Entretiens CityNext : Marseille cible l’environnement, les citoyens, l’économie et l’innovation share
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Entretiens CityNext : Marseille cible l'environnement, les citoyens, l'économie et l'innovation

22 novembre 2013

A l’occasion du 96e congrès des maires et des présidents de communautés de France qui se tenait la semaine dernière, mais aussi du lancement du projet Citynext pour accompagner les villes dans la mise en oeuvre de solutions technologiques au service des citoyens, nous sommes allés à la rencontre des élus français afin de mettre en lumière la manière dont ils lient le numérique et leur territoire, mais aussi l’impact des nouvelles technologies dans l’action publique locale. 

Notre premier entretien nous a mené à interroger Daniel Sperling, adjoint au Maire de Marseille.
Quels rapports la ville entretient-elle avec le numérique et comment l’utilise-t-il à l’échelle locale ? Réponses avec le délégué au Plan « Mieux vivre ensemble » de la cité phocéenne.

Comment le numérique vous sert-il dans la vie politique locale ?

Il nous sert de plusieurs manières. En s’exprimant sur Internet, l’administré fait remonter directement l’information aux décideurs locaux. Les échanges sont plus directs, sans intermédiaire ni pare-feu. Ca encourage une démocratie plus ouverte et participative, vers une société civile plurielle. On crée un lien interpersonnel entre les décideurs locaux et le web-citoyen. A mes yeux, les outils numériques et Internet sont avant tout une superbe occasion de rapprocher les citoyens des institutions locales.

Dans de grandes métropoles comme Marseille, l’usage d’Internet et du Web par le biais de sites institutionnels (marseille.fr), des forums de discussion, des blogs et les réseaux sociaux, offre un moyen pertinent et efficace aux décideurs locaux d’être en proximité avec les citoyens. Pour prendre la température de la ville et de ses habitants, pour mieux connaître les attentes de la population, ses perceptions sur les sujets, les outils numériques sont un véritable outil de pilotage de l’action publique au sens large du terme finalement.

Le Web c’est aussi un outil de transparence, on y met en ligne des attributions des marchés publics, la consultation du PLU, etc et on s’en sert pour les « e-services » sur marseille.fr pour faciliter les démarches administratives (inscriptions à l’école, demande de place en crèche, paiement des crèches, papier d’identité etc.).

Un exemple de politique ou d’initiative numérique qui vous inspire, en France ou ailleurs ?

Il y en a plusieurs à l’international. L’action conduite en Israël par le maire de Tel Aviv ou encore le programme de la Californie d’investissements massifs pour déployer des « réseaux intelligents » dans le domaine des énergies « Smartgrids » sont intéressants.

On s’inspire aussi des politiques de développement du numérique dans l’enseignement ailleurs pour favoriser la démocratisation et la réussite des enfants. Ce sont des politiques qui permettent de mettre à la disposition des enfants, des enseignants et des parents, des services et des ressources pédagogiques numériques. L’école numérique permet de mieux gérer les inégalités dans la classe en repensant l’espace et le temps scolaire, et permet de lutter contre la fracture numérique. 

La Ville du futur : à quoi ressemble-t-elle, quelles sont ses caractéristiques, comment y vit-on ?

Le défi qui s’impose à nous dès à présent face au développement de l’urbanisation et de la métropolisation est de penser puis de gérer la complexité urbaine. La Ville de demain sera, plus encore qu’aujourd’hui, une communauté de vie et d’activités, traversée par des flux permanents d’information, de marchandises, de personnes, d’énergies. Le défi sera d’assurer la fluidité de ces différents « courants » dans un espace contraint, et selon une logique de gouvernance qui abolit la verticalité au profit d’une logique transversale de réseaux. L’interconnexion des différents réseaux et circuits de distribution, grâce notamment à « l’Internet des objets » est un palier technologique à franchir dans la prochaine décennie.
Je pense que les valeurs qui primeront dans la ville du futur sont la mobilité, la créativité, la solidarité.


Photo : Marc Dupuy

Quels sont les besoins spécifiques de Marseille en matière de numérique ?

La sociologie de notre population, ses origines diverses et son fort taux de personnes en situation de précarité – voire de pauvreté – oriente notre politique numérique vers le développement d’initiatives visant à lutter contre la fracture numérique.

Nos priorités portent donc sur un accès Internet pour tous et portent sur l’offre de services publics d’informations utiles à chacun dans la gestion de ses préoccupations en matière d’emploi et de formation, de logement, d’accompagnement social. Nous avons également mis en œuvre un « Plan Marseille Attractive » dont l’un des piliers est d’attirer les énergies et les activités liées à l’économie numérique. Par exemple avec le déploiement Antenne Emmaüs « Connexions Solidaires »

Comment la municipalité agit-elle dans ce domaine ?

