De la mobilisation en ligne aux manifestations physiques share
back to to

De la mobilisation en ligne aux manifestations physiques

8 juin 2011

Comment se passe concrètement le transfert d’une mobilisation en ligne, sur les réseaux sociaux, les blogs ou les forums, vers une mobilisation physique, vers des manifestations voire des révolutions ?

Des révolutions tunisiennes et égyptiennes aux manifestations en Lybie, au Yémen ou en Syrie : une vague de contestation et d’actions civiles sans précédent a déferlé sur les pays arabes, depuis février 2011.

Ces évènements ont été rapidement montrés comme symboles du pouvoir de mobilisation de l’Internet, en tant qu’outil de coordination et d’organisation : l’un des plus fameux exemples est celui du groupe Facebook créé après la mort de Khaled Said et qui, avec ses quelques 600 000 membres, a été central dans l’organisation des manifestations en Egypte.

Cette question du transfert de la manifestation en ligne vers la mobilisation physique est au centre de l’analyse proposée par Sandy Schumann et François Luong, ans un papier intitulé « Tool for or source of action? A social psychological perspective on the influence of virtual worlds on reality », publié le 6 juin 2011 sur le site First Monday.

Pour comprendre cette liaison entre actions en ligne et hors ligne, les auteurs proposent un tour d’horizon de la recherche sur la question, avant de présenter leurs conclusions.

> Des actions en ligne aux activités hors ligne

L’Internet permet un échange et un partage de l’information à très faible coût et de manière rapide, facilitant la coordination et l’organisation d’actions hors ligne : « L’Internet a donné à la société civile de nouveaux outils pour soutenir ses revendications » détaillent Sandy Schumann et François Luong.

Le réseau permet la création de communautés sur des thématiques spécifiques : il devient alors une source de « soutien émotionnel et d’identification à une cause, ce qui, implicitement, peut accroitre la probabilité de participation à des évènements hors ligne ».

En clair, en retrouvant des individus partageant des préoccupations et des intérêts communs, les internautes s’identifient comme membres d’un groupe et comme soutenant une cause pour laquelle ils ont plus de chances de s’investir.

Les auteurs s’appuient sur différents travaux antérieurs pour illustrer ce « lien émotionnel » et notamment sur l’analyse des forums de … bodybuilding.

Explications :

  • Les internautes viennent tout d’abord y chercher des informations, sur la nutrition ou sur les exercices, et pour y visualiser leurs progrès personnels.
  • Dans un second temps, ils viennent y trouver la motivation pour continuer leur entrainement, grâce à l’émulation entre pairs et le sentiment d’appartenance à une communauté.
  • Les activités hors ligne sont ainsi favorisées et encouragées par ce soutien émotionnel et instrumental, apporté par la communauté en ligne.

> Une nouvelle grille d’analyse

De ces observations, les auteurs concluent que les actions en ligne peuvent tout à fait être à l’origine d’activités hors ligne – sans pour autant l’être automatiquement. Pour qu’elles aient plus de chances de l’être, il faut y ajouter d’autres éléments.

Ils distinguent ainsi deux mécanismes à l’origine du transfert d’actions en ligne vers des activités hors ligne :

  • Un premier « mécanisme explicite », qui sert à répandre et à partager l’information pour l’organisation d’évènements hors ligne. Typiquement, des mailing lists, des réseaux sociaux, des invitations, des blogs, des sites…
  • Et un second « mécanisme implicite » d’identification à une communauté ou à une cause qui pousse les participants à s’engager dans des actions à la fois en ligne et hors ligne, en tant que membres d’un groupe.

C’est la combinaison de ces deux mécanismes complémentaires, permis par le réseau, qui serait à l’origine de la relation entre mobilisation en ligne et actions physiques. Les auteurs proposent un schéma pour organiser ces phénomènes et en présenter les implications :

Il ne faudrait évidemment pas en conclure que l’Internet est le seul responsable des printemps arabes ou des vagues de protestation qui éclatent un peu partout dans le monde :

« Il est évident que les changements sociaux que nous avons vu ces derniers mois ne sont absolument pas simplement dus à l’Internet ou aux mécanismes décrits. Néanmoins, le rôle que l’Internet joue à l’intérieur de ces mouvements va bien au delà du simple échange d’information » concluent les auteurs.

> Pour aller plus loin :

Illustration : McGill student vote mob 2011, Adam Scotti, Flickr, licence CC

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email