Créer une communauté du vin et valoriser les vignerons : le pari de la start-up Les Grappes share
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Créer une communauté du vin et valoriser les vignerons : le pari de la start-up Les Grappes

27 février 2015

Produits du terroir, producteurs fiers de leurs produits… Alors que le Salon de l’Agriculture bat son plein encore cette semaine, nous sommes allés interviewer Les Grappes, une start-up qui met en relation les vignerons directement avec les consommateurs, et qui nous montre que numérique et agriculture ne sont pas deux mondes antagonistes.

Les Grappes, c’est quoi ?

Loïc Tanguy, fondateur : Les Grappes, c’est une place de marché communautaire dédiée au vin qui met en relation les vignerons indépendants, désireux de pouvoir leur vendre leurs produits plus simplement, avec leurs clients, qui sont aujourd’hui souvent perdus devant l’offre pléthorique qu’ils peuvent avoir en ligne.

Il y a deux dimensions fortes aujourd’hui sur Les Grappes. La première, c’est la valorisation du vigneron et la deuxième, c’est la dynamique communautaire pour que les gens puissent s’y retrouver quand ils vont choisir leur vin sur la plateforme.

Comment est né Les Grappes ?

Il y a eu un constat initial, en tant qu’amateur de vin : il est extrêmement compliqué aujourd’hui d’acheter à distance le vin d’un vigneron qu’on apprécie. A cause de problèmes logistiques notamment : seuls 10% des vignerons ont aujourd’hui un site e-commerce et de fortes rigidités. Or, on ne pouvait plus fonctionner avec des commandes de trois caisses minimum et des règlements par chèque. On était en présence d’un marché qui n’était pas fluide, sur lequel il y avait beaucoup de choses à faire et où il y avait un certain retard sur le numérique.

A partir de là, on a travaillé notre modèle et on s’est dit que si l’on faisait juste la place de marché pour servir d’intermédiaire, ça ne suffirait pas. Il fallait que l’on apporte quelque chose de supplémentaire, à savoir la valorisation du vigneron, celui qui fait le produit, d’une part, et l’aide au consommateur afin qu’il s’y retrouve dans l’offre pléthorique d’autre part.

Comment se passe la sélection des vignerons mis en avant ?

Sur les trois premiers mois, nous avons eu 150 demandes entrantes de la part de vignerons et environ 60 qui ont été recommandés par les membres. Tous les vignerons passent ensuite par une sélection, qui est notre comité des ambassadeurs qui se réunit tous les mois et qui valide les vins que nous rentrons sur la plateforme. L’idée est de valoriser les vignerons recommandés par les membres : on veut vraiment un modèle vertueux où l’offre est créée par la communauté.

Du côté des vignerons, comment est perçue Les Grappes ?

Ce sont des gens qui aiment les choses concrètes, donc avant que notre site soit opérationnel, ça n’était pas facile de convaincre les premiers vignerons. Là, on a le plaisir de voir que notre démarche leur plait vraiment et qu’ils se retrouvent dans le fait de pouvoir être valorisé et de pouvoir avoir des interactions avec leurs clients finaux : c’est ce qu’on propose, un avis est déposé et le vigneron peut lui répondre. A terme on espère pouvoir avoir une relation virtuelle, mais que l’on puisse avoir le même échange que si l on allait au domaine, d’où notre devise « un pied dans les vignes ».

La difficulté d’une place de marché, c’est d’arriver à porter l’offre d’un côté et la demande de l’autre. A partir du moment où l’on a dépassé ce stade, ce sont des modèles vertueux car l’offre et la demande se nourrissent mutuellement.

Vous êtes passés par l’accélérateur parisien Microsoft Ventures pendant trois mois. Qu’est-ce que ça vous a apporté ?

Ce passage a été déterminant pour nous. C’était un peu le passage du mode « garage » au mode où l’on confronte son projet. C’est assez facile de se faire plaisir sans confronter son idée, mais le faire face à des gens qui ont de l’expérience, c’est vraiment intéressant et structurant.

