Compétences professionnelles : « chacun doit apprendre à apprendre » share
back to to

Compétences professionnelles : « chacun doit apprendre à apprendre »

8 juillet 2015

Alors que Pôle Emploi lance l’Emploi Store, point d’entrée unique pour l’ensemble de ses services digitaux et de ceux de ses partenaires, acteurs publics et privés du secteur de l’emploi et de la formation, RSLN a rencontré Caroline Bloch, directrice des Ressources Humaines de Microsoft France. Quelle est la situation de l’emploi dans le secteur du numérique ? Quels sont les métiers d’avenir ? Comment s’y former au mieux ? Etat des lieux.

 

Le numérique et l’emploi, tant en termes de recherche que d’évolutions des compétences, sont-ils devenus indissociables ?

Caroline Bloch : Aujourd’hui, le numérique et l’emploi sont effectivement complètement indissociables. Et ce pour une simple raison : le numérique touche désormais tous les métiers, dans tous les secteurs.

Cela va d’ailleurs représenter une masse de recrutement considérable pour l’avenir. Pôle Emploi parle de 400 000 emplois autour du numérique d’ici fin 2015.

 

Concrètement, lorsque l’on parle du numérique dans l’emploi, qu’est-ce que cela veut dire ?

Je dirais qu’il y a plusieurs familles de métiers :

  • Les métiers « classiques » du numérique et de l’informatique : les développeurs, les consultants en informatique, les webmasters, les chefs de projets informatiques, etc. Autant de métiers « traditionnels » qu’il ne faut pas oublier lorsque l’on parle de numérique ;
  • Dans le même ordre d’idée, il y a les métiers que l’on connaît déjà (la vente, le marketing), mais qui se transforment au contact du numérique ;
  • Et puis il y a bien sûr tous les nouveaux métiers qui sont apparus ces dernières années, ou qui émergent aujourd’hui, des Community Managers, qui sont en charge d’animer des communautés de fans sur Internet, aux spécialistes des données.
    Nous sommes entourés de données, et il faudra demain savoir les faire « parler » pour les exploiter. Ce sera le travail des Data Analysts et autres Data Scientists, qui savent les combiner intelligemment, que cela soit sur des aspects marketing, d’enquête de climat social ou encore d’enquêtes auprès de clients. N’oublions pas non plus l’aspect sécurité qui entoure les données et où de nouveaux métiers se créent comme celui de Data Security Manager.

Chez Microsoft, par exemple, tous ces métiers existent déjà.

 

Les métiers du numérique sont souvent qualifiés de « métiers pénuriques » : il n’y a pas assez de candidats pour satisfaire tous les postes. A votre niveau, comment percevez-vous les choses ?

Dans notre secteur, celui de l’IT, le niveau d’emploi est assez élevé. Il y a donc une certaine concurrence pour attirer les talents et, c’est également vrai, un risque de pénurie.

Nous sommes dans un univers qui va extrêmement vite, et toutes les compétences ne sont pas encore disponibles. Il faut donc savoir créer des passerelles : un Data Scientist peut être un statisticien qui a déjà travaillé sur des sujets qui intéresse l’entreprise.

Chez Microsoft, nous pouvons très bien engager quelqu’un qui dispose de 70% des compétences opérationnelles que l’on recherche. Nous allons ensuite l’intégrer, le former et développer ses autres compétences, car il n’existe pas encore beaucoup de formations initiales dédiées.

 

 

Quid de la place des femmes dans ces carrières ?

Nous travaillons beaucoup sur ce sujet ! Traditionnellement, l’IT est un environnement très masculin. Les choses évoluent : il y a une place – et non des moindres – pour les femmes dans ce secteur. Chez Microsoft, où nous menons une politique volontariste sur le sujet, chaque jour passé nous le confirme. Et les femmes sont de plus en plus recherchées car elles sont de plus en plus rares.

 

Comment rendre plus accessibles ou attractifs les métiers du numérique aux femmes ? 

Un véritable travail de sensibilisation reste à mener. Il faut continuer à rencontrer des jeunes filles, lors d’événements comme Digigirlz par exemple. Il faut continuer à leur expliquer que non, le métier d’ingénieur et, plus largement, les métiers du numérique, ne sont pas que pour les garçons.

L’ouverture aux stagiaires et apprentis est aussi un moyen efficace. Chez Microsoft France, nous en accueillons 150 par an.

Atelier lors de la dernière édition de Digigirlz

 

Le numérique évolue très vite, ses métiers aussi. Quels sont ceux que vous identifiez aujourd’hui et qui prendront de l’importance pour les années à venir ?

Même pour moi, DRH d’un grand groupe, il est très complexe de dire qu’il existera tel ou tel métier dans X années. Nous préférons réfléchir en termes de compétences. Et une chose est certaine : chacun doit apprendre à apprendre.

Prenons l’exemple du métier de développeur : aujourd’hui, on lui demande beaucoup de nouvelles choses, de maitriser un ou des langages, bien sûr, mais aussi d’être capable d’en apprendre de nouveaux rapidement. On lui demande également de travailler de façon collective, beaucoup plus qu’auparavant. On lui demande enfin de savoir communiquer, de savoir gérer un projet, etc. Cela nécessite beaucoup d’agilité dans le développement des compétences. La dimension d’auto-formation est désormais indispensable.

 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaite travailler dans le numérique ?

D’abord, d’être à titre personnel le meilleur utilisateur possible des outils numériques autour de nous, de la navigation traditionnelle aux réseaux sociaux voire au code. Rien ne remplace la pratique et l’intuition.

Ensuite, dès les premiers moments de stage ou d’apprentissage, c’est d’avoir des contacts avec le monde numérique ou l’entreprise qui l’intéresse. Cela peut aussi se faire à travers des métiers qui ont une connotation avec le numérique, comme le marketing par exemple.

Un jeune peut – et je dirais même doit ! – lui aussi s’auto-former. Des trésors de formations sont disponibles sur le net. L’auto-apprentissage est la notion clé du futur de l’emploi, peu importe l’âge.

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email