Crowdsourcing de l'eau : le projet H2020

20 mars 2012

Dans le monde entier, 800 millions de personnes vivent actuellement sans accès à l’eau potable : c’est sur ce constat sans appel que s’est ouvert la semaine dernière à Marseille le 6ème forum mondial de l’eau. Face à l’urgence de la situation, le monde a besoin de propositions concrètes pour favoriser l’émergence d’actions et de solutions. Parce que les meilleures initiatives gagnent à être connues et partagées, le forum Netexplo donne le micro à Erika Anderson, CEO de H2020 (lire « h-deux- O -deux-point-zéro » ?) un projet utilisant le numérique pour améliorer l’accès à la ressource en eau.

Erika Anderson démarre sa présentation en rappelant l’importance de l’eau et ses problématiques dans les pays en développement. L’eau sert à toutes les activités humaines : elle permet par exemple de faire tourner les usines. Pourtant il s’agit d’une ressource rare : 2% de l’eau présente sur la planète est disponible pour l’Homme. L’eau est aussi un marché florissant, qui représente 412 milliards de dollars par an. C’est un marché rentable : pour chaque dollar investi dans l’eau, il y a un retour sur investissement de 3 à 40 dollars. Mais la ressource n’est pas sans créer des problèmes politiques, comme les tensions autour des bassins versants transfrontaliers. Ainsi l’accès à l’eau potable devrait être un droit humain, et sa gestion une priorité environnementale. « Pourrait-on calculer l’empreinte de l’eau comme on calcule l’empreinte carbone ? » demande l’entrepreneuse.

Pour apporter sa pierre à cet édifice, la startup H2020 a lancé « Water poverty initiative ». Il s’agit d’un projet utilisant des téléphones mobiles pour recueillir des données sur la quantité, la qualité, le prix et la disponibilité de l’eau dans les communautés. Ces informations « crowdsourcées » sont combinées avec des données provenant d’autres sources : des rapports d’organisations internationales sur la ressource en eau, ou des images satellitaires. Elles sont ensuite publiées en utilisant un format basé sur des cartes. L’initiative vise à améliorer la connaissance des problèmes liés à l’eau dans les bidonvilles, à augmenter l’efficacité avec laquelle l’information est recueillie et publiée, et à stimuler la mise en œuvre de solutions évolutives.


Source : Studiomill sur Flickr (licence CC).
 

L’innovation proposée par H2020 est née d’un constat : dans le monde entier, de nouvelles solutions d’accès à l’eau potable sont expérimentées chaque année. Mais toujours très localement, et trop ponctuellement. « De grandes entreprises occidentales viennent proposer une solution X à une population Y, et puis repartent », regrette l’entrepreneuse. « On manque d’information, de partage d’expérience. L’idée est de connecter les solutions disponibles aux gens qui en ont besoin ».

Le pari du projet est de fournir des informations très fines, très précises, pour tenir compte de problèmes spécifiques à chaque famille afin d’être en mesure de proposer les solutions les plus adaptées. Dans cette optique, le crowdsourcing et le crowdmapping pourraient bien changer la donne. L’intérêt des projets d’Erika Anderson est de proposer des informations en temps réel, transmises avec des moyens low-tech adaptés aux outils les plus répandus dans les pays en développement et à ceux qui les utilisent : ici, les téléphones mobiles.

Par sa confiance accordée au « consom’acteur », au facteur humain, ce projet participatif (« bottom up ») prend donc le contrepied des initiatives actuelles. Le problème, remarque Erika Anderson, est que le crowdsourcing de l’eau est difficile à faire : il faut d’abord associer les gens sur le terrain, des utilisateurs ciblés, connus. Identifier des partenaires stratégiques, qui font déjà du recueil de données, les aider en leur proposant des normes, et ensuite agréger et partager ces données.

La standardisation et la normalisation des informations est la partie la plus délicate. Il faut localiser l’eau et ajouter l’information sur sa qualité, ses coûts directs et indirects selon les possibilités d’acheminement, etc. Pour cela, les gens doivent répondre à des questionnaires standardisés. Ensuite les données sont soumises à un traitement par la startup afin d’être parfaitement opérables et publiables sur une carte.

Au final, la connaissance des informations liées à la ressource en eau permet de mieux cibler les politiques à destination de ces communautés : on s’apercevra par exemple à quel point il est inutile et vain d’organiser des distributions de produits de lessive à des foyers qui ne disposent pas d’eau chaude, ou de vendre du coca-cola à des familles qui n’ont pas accès à une source d’eau potable satisfaisante…

Mais au fait, quel est le modèle économique d’une telle startup ? Celle-ci fonctionne sur le modèle du sponsoring : la clé de sa réussite est donc la qualité de son partenariat avec les organisations qui récoltent des fonds.

Pour en savoir plus : http://www.h2020global.org


Et dans le magazine RSLN :
RSLN #3 – La fureur verte

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