Le deuxième point clef de ce passage, c’était l’état d’esprit, extrêmement positif. Nous avons rencontré des porteurs de projet passionnant et passionnés. Il y avait une vraie dynamique : chacun était à fond dans son projet et en même temps hyper ouvert pour aider les autres, partager les bons plans.

Ça fait maintenant plus d’un an qu’on y est rentré et on est toujours en contact avec l’équipe. Nous étions, par exemple, au DemoDay début février, et avons été invité hier par Roxanne à une conférence privée de Brian Chesky du fondateur d’Airbnb  [Roxanne Varza est la responsable de Microsoft Ventures Paris, NDLR], etc. Il n’y a pas que ces trois mois, qui sont très courts, mais il y a une vraie vie de l’accélérateur après et on est suivi.

Dernier élément, la force du réseau et de la marque : ça ouvre des portes, ça crédibilise. On a accès plus facilement à des fonds, à des investisseurs et c’est évidemment clef pour notre genre de projet.

En novembre dernier, vous aviez vous-même pitché devant des investisseurs. Où en êtes-vous ?

Nous sommes actuellement en discussion. Clairement, nous avons rencontré beaucoup d’investisseurs suite au DemoDay. Le DemoDay nous a permis d’être challengés et de préparer la suite : on a rencontré sept fonds suite à ça. Le milieu des start-up en France est très compétitif et le fait d’avoir pu être mis en avant a été vraiment important.

Justement, dans ce milieu des start-up, comment définiriez-vous votre positionnement ? Et dans le milieu du vin ?

On parle beaucoup des start ups qui cartonnent aujourd’hui en France: Drivy, BlaBlaCar, La Fourchette… mais, soyons honnête, il y a peu d’élus.

Selon moi, ce qui fait le succès – ou le plantage – d’une start-up, ce n’est pas tant son environnement concurrentiel, mais sa capacité à proposer un concept innovant puis  à l’exécuter parfaitement avec le bon timing. L’équipe et l’entourage de la start ups sont donc clés pour réussir.

Avant de lancer Les Grappes, nous avons donc pris le temps de bien travailler notre concept. Si nous nous plantons, je ne pourrai donc pas me cacher derrière l’excuse de la concurrence.

Les start-up, entre elles, sont relativement bienveillantes et se donnent beaucoup de coups de main. Hier, j’ai ainsi posté un message pour poser une question au réseau French Startupers sur l’attribution d’une bourse du réseau, j’ai eu 40 réponses !

Comment voyez-vous les discours et initiatives des autorités publiques qui cherchent à valoriser les start-up ?

De notre côté, nous avons bénéficié d’une bourse de la BPI (banque publique d’investissement), on a eu 30 000 euros de la bourse FrenchTech, ce qui est énorme. Les gens se plaignent beaucoup en France mais on est extrêmement aidé pour la création d’entreprise. En plus des bourses, on a fait un prêt qui a été garanti par la BPI… on est quand même hyper gâtés ! Et encore, nous ne sommes pas les mieux loties !

Bien sûr, lorsque l’on est plus gros, les charges sont plus importantes, ça n’est pas facile de recruter, le droit social n’est pas simple à gérer lorsque l’on commence à être gros, mais au démarrage en tout cas, on a de la chance en France en termes d’environnement et d’accompagnement. Par contre pour trouver des investisseurs, c’est un peu plus compliqué. Je ne sais pas si c’est parce que les gens osent moins investir, mais lorsque l’on compare les montants de levée de fonds aux Etats-Unis et en France, c’est 10 à 15 fois plus qu’ici.

Quels sont vos projets pour les prochains mois ?

On travaille sur une application, et nous avons l’ambition de nous développer en Europe. Ce sont vraiment nos deux axes majeurs à venir.

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