Civic Tech : la démocratie à l’heure du numérique

Décryptage 19 juillet 2016
Après la Frenchtech, la Greentech, l’EdTech et la Foodtech, voici la Civic Tech. Mais de quoi parle-t-on précisément ? Quels sont les acteurs de cet écosystème ? Quelles sont les actions menées ? Etat des lieux.

« Nous sommes des citoyens du XXIe siècle qui faisons de notre mieux pour faire fonctionner des institutions qui ont été conçues au XIXe siècle et sont basées sur un support d’information qui remonte au XVe siècle. Il est temps de commencer à nous poser la question : quelle démocratie voulons-nous à l’ère d’internet ? » Voici le constat posé par Pia Mancini, une politologue argentine qui a par ailleurs fondé DemocracyOS. Et pour beaucoup, il représente la raison – ou l’explication – de la naissance de ce que l’on appelle la Civic Tech.

De nouvelles formes d’engagements démocratiques à la définition encore floue

Le mouvement de la Civic Tech englobe des initiatives aussi diverses que l’open data, des outils de campagnes politiques comme Nation Builder ou encore des mouvements visant à contourner le système politique traditionnel en court-circuitant les partis politiques.

La plupart de ces initiatives ont en commun de vouloir rénover la démocratie et améliorer son fonctionnement. Trois champs d’actions sont régulièrement cités :

  • La transparence de l’action publique ;
  • La participation accrue des citoyens à la vie démocratique ;
  • La responsabilisation des élus pour leurs actions.

Autant d’ambitions, de champs d’actions et d’intervenants qui dessinent autant de définitions possibles de la Civic Tech. Certains distinguent d’ailleurs la Civic Tech (provenant de la société civile) de la Gov Tech (les plateformes mises en place par les institutions) et de la Pol Tech (les outils numériques utilisés par les partis et mouvements politiques pour mener ou améliorer leurs campagnes).

Si l’on devait pourtant réduire toutes ces initiatives à leur plus petit dénominateur commun, on pourrait définir la Civic Tech comme l’ensemble des initiatives individuelles ou collectives, publiques, privées ou associatives cherchant à renforcer l’engagement citoyen, la participation démocratique et la transparence des élus et des institutions via les outils numérique.

La Civic Tech pour une transparence accrue de l’action publique

La majorité des initiatives de la Civic Tech partent de 3 mots d’ordre : « transparence, responsabilité, participation ». Rien de plus normal donc que de voir apparaître des start-up et des plateformes souhaitant œuvrer à une vie politique plus transparente et plus inclusive.

Des acteurs comme nosdeputes.fr, ou lafabriquedelaloi.fr proposent ainsi à tous les citoyens de mieux comprendre et contrôler l’action publique. En offrant un suivi des débats parlementaires ou d’actions individuelles des élus, ils favorisent à la fois la transparence sur le processus… et la prise de responsabilité des députés pour leurs actions.

OpenSpending prône également la transparence, mais sur les dépenses publiques cette fois, en offrant aux citoyens le moyen de voir très précisément dans quoi sont dépensés les deniers publics. Présente dans 76 pays dont la France, cette plateforme issue de l’Open Knowledge Foundation travaille en partenariat avec des acteurs publics du monde entier, de la commune à l’Etat, afin de récupérer les données publiques et de les mettre en forme.

La Civic Tech pour interpeller les responsables politiques et débattre

Les premières plateformes de la Civic Tech à faire leur apparition comme Avaaz ou Change.org sont maintenant bien connues. Ces plateformes se chargent de recueillir les signatures, de faire circuler la pétition, puis d’interpeler les pouvoir publics et de peser sur les débats en cours. Avec une véritable influence sur les politiques publiques, que ce soit pour obtenir l’ouverture d’une enquête parlementaire européenne sur les fraudes aux test anti-pollution des véhicules diesel ou la lutte contre le réchauffement climatique.

D’autres plateforme comme voxe.org permettent à chacun de comparer facilement des programmes politiques sur des points précis. Une manière d’informer les citoyens efficacement en agrégeant pour eux une information fastidieuse à réunir. La plateforme a jusqu’à présent comparé les programmes pour des élections nationales dans une quinzaine de pays, dont la France. Voxe.org a aussi proposé son comparateur de programme pour des sujets comme le Brexit ou la Cop 21.

En allant un cran plus loin, des plateformes comme Parlement et Citoyen, Politizr ou Stig permettent de débattre et de contribuer directement à l’action publique. Responsables politiques et citoyens peuvent échanger directement entre eux sur ces plateformes, en toute transparence. Un élu de Lille peut ainsi discuter avec un élu de Marseille ou un citoyen de Paris. Une excellente manière d’échanger les bonnes pratiques et de co-construire les propositions politiques.

Vers une démocratie numérique

Certains acteurs de la Civic Tech vont encore plus loin, au point qu’on pourrait parler de volonté de bouleverser le processus démocratique. Ou du moins de profondément revisiter la démocratie représentative.

Laprimaire.org se propose ainsi de faire émerger, via sa plateforme en ligne, un candidat à l’élection présidentielle en dehors des partis traditionnels. Concrètement, n’importe quel citoyen éligible peut présenter sa candidature et son programme. Les internautes inscrits peuvent ensuite accorder leur soutien à 5 candidats de leur choix et proposer également 5 candidats. Les candidats recueillant 500 soutiens citoyens seront ensuite amenés à débattre, et un vote permettra de désigner le candidat final qui se présentera en 2017.

Des applications comme Loomio (utilisée par Podemos) ou Neighboorland proposent de faciliter la prise de décision collaborative et la collaboration entre le public et les organisations de la société civile. Ces outils s’avèrent particulièrement efficaces en complément de l’action d’organisations déjà bien structurées, en leur offrant une connaissance plus fine des attentes du public, voir un crowdsourcing de nouvelles idées.

Dans un autre genre, #Mavoix souhaite « hacker l’Assemblée » en présentant des candidats sans programme, tirés au sort parmi des volontaires entrainés pour remplir leur tâche de député. Si l’association parvient à faire élire des députés, ceux-ci voteront selon les indications des internautes inscrits, et ce à chaque vote. Une façon de ne pas donner carte blanche pour 5 ans aux élus, et de représenter en temps réel l’opinion des administrés.

Plus radical encore, Democracy.earth travaille à la mise en œuvre d’une gouvernance décentralisé basée sur la technologie blockchain, accessible à n’importe quelle organisation qui en aurait l’utilité. Le but : proposer une identité en ligne ou un budget certifiés par la blockchain, et non plus par un Etat.

Aux Etats-Unis, la ville de New York a fait le choix de proposer un espace d’accueil à cette multitude d’acteurs. Un « Civic Hall » pour favoriser l’échange et la coopération entre citoyens, associations, start-up, services publics et entreprises. « J’en veux un à Paris ! » aurait déclaré Anne Hildalgo en apprenant son existence. Un projet qui semble de plus en plus prendre forme…

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