millions de téléphones mobiles en circulation dans le pays. Soit beaucoup plus que la population totale, les Brésiliens n’étant « que » 195 millions.

Le journalisme est également un secteur en forte croissance au Brésil : c’est l’un des rares pays où les tirages des grands quotidiens continuent d’augmenter (+3,5% en 2011). Folha de Saõ Paulo  est l’un de ces journaux dont le succès passe désormais par le web. Fort d’un réseau touchant 500 000 Brésiliens, il projette de s’étendre dans dix-huit pays et quatre continents. Cette ascension lui permet de jouer un rôle d’influence : le journal revendique une responsabilité dans l’adoption de deux lois fédérales, et d’un grand nombre de règlements locaux.

Si l’écart entre les plus riches et les plus pauvres a diminué, le Brésil fait encore partie des douze pays les plus inégalitaires au monde. L’analphabétisme fonctionnel y est toujours de 20% au-delà de 50 ans. Dans les immenses aires urbaines brésiliennes, les favelas concentrent ces exclus de la croissance brésilienne. Mais même en ces lieux défavorisés, des initiatives contribuent à inclure les brésiliens dans la société mondialisée : dans la galaxie Folha, le blog Mural est né de la conviction de certains habitants de ces quartiers que les médias ne parlaient pas de ce qu’ils vivaient au quotidien. Mural, c’est un collectif de quarante-cinq apprentis journalistes âgés de 19 à 51 ans, dont la particularité est de vivre tous dans les bidonvilles de Saõ Paulo. Ainsi ils partagent les conditions de vie ce ceux à qui ils s’adressent. Et la recette fait florès : un an après sa création, Mural revendique vingt-cinq millions de visiteurs uniques sur les 232 billets de son blog.

 > L’Internet mobile, un levier du développement de l’Afrique ?

Malgré une population d’un milliard d’habitants, le produit intérieur brut de l’ensemble du continent africain ne dépasse pas celui du Brésil (environ 1 600 milliards de dollars). Pourtant, beaucoup d’indicateurs sont au vert, comme la croissance à deux chiffres de certains pays. Et la révolution numérique n’y est pas étrangère.

Même si de gros efforts ont été récemment effectués pour connecter le continent à de nouveaux câbles sous-marins, le réseau Internet fixe reste, et devrait rester, un moyen minoritaire de se connecter. En effet, l’acquisition d’un ordinateur est hors de portée de la plupart des habitants. En revanche, les africains sont d’ores et déjà massivement reliés les uns aux autres grâce à leurs téléphones portables : ils sont 700 millions à en être équipés, et il y aura un milliard de smartphones en circulation d’ici 2015 selon certaines estimations.

Des appareils qui ne sont peut-être pas parmi les plus perfectionnés, mais qui sont capables de faire tourner des applications qui changent déjà le quotidien des habitants. Un exemple ? Le dispositif « I paid a bribe », grâce auquel un million d’africains a pu révéler, par SMS, les coûts cachés générés par la corruption qui sévit sur le continent. Autre cas révélateur de cette envie de changer les mentalités par le numérique, l’entreprise Afroes, qui développe des jeux vidéo pour éduquer les plus jeunes aux dangers de la criminalité.  

Amadou Mahtar Ba, président du site d’information AllAfrica et considéré par certains comme « l’homme le plus influent du continent », est confiant pour l’avenir :

« Des pays comme le Kenya, l’Afrique du Sud ou le Nigéria ont su développer un environnement favorable au numérique. De nombreux avantages existent pour ceux qui veulent y innover. » explique-t-il.

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