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Comment le numérique accompagne la transition des villes

18 septembre 2014

Le numérique transforme peu à peu notre façon de circuler, d’échanger, de consommer et de produire. En parallèle, la ville est le territoire privilégié où émergent toutes ces transitions. Comprendre comment ces transitions sont à l’œuvre dans les territoires urbains intéresse à la fois les pouvoirs publics, les politiques, les entreprises et les citoyens et suscite de nombreuses pistes de réflexion.

La ville : un concentré de transitions

« Transitions Urbaines » est une série de rencontres organisée par la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération) en partenariat avec l’ADEME, l’opérateur de l’État pour accompagner la transition écologique et énergétique. S’y retrouve un large public : experts et d’acteurs du numérique, du développement durable et de l’écologie, de l’architecture et de l’urbanisme, de la politique, du design, des transports publics, des déchets, de la construction, de l’innovation… tous sont appelés à réfléchir sur ces différentes types de transitions, et sur les chemins qui s’offrent aux territoires urbains grâce au numérique.

Pour Jean François Marchandise, de la FING, la transition  est « un passage d’un modèle d’hier et d’aujourd’hui en fin de régime à des modèles émergents, souhaitables et probables ». Longtemps, comme le rappelle Sarah Marquet, chargée de projet à l’ADEME, « le numérique n’a été envisagé que comme un outil. Aujourd’hui l’objectif est d’en faire un objet à part entière à traiter de manière transversale pour en faire un levier de nos actions ».  La focale urbaine permet alors de lier numérique et territoire et faire émarger des convergences et des divergences. 

L’intelligence numérique au service de l’intelligence urbaine

On assiste en effet à une large diffusion des technologies et des usages qui se traduit par ce que Thierry Marcou, directeur du programme Villes 2.0 à la FING appelle « l’empowerment numérique des citoyens ». Alors que de nouvelles formes d’engagement et de coproduction émergent, comme l’économie collaborative ou openstreetmap qui offre la plus vaste base de données cartographique libre créée collaborativement par des contributeurs bénévoles. En parallèle, les acteurs classiques se trouvent désorienter par l’émergence de nouveaux acteurs et de nouveaux usages, tels que Uber (renvoyer à article RSLN sur le sujet) ou AirBnB et les acteurs politiques et locaux sont parfois dépassés par les usages qui émergent des innovations numériques.

Pour comprendre et embrasser ces mutations, il faut une « intelligence urbaine » : une nouvelle aptitude que Jean Haëntjens, économiste, urbaniste et auteur de La Ville frugale définit comme la somme des intelligences technique, urbanistique, sociétale et managériale. Et cette intelligence urbaine doit résonner et travailler avec l’intelligence numérique. Les exemples sont nombreux : gestion du trafic par la régulation des feux tricolores, du stationnement (tarification fine et paiement depuis son téléphone ou un boitier ad hoc du temps réellement passé en stationnement), modulation de l’éclairage public et optimisation du ramassage des ordures ménagères (système de puces électroniques sur chaque poubelle). La vie des citoyens est également simplifiée grâce au numérique: en ligne, on peut désormais payer la cantine, inscrire ses enfants au conservatoire, consulter les menus des restaurants scolaires ou encore demander à recevoir une alerte SMS en cas de grève dans les transports. Le numérique est également participatif en offrant la possibilité de faire remonter des informations grâce à la masse de citoyens connectés : c’est ce qu’on appelle le crowdsourcing. La ville de Paris expérimente par exemple une application smartphone « Dans-ma-rue » qui permet aux habitants de signaler différentes anomalies, comme la présence d’un tag, un lampadaire défectueux ou des encombrants déposés sur la voie publique.

Rémy Sussan, écrivain et journaliste à Internet Actu, balaie des exemples saisissants sur la création de nourriture et de carburant limitant la production de C02  grâce à des technologiques auto-catalytiques, comme le numérique, les nanotechnologies ou les biotechnologies, passées, actuelles ou à venir. Ces solutions, même si elles ne réalisent pas toujours, influencent considérablement nos modes de vies.

Faire la ville : penser les territoires en transition par le numérique et vice versa

La ville n’est pas seulement composée de flux, mais aussi de lieux et de territoires. La question qui se pose alors est : comment le numérique participe à faire la ville ? Comme le souligne Thierry Marcou, les Fab Labs, contraction de fabrication laboratory,  qui sont des espaces de fabrication d’objets et de projets, ouvert à tous dans une optique de mise en commun et le partage des connaissances, polarisent les territoires urbains.  Ainsi, au-delà du débat espaces publics versus espaces privés, le numérique repose la question des « biens communs ». C’est sous cet angle que le laboratoire de recherche GhostCityLab, accueilli à la Paillasse, un espace et laboratoire communautaire pour les biotechnologies citoyennes, envisage de donner une existence à des villes obsolescentes, abandonnées suite à une crise politique, économique ou environnementale. Là, ce sont les territoires de la ville et les usages qui en découlent, qui renouvellent la réflexion sur les « communs », longtemps envisagée sous un angle exclusivement numérique.

Ce va-et-vient constant entre numérique et urbain propose des pistes de réflexion sur les chemins de transitions qui s’ouvrent en décloisonnant les expertises et les certitudes. La prochaine étape pour les organisateurs de Transition urbaines ? Trouver des modèles pour passer de la prospective à la stratégie.

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