Choses entendues aux Assises du Numérique 2011

1 décembre 2011

La quatrième édition des Assises du Numérique s’est tenue le mercredi 30 novembre, à l’Université Paris Dauphine. Le programme était très riche, avec plus de dix heures d’échanges, et de nombreux participants, avec notamment Bernard Stiegler, Eric Besson, Frédéric Mitterrand ou François Fillon.

Nous y étions et nous vous proposons de revenir sur certains des éléments marquants des débats. Au programme : le plan France Numérique 2020, la télévision connectée, l’open data et l’écosystème du numérique.

> Le numérique « pour sortir de la crise »

Dès l’introduction, Bernard Stiegler donne le ton :

« Le numérique doit être une réponse, si ce n’est la principale réponse à la crise actuelle. »

Pour qu’il puisse jouer pleinement ce rôle qu’il n’a que commencé à endosser, le philosophe appelle de ses vœux une « synchronisation globale » au niveau politique, public et privé : pour dépasser les visions à court terme de l’ensemble des industries du secteur repliées sur elles-mêmes et pour faire émerger des problématiques plus larges, plus macroscopiques qui permettront d’accompagner ces changements.

Il y a, selon lui, deux idées clefs pour réussir ce changement d’échelle :

– Sortir du modèle « analogique », dans lequel les producteurs sont d’un côté et les consommateurs de l’autre, dans une relation verticale et unilatérale.

– Comprendre que l’innovation n’est plus le seul fruit des laboratoires de recherche mais qu’elle se fait désormais de manière collective, avec tous les citoyens. En deux mots : l’open innovation.

> Favoriser les relations entre monde universitaire et professionnel

Gilles Babinet, président du Conseil National du Numérique, a dressé un premier bilan de l’action du Conseil, sept mois après sa création : après avoir rappelé que « le CNN n’est pas un outil de lobbying, ni le MEDEF d’Internet » mais qu’il a pour mission de « donner un éclairage et une vision différente sur le numérique », il s’est attaché à proposer des pistes de développement pour que la France ait enfin « la place qu’elle mérite dans le numérique », en s’attardant sur son 20e rang mondial en termes de ratio numérique/PIB.

Dans la lignée de sa tribune pour RSLN, il a notamment pointé du doigt la nécessité de donner de la visibilité au numérique français sur la scène internationale et de créer des ponts entre les universités et le monde de l’entreprise, bien souvent trop déconnectés, sur des thématiques essentielles à l’image des « big data », de l’open data ou du cloud computing.

Même écho du côté du Premier Ministre, François Fillon, qui a également rappelé la nécessité de formations de qualité aux métiers du numérique pour encourager la diffusion des technologies numériques dans tous les domaines de l’économie.

> Le plan France Numérique 2020

Eric Besson, ministre de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique, est venu présenter les principaux axes du plan France Numérique 2020 (disponible ici en PDF), qui succède au plan France Numérique 2012, qui programmait notamment la fin de la télévision analogique et la mise en place du réseau mobile 3G.

Au programme des 57 nouvelles propositions : déploiement du très haut débit, fixe avec la fibre et mobile avec la 4G, développement du cloud computing, renforcement de l’écosystème numérique, stimulation de la croissance et de l’utilisation des technologies numériques dans les administrations et les entreprises, abandon du papier pour toutes les procédures de l’administration…

Dans le cadre de la protection « des créateurs, des œuvres et de l’économie de la création », une disposition prévoit également de cibler directement le streaming illégal en engageant « une nouvelle phase de la lutte contre le piratage des œuvres à l’encontre des sites de diffusion continue qui proposent illégalement des contenus musicaux et vidéos ».

Frédéric Mitterrand est d’ailleurs revenu sur cet « accompagnement des industries de contenu dans le grand océan de l’Internet » :

« Les réponses au piratage seront approfondies pour lutter plus efficacement contre toutes les formes de piratage, quelles que soient les formes de diffusion et les moyens techniques, y compris le streaming. »

Du côté de François Fillon, la réponse est dans la même ligne mais – un peu – plus nuancée, consciente des limites techniques de ces dispositifs :

« Nous savons qu’il y a des difficultés techniques, qu’il faudra faire évoluer les réglementations, trouver des solution de financement innovantes ainsi que des percées technologiques. Cela ne doit pas être uniquement une stratégie défensive mais il faut contribuer à faire émerger de nouveaux modèles économiques. »

> La fin de la télévision analogique et la télévision connectée :

Mardi 29 novembre, la télévision analogique a définitivement disparu du territoire français, remplacée par la télévision numérique terrestre (TNT). Les membres du gouvernement présents sont tous revenus sur ce point et s’en sont largement félicités.

Pour Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, ce n’est ni plus ni moins qu’un moment « historique pour la France », « comparable au passage à la télévision couleur ou à l’euro ».

Mais ce n’est qu’une première étape pour Eric Besson : le plan France Numérique 2020 prévoit une évolution des normes de la TNT et surtout des services proposés pour aller vers la « télévision connectée » : 100% des chaînes en haute définition et accessibles en mobilité, de nouveaux services de télévision interactifs et en 3D…

Et justement, à quoi pourrait ressembler cette télévision connectée ?

Le principe est simple : en connectant directement une télévision à Internet, l’utilisateur va avoir accès à des applications et des services spécialement prévus pour cet usage. La vidéo à la demande en est l’un des exemples, qui illustre au passage que la télévision connectée existe déjà depuis quelque temps.

Les différents intervenants ont dressé un début de portrait-robot de ce à quoi la télévision connectée pourrait ressembler : l’utilisateur pourra, par exemple, voter pour une émission directement depuis sa télévision, faire des achats, interagir avec un documentaire, choisir les infos dans les bandeaux déroulants sur les chaînes d’info… mais également accéder à des millions de vidéos, comme sur son ordinateur, lui offrant une plus grande diversité de contenus et donc plus de latitude pour les créateurs de contenus.

> Open data : la plateforme data.gouv.fr sortira le 5 décembre

François Fillon a annoncé la mise en ligne du site data.gouv.fr, le portail open data imaginé par la mission Etalab, le 5 décembre prochain.

Pour le Premier Ministre, l’objectif est double : repenser la mission de l’Etat et sa gouvernance « plus active, plus ouverte », grâce à la mise à disposition des données publiques, librement et dans des formats réutilisables.

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