Crowdfunding : se financer... et après ?

4 novembre 2014

Kickstarter, Kiss Kiss Bank Bank, Indiegogo, Ulule … Depuis plusieurs années, les plateformes de financement participatif – ou crowdfunding en anglais – mobilisent les foules sur le web. Rassemblant des milliers de projets, elles permettent à quiconque ayant une idée de poursuivre son rêve en la soumettant aux internautes, afin qu’ils puissent la soutenir financièrement. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le succès est au rendez-vous. Le site Kickstarter par exemple, enregistre à ce jour près de 73 000 projets financés depuis son lancement en 2009.

Mais si la mise en contact directe des porteurs de projets avec les investisseurs se révèle être une idée séduisante, elle peut également être à double tranchant. Alors le crowdfunding, une ressource fiable pour financer son projet ?

« Si le projet n’est pas clair, il ne parlera pas à la communauté et risque d’échouer »

Participer au financement d’un projet dès sa naissance et le voir grandir est une aventure excitante, mais la lune de miel peut se révéler être de courte durée. Car il faut se rappeler qu’investir dans des projets sur des plateformes participatives, c’est s’engager dans des projets qui font leurs premiers pas… et peuvent échouer très rapidement. Et les plateformes ne peuvent assurer un remboursement des internautes.

Une réalité qu’admettaient les intervenants de la table-ronde dédiée au sujet lors de la deuxième édition du salon European Refresh organisé au Carreau du temple les 11 et 12 octobre derniers. 

Pour Adrien Aumont, co-fondateur de Kiss Kiss Bank Bank, la phase de campagne est un moment clé qui permet de poser des bases solides au projet, ce qui lui assure de plus grandes chances de réussir. Et c’est là que le service en ligne remplit une mission essentielle :

« Notre travail est aussi de dire à un porteur de projet : non, ne lance pas de campagne de financement participatif maintenant. Si le projet n’est pas clair, il ne parlera pas à la communauté et risque d’échouer. »

Si tous saluent les opportunités offertes par les plateformes pour le développement de projets, notamment en matière culturelle, ils restent nuancés quant à la manière dont elles doivent être mobilisées. Loin des mythes du porteur de projet qui soulève des millions d’euros en quelques jours pour réaliser le rêve de sa vie, Jean-Christophe Jourdan, responsable du développement au Crédit Coopératif affirmait :

« L’idée du crowdfunding n’est surtout pas de remplacer des financements existants. Il s’agit plutôt de financer des projets “à côté”, des idées qui étaient restées dans les cartons, justement par manque de moyens. »

Passer du rêve à la réalité

Et l’aventure ne s’arrête pas une fois la somme récoltée. Reste aux porteurs de projets à faire passer leur rêve à la réalité, avec potentiellement une masse d’internautes-investisseurs qui suivent leur avancement de près depuis leurs écrans.

Les créateurs d’Elevation Dock en ont fait les frais en 2012. Après avoir réuni près d’1,5 million de dollars en ligne pour la création d’un socle en aluminium permettant de recharger une batterie de smartphone, les jeunes hommes se sont vite retrouvés dans l’impossibilité de remplir leurs promesses. Engagés à envoyer les premiers modèles quelques semaines après la campagne, ils ont subi de plein fouet un changement significatif de design dans l’un des smartphones les plus vendus du marché, rendant leur dispositif initial inadapté.

Des problèmes de production aux permis d’exploitation ou de distribution non obtenus, les mésaventures rencontrées par les porteurs de projets sont nombreuses et il est malheureusement très difficile de s’en prémunir. Une étude menée par Ethan Mollick de l’Université de Pennsylvanie, citée par le New York Times, indique ainsi que 75% des projets technologiques – qui ont une réalisation physique – ne sont pas finalisés dans les temps.  

Et les contraintes peuvent être difficiles à gérer pour les porteurs de projet. Dans une interview donnée au New York Times, Eric Migicovsky, fondateur de Pebble, la montre-bracelet qui a levé plus de 10 millions de dollars en quelques semaines témoignait :

« C’est énormément de pression. Il y a 65 000 personnes qui ont pré-commandé une montre qui m’existe même pas encore. » 

Le jeune homme, qui a admis ne pas pouvoir maintenir les délais promis initialement, a ainsi reçu près de 9 000 mails d’internautes-investisseurs soucieux de connaître l’avancement du projet. Un temps précieux dédié à la relation avec les donateurs et qui peut freiner l’avancement et la mise à bien des projets.

Alors, se financer son projet de manière collaborative oui, mais sans oublier que « les créanciers ont meilleure mémoire que les débiteurs« .

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