Comment Israël est devenu l’eldorado des start-up

6 novembre 2007

Ici, les enfants ne rêvent pas de devenir médecin ou président de la République. « Ils veulent tous être entrepreneur dans les nouvelles technologies », s’exclame Yossi Vardi. Considéré comme le père fondateur du high-tech dans le pays, il a, ces dix dernières années, investi dans une soixantaine de projets liés à Internet ou aux téléphones mobiles et reste à l’affût des idées à fort potentiel. Parmi les fleurons de Yossi Vardi, ICQ a fait le tour du monde avec son service de messagerie instantanée, téléchargé 370 millions de fois dix ans après sa création en 1996.
En un temps record, Israël s’est imposé dans les nouvelles technologies, jusqu’à rivaliser avec la Silicon Valley. Quelque 300 start-up y voient le jour chaque année. Les jeunes pousses ont levé 1,2 milliard d’euros en 2006, dont 51 % dans les technologies de l’information et de la communication.

Une priorité, l’exportation

Israël bénéficie de la plus forte concentration d’ingénieurs au monde, soit 140 pour 10 000 habitants, formés dans des universités réputées, telles que Technion ou l’Institut Weizmann. Pour les entrepreneurs en herbe, le service militaire obligatoire apporte aussi une solide expérience dans les unités de recherche de l’armée. Nombre d’entre eux développent ensuite leurs innovations dans le civil, à l’instar de Check Point, devenu leader des fire-walls. Et, dans un pays à peine plus grand que la Picardie, tous ont une priorité, l’exportation. « Israël n’est qu’un champ d’expérimentation», estime Israel Tenenbaum, de l’Institut israélien de l’export et de la coopération internationale, un organisme public-privé. « Les startup doivent se tourner vers l’international si elles veulent survivre », poursuit-il. à ce titre, la présence, dans le pays, d’une soixantaine de centres de recherche et développement étrangers s’avère des plus stimulantes.
Au sein de cet écosystème propice à l’innovation, les fonds d’investissement jouent un rôle crucial. « Les capital-risqueurs sont prêts à donner sa chance à un projet, même porté par quelqu’un sorti de nulle part », observe Roy Timor Rousso, l’un des responsables de fring, une start-up qui a lancé sur le Web, début 2007, une application VOIP (Voice-over-Internet Protocol) pour les téléphones portables. « Il suffit de prendre son téléphone et de présenter son idée à un fonds de capital-risque pour être mis rapidement en contact avec la bonne personne, poursuit Roy Timor Rousso. L’industrie est aussi très compréhensive avec ceux qui échouent. » C’est le cas des deux tiers des start-up. Mais « le tiers qui réussit rapporte cinq à dix fois la somme de départ, ce qui surpasse le montant perdu », renchérit Assaf Harel, président de l’Association israélienne du capital- risque (IVA).

L’impulsion du gouvernement

Tout a commencé en 1993, avec le lancement du programme public Yozma, de l’hébreu « initiative ». Objectif ? Impulser la création d’une industrie du capital-risquealors quasiment inexistante, adapter la R&D aux réalités du marché, attirer les multinationales. Dans ce cadre, le gouvernement a créé une dizaine de fonds, financés à 40 % par des capitaux publics et à 60 % par des partenaires étrangers. Auprès de ces derniers, « les Israéliens ont beaucoup appris », note Assaf Harel. En 1997, les fonds sont privatisés et le gouvernement récupère sa mise. En 2006, le pays compte 30 fonds.
Aujourd’hui, la stratégie du gouvernement se décline en différents programmes d’aide à la R&D. Dans les incubateurs, les entrepreneurs qui bénéficient de subventions remboursent ensuite le gouvernement en royalties, fixées à 5 % de leurs ventes. Là aussi, sur les 24 incubateurs du pays, 17 ont été privatisés. La question se pose, à présent, de la croissance et du renforcement des start-up existantes. Vingt entreprises innovantes ont fait leur entrée en bourse en 2006, pour un total de plus de 500 millions d’euros. D’autres passent aux mains des multinationales, comme Whale Communications, avec ses solutions d’accès sécurisé à distance. L’an dernier, les fusions et acquisitions de sociétés high-tech ont représenté 8 milliards d’euros. Sans perdre de vue le cap de l’innovation. « C’est sur ce créneau que nous devons nous positionner, estime Yossi Vardi. Le but est de mettre nos innovations sur le marché le plus vite possible, avant le reste du monde. »


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