Dans notre politique numérique nous avons 3 priorités : l’environnement, les citoyens, l’économie et l’innovation. Le programme « Marseille Métropole NFC » est emblématique de notre politique. Les puces NFC implémentées sur des compteurs d’eau, des abribus ou sur des cartes d’accès et de paiement aux réseaux de transport et aux équipements culturels et sportifs, ont vocation à soutenir une filière industrielle bien implantée sur notre territoire et notre région par le biais du Pôle S.C.S et le Pôle « Cap Energies ». Ce programme a un coût global supérieur à 6 Millions d’Euros. Il associe les actions majeures de la Métropole marseillaise et bénéficie du soutien financier de l’Etat dans le cadre du Programme d’Investissements d’Avenir.


Daniel Sperling aux côtés du « Bureau Municipal Itinérant »

Quelles sont les difficultés rencontrées, les défis à surmonter ?

Le numérique est partout et il requiert une gouvernance transversale des ressources internes de nos collectivités publiques et des partenariats pérennisés tant avec d’autres institutions publiques qu’avec les entreprises de la filière numérique et les opérateurs de Télécom. C’est un défi majeur pour nos organisations que d’apprendre à travailler de façon transversale et partenariale.

La conduite d’une politique numérique ambitieuse impose une volonté farouche de convaincre les nombreux acteurs de l’écosystème numérique que nous n’avons pas d’autre choix, à moyen terme, que de monter dans le train de l’innovation numérique. La perspective de création de la Métropole Marseille-Aix en Provence est, de ce point de vue, une chance à saisir.


Fleur Pellerin, ministre de l’Innovation numérique visite le pôle media de la Belle-de-Mai

Marseille est la Capitale Européenne de la culture en 2013, pouvez-vous nous parler des industries créatives qui s’y développent et des aménagements comme la Belle-de-Mai, ce pôle dédié à l’audiovisuel, au multimédia, au numérique et à la culture ?

Nous commençons d’ores et déjà à établir le bilan et les retombées économiques des nombreux événements culturels et artistiques organisés tout au long des quatre saisons de 2013 : Marseille Capitale Européenne de la Culture. Plus de 10 millions de personnes ont été accueillies cette année sur le territoire métropolitain autour des collectivités territoriales et du monde économique. Nous avons établi des partenariats inédits qui ont donné lieu à des « produits culturels et artistiques » innovants et pertinents. 

Autour de la Belle de Mai où sont présentes des industries et ateliers d’artistes, mais aussi des start-up, pépinières d’entreprises et jeunes sociétés du multimédia, de l’audiovisuel et du web, nous travaillons à la constitution d’une candidature au label national « quartier Numérique » dans une vision métropolitaine. Le périmètre Euroméditerranée offre de nombreuses opportunités financières propices à la fécondation d’un lieu de co-working, d’échanges et de partage, creuset de l’Innovation technologique et culturelle.


L’incubateur « Belle de Mai »

Marseille est une ville confrontée à certaines problématiques sécuritaires. Dans une interview à France 3, Eugène Caselli a évoqué le fait d’utiliser des drones pour surveiller les quartiers nord de la ville, qu’en pensez-vous ?

Marseille connaît certes des problèmes de sécurité mais nous ne sommes tout de même pas « en état de siège » ni contraints à décréter un « couvre-feu » ! Des investissements de la Ville de Marseille et de l’État sont consentis pour équiper les sites sensibles de la ville en cameras de vidéo protection. On en a près d’un millier déjà installées. Ce chiffre sera doublé en 2014. 

Avancer l’idée de déployer des drones pour surveiller une partie du territoire  communal entretient un jugement totalement outrancier du niveau d’insécurité : fort heureusement, nous ne sommes pas en guerre et contraints d’utiliser les nouvelles technologies pour surveiller un supposé « territoire ennemi ».

La criminalité à Marseille a fait couler beaucoup d’encre dans la presse. Pensez-vous que le numérique (outils, services, réseaux sociaux,…) puisse jouer un rôle pour changer l’image de la ville et contribuer à améliorer le quotidien de ses habitants ?

Les meilleurs ambassadeurs et vecteurs de communication d’un territoire, ce sont ses habitants et ceux qui le visitent. Dès lors que chacun peut témoigner au travers de son expérience et de son quotidien d’un accès facile aux informations utiles pour ses démarches administratives, pour ses déplacements, voire pour ses achats, cela bâtit l’e-réputation d’une Ville. Notre rôle est de mettre en visibilité, sur des supports tels que le site Marseille.fr, les newsletters et publications du Web, les réseaux sociaux les plus connus, les initiatives nombreuses que nous conduisons dans le domaine du numérique. 

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