Design numérique : le nouveau moyen de créer de la valeur ajoutée ? share
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Design numérique : le nouveau moyen de créer de la valeur ajoutée ?

16 décembre 2010

(Visuel : Langage par Laure-Cécile Lafond Fenonjoie, issu de l’exposition l’Entreprise , Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2010)

Non, le design numérique n’est pas une discipline réservée à quelques secteurs d’activités d’avant-garde ou ultra branchés. Oui, il peut apporter de la valeur ajoutée dans des domaines d’activités résolument grand public.

Témoin de son importance croissante dans l’économie française, la direction générale de la compétitivité de l’industrie et des services vient de lui consacrer une première étude de fond, disponible en PDF.

Menée conjointement par la Cité du design de Saint-Etienne, l’Agence pour la Promotion de la Création Industrielle (APCI) et l’Institut français de la mode (IFM), cette enquête a été rendue publique au mois de septembre dernier. Elle dresse le portrait d’une activité dynamique, porteuse de grands enjeux économiques, notamment grâce aux opportunités offertes par le numérique.

> Les caractéristiques de l’offre …

Petites, jeunes et dynamiques : voilà le rapide portrait que l’on peut dresser des agences de design en France. La moitié des agences ont moins de dix ans. L’activité est basée à 70 % en Ile-de-France ou en Rhône-Alpes.

Le design a vocation à se développer sur tous les fronts et de nouveaux domaines d’activités apparaissent : le design de services et le design interactif, notamment, enregistrent la plus forte progression et apparaissent incontournable, comme nous l’avons vu ici. Ces deux secteurs représentent respectivement 11% et 9% des activités de design en France, alors qu’ils n’étaient pas assez significatifs pour être mentionnés lors d’une enquête réalisée en 2002 par l’APCI.

> … et de la demande

Les PME sont les premières entreprises à faire appel à des designers. Elles proviennent de secteurs de plus en plus variés, aussi large que l’hôtellerie et l’administration publique, par exemple.
On note tout de même un fossé entre les entreprises online, qui déclarent avoir recours au design à 80%, contre seulement 40% pour les autres. Plus encore, les entreprises du secteur numérique affirment inclure le design dans la stratégie de l’entreprise.

Une différence qu’explique Benoît Drouillat, président des Designers Interactifs, organisme professionnel qui œuvre pour la reconnaissance des apports du design dans le développement de l’économie numérique :

« Le design est nécessairement en forte progression dans le secteur du numérique. Actuellement, il n’existe quasiment plus aucun objet numérique qui ne fasse pas appel à des interfaces interactives et qui ne soit pas capable de communiquer avec nous. »

> Evolution : de la valeur ajoutée en France !

Si le design évolue de manière aussi importante ces dernières années, c’est qu’il correspond pour beaucoup de professionnels à une nouvelle recette susceptible de créer de la valeur ajoutée. L’APCI ne manque pas d’arguments pour convaincre des bienfaits du design sur une entreprise :

« Il permet de rajeunir une image et de séduire de nouveaux consommateurs. Mais il peut surtout réduire les coûts, en simplifiant la production. »

Pour Christian Guellerin, président de Cumulus, réseau international d’universités et d’écoles de design et directeur de l’école de design de Nantes atlantique, la discipline est intimement liée à la création et à l’innovation, par sa capacité à imaginer les modes de vie de demain. Mais également car elle peut permettre de faire la différence face à la concurrence croissante de pays à faibles coûts de production : 

« Le design représente un nouveau moyen de générer de la valeur ajoutée et de maintenir de l’activité, de l’emploi, du social dans les économies occidentales. »

Un aspect différenciateur que partage Patrick Le Quément, ancien directeur du design industriel de Renault :

« L’enjeu économique du design est énorme […] par la différence qu’il instaure entre un objet, un service ou une prestation parfaitement réussis ou juste dans la moyenne. »

> Perspectives

Pourtant, si moins de la moitié des entreprises se décident à faire appel au design, c’est que l’activité reste encore méconnue, ou mal perçue. Sur ce point, la France enregistre un certain retard vis-à-vis de ses voisins européens : les entreprises anglaises et scandinaves sont 50% à déclarer avoir recours aux services de designers. En Espagne, ce taux atteint 70%.

« Les principaux freins à l’utilisation du design sont la perception erronée qu’ont les entreprises des coûts du design, alors que les chiffres prouvent qu’ils sont relativement faibles… Plus globalement, il faut que les entreprises comprennent les possiblités qu’offre le design. Trop d’entre elles ne voient encore que l’aspect esthétique de la discipline », analyse Benoit Drouillat.

Une méconnaissance du métier qu’il faut chercher à inverser, pour permettre aux entreprises de franchir le pas.

« En France, nous manquons d’institutions comme l’APCI, avec un fort rôle pédagogique. Les acteurs publics ne jouent pas non plus leur rôle : il n’existe aucun grand plan national pour la promotion du design. Il est temps d’y réflechir sérieusement. »

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