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Drones en Afrique : « Ici, il y a tout à faire ! » (William Elong)

Entretien 23 juin 2016
William Elong est ce que l’on peut appeler un profil atypique. A seulement 23 ans, ce Camerounais, plus jeune diplômé de l’Ecole de guerre économique – à 20 ans –, a monté sa start-up et développé en un projet de drones à destination du marché africain. Si, pour le moment, il propose surtout des services basés sur cette technologie, il souhaite à terme monter des ateliers de fabrication dans son pays. Entretien.
Créer un service de drones au Cameroun ? C'est le pari de William Elong, 23 ans. Rencontre.

Qui êtes-vous, William Elong ?

William Elong : Je suis un jeune entrepreneur qui a fondé une start-up, Will&Brothers, qui fournit des services dans deux domaines : l’intelligence économique et l’innovation technologique.

Actuellement, nous développons Drone Africa, qui est notre projet phare. En Afrique, les drones sont une technologie encore nouvelle, et il m’a bien fallu six mois pour faire un travail de pédagogie auprès d’investisseurs potentiels. L’idée est de pouvoir monter des ateliers de fabrication ici, au Cameroun, afin de créer nos propres drones.

 

Pourquoi les drones ? 

Officiellement, c’est l’envie d’entreprendre, associée au fait que je m’étais rendu compte, quand je me formais à l’intelligence économique lors de mes études en France, qu’il n’y avait qu’une dizaine d’acteurs sur ce secteur au Cameroun. Comme j’avais envie de rentrer au pays après mes études, je me suis dit que c’était la bonne opportunité. Je suis venu en France pour acquérir du savoir-faire, mais j’ai toujours voulu le mettre au service de mon pays : ici, il y a tout à faire !

Officieusement, c’est aussi parce que… j’aime les jeux vidéos ! J’ai toujours voulu faire un travail dans lequel je pouvais m’amuser en même temps. Les dispositifs de commande d’un drone sont comme une manette de console, les réflexes sont les mêmes. Cela me permet de joindre l’utile à l’agréable en somme !

Byrion Smith via Flickr CC BY 2.0

Quelles applications développez-vous ?

Nous avons commencé par développer un service de cartographie au Cameroun car cela coûte très cher d’acheter des images satellitaires, les satellites appartenant à d’autres pays. Résultat, avec un drone, les coûts de cartographie sont réduits d’au moins 50%, tout en créant de l’emploi : c’est gagnant-gagnant.

Toujours dans cette optique « vu du ciel », nous avons également filmé des champs de maïs et de pastèques à Yabassi, pour analyser les exploitations agricoles camerounaise.

De manière générale, il n’y a pas de limites avec les drones, les possibilités sont infinies ! Tout ce qui peut se faire par avion ou par hélicoptère peut désormais se faire par drone. Avec deux différences notables : les drones n’ont pas besoin de carburant, et la formation des pilotes, qui prend une dizaine d’années pour un avion ou un hélicoptère, ne prend que quelques heures pour un drone.

Le Rwanda a récemment testé la livraison de médicament par drones pour atteindre les zones les plus reculées du pays… Est-ce une application que vous envisagez ?

C’est un besoin que nous avons découvert en cours de route, et nous avons commencé à regarder comment exploiter des drones pour de la livraison de médicaments sur de longues distances. Mais cela n’est pas évident, car à la base ce n’est pas notre cœur de métier. Nous nous sommes associés avec un organisme du Burkina Faso spécialisé dans la santé pour pousser plus loin notre réflexion et avons cherché de nouveaux partenaires. A l’heure actuelle, le principal est Vox Africa, présent dans 17 pays.

Ces partenariats nous ont permis d’avancer. Je pense par exemple au niveau législatif, car il n’existe pas de cadre spécifique aux drones au Cameroun, ce qui complique grandement les choses… Tout comme la dépendance lorsqu’on importe des drones de l’étranger. Dans certaines des applications que nous promouvons, c’est un problème.

Quelle est la position du gouvernement camerounais sur cette question ?

Ce vide juridique concernant les drones arrange beaucoup de monde. Mais à l’horizon 2020 ou 2030, il n’est pas tenable. Nous plaidons pour notre part pour une législation adaptée. Et nous avons un appui de taille en la personne de la ministre des Postes et télécommunications, Madame Libom Li Likeng, qui est très engagée dans le domaine de l’économie numérique et qui est sensible à cette question législative. Il n’est pas impossible de voir prochainement émerger une loi sur les drones au Cameroun…

 

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Sincèrement, réussir à monter des ateliers de fabrication de drones au Cameroun. J’aimerais également étendre les opportunités à l’étranger, car j’ai l’impression d’avoir épuisé par mal de cartes ici… Contrairement à la France, le fait que je sois jeune pose problème pour négocier des contrats. C’est une question de culture : certaines entreprises à qui nous voulions proposer nos services ne nous ont même jamais ouvert la porte parce que nous étions trop jeunes pour eux !

Cela fait un an que Drone Africa est sorti, nous avons eu le temps d’enchaîner les portes closes, et parfois ce sont les gens de notre propre écosystème qui nous mettent des bâtons dans les roues… Il y a aussi un manque notable de business angels, ce qui ajoute de la complexité. L’ouverture à l’international est donc une nécessité.

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