Accessibilité des sites de l’Etat : la culture de la méthode de Clotilde Valter share
back to to

Accessibilité des sites de l’Etat : la culture de la méthode de Clotilde Valter

30 juin 2015
Comment rendre les sites Internet publics vraiment accessibles à tous ? C’est l’objet du référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA). Pour nous permettre d’y voir plus clair dans ce document, qui définit les modalités techniques d’accessibilité aux services publics en ligne, RSLN a rencontré la toute nouvelle secrétaire d’Etat chargée de la Réforme de l’Etat et de la simplification, Clotilde Valter, ainsi que Jacques Marzin, directeur de la direction interministérielle des systèmes d'information et communication (DISIC).

Pourquoi avoir procédé à une mise à jour du référentiel RGAA ?

Clotilde Valter : La dernière mise à jour du référentiel datait de 2009. Ce n’est pas si lointain, mais à l’échelle du numérique, c’est une éternité ; il y avait urgence à le mettre à jour. Aujourd’hui, il est nécessaire de suivre en permanence les évolutions du web et de réaliser une actualisation quasiment en continu de ce référentiel, pour que les sites soient les plus ouverts et les plus accessibles possibles, tout le temps.

Le premier référentiel était trop technique. Avec cette mise à jour, nous souhaitons véritablement accompagner tous ceux qui le souhaitent à mettre leur site en conformité. C’est pour cela que nous proposons de nombreux outils d’accompagnement comme des kits de formation ou des guides pour les contributeurs ou les acheteurs.

Concrètement, comment va se dérouler le déploiement ?

Clotilde Valter : Plus qu’un déploiement, je dirais que nous proposons ici une méthode, une culture, un processus. C’est comme cela qu’il faut le comprendre. Notre approche est double :

  • Ce référentiel met en place des exigences plus importantes pour les prochains sites de l’Etat qui verront le jour, en particulier en termes de sécurité.
  • Il permet également de fixer des objectifs pour faire évoluer les sites existants, par étapes. Si nous devions tout mettre à niveau en six mois par exemple, cela nécessiterait des dizaines de millions d’euros d’investissement.

C’est pour cela que nous avons fait le choix d’utiliser le label « e-accessible ». Ce label est incitatif et pousse à progresser, en s’appuyant sur des exemples d’initiatives, comme celle du Pas-de-Calais, qui est tout à fait emblématique. Ils ont commencé à s’investir puissamment dans l’accessibilité parce qu’il y avait des personnes intéressées et qu’ils voulaient répondre à tous les citoyens. C’est de cette manière très concrète, opérationnelle, pragmatique et avec une volonté politique forte qu’ils ont pu se mettre à la disposition de tous, en répondant à tous.

Au-delà de l’accessibilité, quels sont les chantiers numériques prioritaires auxquels vous allez vous atteler en tant que nouvelle secrétaire d’État chargée de la réforme de l’État et de la simplification ?

Clotilde Valter : Il y a tout d’abord la transformation numérique des services de l’Etat, qui a déjà débutée, mais qu’il va falloir déployer et accentuer. Le Gouvernement a fixé l’objectif de 50% des démarches réalisées par voie numérique en 2016, pour les démarches les plus courantes, au moins.

Au-delà, il y a le chantier des données, de l’open data. Avec un certain nombre de points sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir très bientôt. Je pense que la transformation de l’Etat, c’est adapter l’administration, sa culture et son rapport à l’innovation pour servir le citoyen, en développant la possibilité de chacun d’accéder à l’information et d’accéder à ses droits.

Mais il faut aussi faire attention à ne pas laisser certains de nos concitoyens en dehors du chemin. Les plus en difficulté ont un problème avec les démarches administratives et les institutions. Ils peuvent par exemple avoir des difficultés pour comprendre les messages écrits. Ils utilisent parfois Internet, mais pas pour ces démarches ! Il y a un vrai travail de pédagogie à faire. Il faut que nous ayons des médiateurs et qu’ils fassent en sorte que tous les citoyens se sentent concernés. Une partie des citoyens ne réclament pas leurs droits parce qu’ils ne les connaissent pas. Ce sont des problématiques concrètes, de terrain. Et c’est un chantier qu’il ne faut pas oublier dans la transformation numérique. Le RGAA est l’un des aspects de cette question, mais il en existe d’autres sur lesquels nous travaillons.

Jacques Marzin : « Les grands sites nationaux comme Pôle Emploi sont prioritaires »

Avez-vous une idée du nombre de sites qu’il est nécessaire de rendre accessibles aujourd’hui ? Des secteurs prioritaires ont-ils été définis ?

Jacques Marzin (directeur de la direction interministérielle des systèmes d’information et communication) : Aujourd’hui, il existe plus de 10 000 sites publics, si l’on compte tous les sites des collectivités territoriales. Tous les sites publics et notamment les sites nationaux des ministères et des services publics vont s’appliquer l’obligation à eux-mêmes car il y a une volonté d’être exemplaire.

En termes de déploiement, les grands sites nationaux, comme Pôle Emploi, sont prioritaires. Ce sont les sites les plus utilisés dans la vie de tous les jours. Les sites de communication gouvernementaux ou encore les sites d’accès au droit comme ceux de la DILA sont également concernés.

De ce point de vue, les associations de travailleurs handicapés nous signalent les priorités et nous aident à identifier les régressions sur les sites. C’est parfois totalement anodin et non voulu : il suffit de changer un peu le format des documents que l’on dépose et, immédiatement, les lecteurs automatiques n’arrivent plus à les lire. Ces remontées par les associations et les personnes concernées sont essentielles pour cibler les priorités.

Quand on pense accessibilité, nous avons plutôt tendance à penser « faire simple ». Aujourd’hui, beaucoup d’innovations s’imposent très rapidement sur le Web. Comment réussir à allier accessibilité et innovation ?

Jacques Marzin : L’intérêt majeur du travail sur l’accessibilité est d’ouvrir les services publics au plus grand nombre. D’un côté il y a la part d’inclusion, de l’autre, il y a la part d’intérêt dans le taux de pénétration de ces procédures dématérialisées. Nous devons nous adapter si l’on veut que les citoyens utilisent des services publics qui par ailleurs allègent nos tâches administratives et nous permettent d’améliorer la qualité des services. Nous ne répondons pas qu’à une obligation légale.

Au-delà de l’intérêt démocratique, il y a aussi un intérêt sur la délivrance du service et sur la numérisation des services qui permettent d’alléger le coût du service rendu à l’ensemble de la nation. Sur l’adaptation à l’innovation technologique, nous sommes un petit peu bridés par la prise en compte de ces innovations dans les normes internationales. Aujourd’hui, il n’existe par exemple pas de norme internationale qui décrit l’accessibilité sur les applications natives sur smartphone. Nous allons donc compléter le RGAA par des guides de recommandations qui ne sont pas de portée réglementaire mais qui permettent d’accompagner ces évolutions.

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email