MuseoMix : des ordinateurs et des amphores

8 novembre 2012

Trois jours pour « remixer » un musée : voici la mission confiée à 150 apprentis médiateurs culturels par MuseoMix, l’évènement de l’innovation muséale dont on vous avait parlé dans ce billet. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont brillamment relevé le défi : les visiteurs du Musée Gallo-romain de Lyon peuvent découvrir jusqu’au 11 novembre des expériences de visites participatives et interactives inédites, mettant à profit toutes les opportunités offertes par les nouvelles technologies. 

Entre-temps, on est allés les suivre dans leur processus créatif, et croyez-nous, ça valait le coup d’oeil. Voici donc notre reportage, en mode « plongée » dans les coulisses d’une innovation « en train de se faire ».

> Un marathon créatif pour faire revivre le Lyon antique

Numerikus, Taktilus, ou encore Kablus : voici quelques-uns des doux noms romains auxquels répondent les dix équipes de MuseoMix. Réunissant des passionnés de toute la France, elles ont jeté leur dévolu chacune sur une oeuvre différente, pour produire autant de « dispositifs de médiation » – comprenez, une manière unique et décalée d’appréhender l’oeuvre et de découvrir à travers elle un morceau de civilisation antique. 

Dix équipes, ce sont dix projets à suivre, depuis l’idée de départ jusqu’à la réalisation du dispositif final : pour arriver à leurs fins, les participants avaient carte blanche, et les équipes de l’évènement n’ont pas ménagé leurs efforts pour apporter aux muséomixeurs tout ce sont ils avaient besoin. Dans les murs du musée, un fab lab avait même été aménagé : des imprimantes 3D et toutes sortes de machines parmi les plus modernes n’attendaient que les commandes. 

Comment bien prendre la mesure de ce qu’on pouvait vivre pendant ces trois jours de co-création au musée ? Pour chaque équipe, le week-end s’est présenté comme une aventure semée d’embûches pour aller d’un point A à un point B. Comme il fallait bien choisir, on s’est beaucoup intéressés à Konnekticus, une équipe avec un projet « pas évident » : leur espace muséal, était une immense fenêtre, l’un des rares puits de lumière du musée, qui s’ouvre sur… les ruines du théâtre gallo-romain visible au-dehors. 

 

> La « fenêtre sur le passé » de Konnekticus

« Notre projet consiste à faire dialoguer l’intérieur et l’extérieur du musée, expliquent Julie, tout en alimentant le tableau de bord en ligne par lequel l’équipe pouvait se faire aider par les internautes. On voudrait utiliser la vitre comme un moyen d’aider le visiteur à se représenter ce qu’était le théâtre à l’époque. Ces gradins pouvaient accueillir jusqu’à 20 000 personnes, soit un lyonnais sur deux ! Pour faire ressentir cette importance au visiteur, on a envie de lui offrir un voyage dans le temps ».

Pour fournir une expérience complète, les neuf muséomixeurs ont décidé d’explorer plusieurs pistes, mêlant du visuel, de l’auditif et de la vidéo pour produire une réalité augmentée. 

« L’idéal, ce serait que le visiteur soit le déclencheur, puis l’acteur de sa propre expérience », explique Ana-Laura. La première difficulté était donc d’imaginer un dispositif assez fluide pour que le visiteur n’ait pas à réfléchir, et se retrouve naturellement immergé et transporté par la fenêtre. 

Comment arriver à un tel résultat ? Côté matériel, l’équipe pense à Kinect, pour détecter les mouvements par lequel le visiteur « entrera dans le jeu ».

Côté compétences, l’équipe peut compter sur des talents variés : Pierre s’occupe de l’interface, quand Mathieu développe, teste et met en production. Florent et Ingrid travaillent sur les contenus (images, textes), Marion se charge de l’habillage sonore, Ana-Laura de la signalétique… Et Stéphanie et Julie s’occupent des relations avec le monde extérieur, notamment sur les réseaux sociaux. Cette complétude des profils était d’ailleurs une contrainte imposée par MuseoMix pour former une équipe efficace. 

> Du plan A… au plan D, comme « débrouille » !

L’esprit de MuseoMix, c’est le « Do It Yourself » : des coaches étaient là pour encourager et aiguiller les muséomixeurs, mais pas question de leur mâcher le travail. Les équipes ont dû venir à bout des défis qu’elles se sont imposées en tâtonnant, quitte à se tromper, à passer d’un plan A à un plan B, et avancer en tirant parti de ses erreurs. 

Des mauvais départs, des fausses-bonnes idées et des espoirs déçus, Konnekticus en a eu son lot. L’idée de départ du groupe a été mise à l’épreuve du réel jusque dans ses fondamentaux : en effet, comment projeter des informations sur une vitre, en profitant à la fois de sa surface comme s’il s’agissait d’un écran, et de ce qu’elle laisse voir à travers elle pour « augmenter » la vue sur les ruines ? C’est l’épineuse question à laquelle le groupe s’est confronté.

Première idée : et si on apposait sur la fenêtre une vitre légèrement teintée ? Aussitôt imaginé, aussitôt tenté ! Deux livreurs amènent le matériel, et… c’est l’échec : le dispositif n’offre pas l’effet escompté. Il faut donc réagir, en trouvant une alternative efficace techniquement, qui reste le plus fidèle possible à la vision de départ. Ce sera un écran LED de 50 pouces que l’on posera sur la vitre, en prenant soin de le placer dans un coin pour ne pas réduire la vue sur les ruines.

Lorsque le visiteur, curieux, s’en approche, il aperçoit une représentation de la vue extérieure sur laquelle figurent 4 pastilles. Et se rend vite compte que ses mouvements déclenchent une animation : un contenu visuel et sonore en lien avec la chronologie du lieu lui est proposé.

Petit à petit, l’idée prend forme : à force que chacun, à tour de rôle, partage sa vision à tous les autres, une vision commune émerge, et la fabrication du dispositif peut commencer. Entre temps, une nouvelle dimension s’ajoute au projet :

« Dans le site archéologique, une plate forme circulaire est positionnée à côté de la scène. Lorsque le visiteur monte sur cette plate forme celle ci s’illumine en reconnaissant une présence humaine. Une flèche lumineuse pointe alors vers le puits de lumière ou notre dispositif est installé, invitant le visiteur à découvrir les collections du musée ».

Bien entendu, l’équipe n’était pas au bout de ses peines : à trois heures du rendu des copies, le PC de Pierre crashe… et toute l’interface qu’il a créée disparaît. Il faut mettre en place un processus de récupération des données, ce qui a fait perdre un temps précieux sur la réalisation des tâches suivantes, comme la vidéo de présentation du projet, ou la rédaction du scénario utilisateur, qui sera faite une petite demi-heure avant la présentation…

C’est cela aussi, MuseoMix : tenir compte des contraintes de temps, de la technique et des possibilités de chacun pour donner vie à son imagination… et constater avec soulagement que la persévérance paie : passage obligé du processus créatif, quelque soit l’avancée du projet, l’oeuvre devait être présentée à la fin du week-end… et elle l’a été, avec un dispositif particulièrement réussi, comme vous pouvez le constater dans la vidéo ci-dessous ! 

Les résultats de ces trois jours de « muséomixage » sont encore visibles au Musée Gallo-Romain de Lyon : vous avez jusqu’à dimanche, 11 novembre inclus, pour découvrir les dix prototypes réalisés par les équipes !

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