Echanges de savoirs d'aujourd'hui et de demain

4 novembre 2013

« Jean-Pierre transmet son savoir en conversation allemande à Martine et Yann. Yann enseigne la chimie de niveau Troisième à Mathilde et Raphaël. Martine partage ses compétences en dressage de chiens avec Juliette et Benoît. Benoît enseigne le violon à Frédéric. Frédéric (19 ans) offre l’anglais à douze personnes, enfants, jeunes et adultes, qui l’avaient demandé ou que l’offre a intéressés ».

Une utopie soixante-huitarde ? Peut-être un peu, si on se souvient que les RERS (Réseaux d’échanges réciproques de savoirs) sont nés en Ile-de-France en 1971. Mais pas tant que ça, si on remarque que depuis 40 ans ils se portent toujours aussi bien ! Pas moins de 25 associations régionales adhèrent aujourd’hui à Foresco, le « réseau des réseaux » basé à Evry, et il s’est créé en France jusqu’à 750 de ces groupes d’éducation populaire. La fondatrice du premier RERS, Claire Hébert-Suffrin, a été décorée de la Légion d’honneur le 6 février dernier par le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault. 

Le principe des RERS, c’est la réciprocité ouverte : chacun peut recevoir un savoir d’une autre personne que celle à qui il donne. C’est un système basé sur la confiance : si tout le monde accepte ces règles du jeu, « offre » et « demande » de partage de connaissances s’accordent pour que chacun s’y retrouve et que naisse la nécessaire réciprocité. C’est aussi un système égalitaire : dans les RERS, on ne hiérarchise pas les savoirs et les compétences. Seul le temps passé permet de mesurer l’engagement de chacun : une heure de formation au jardinage a la même valeur qu’une heure d’initiation à la finance, par exemple. 

La réciprocité, c’est aussi le mode sur lequel surfent des startups qui profitent du numérique pour déployer son principe à grande échelle. Jusqu’à révolutionner la transmission des savoirs ? Qui sait ! En parallèle des MOOCs, ces plateformes en ligne qui mettent gratuitement à disposition des internautes les cours des plus grandes universités, le web collaboratif peut aussi aider à rendre le savoir accessible à tous en mettre en relation des offeurs et des demandeurs de connaissances. En France comme ailleurs, les initiatives essaiment. En voici quelques-unes. 
 

Trade School, Cup of teach : quand les savoirs se troquent 

Le « troc de connaissances », c’est le fonds de commerce de Trade School, ce mouvement international né à New York en 2010 et qui a ouvert récemment son antenne à Paris. Le principe ? Chacun peut venir enseigner la discipline ou la passion de son choix, et demander aux élèves d’apporter quelque chose en échange. Un cours de brassage amateur ou de couture, une introduction à l’agro-écologie : voilà quelques exemples des classes qui ont eu lieu au Palais de Tokyo en 2012, pour la première saison de Trade School. Vous voulez être tenu informé des prochaines sessions ? Vous pouvez vous inscrire à la lettre d’information ici.

Tout près de ce concept on trouve Cup of Teach, la « première université entre particuliers ». Ici, c’est plus classiquement l’argent qui sert d’intermédiaire d’échange ; mais les ateliers collectifs mélangent tout aussi allègrement les rôles : dans la communauté, les élèves des uns sont les professeurs des autres et inversement, au gré des envies d’enseigner et d’apprendre. 
 

Balades, gastronomie… l’art de vivre du terroir, ça se partage !

Pour les amateurs de vie de quartier, les amoureux de leur ville ou de leur Région, le lieu de vie est un monde de curiosités qui s’accumulent au fil des découvertes. Parce que cette connaissance du patrimoine local est inestimable pour les touristes comme pour les nouveaux franciliens, des initiatives en organisent le partage. Paris Greeters, par exemple, s’adresse aux franciliens qui veulent faire découvrir leur itinéraire de balade préféré, et ainsi devenir les ambassadeurs volontaires de leur quartier. Pour participer, il suffit de s’inscrire sur le site pour proposer sa balade ou se joindre à celles proposées par les autres Greeters. 

La marche, c’est bien mais ça creuse ! Au touriste qui veut poursuivre sa découverte du terroir par un dîner chez l’habitant, le web collaboratif a offert Beyond Croissant. Ce site web qui met en relation hôtes et invités se présente comme un déclencheur de belles histoires et d’expériences dont quelques-unes sont à lire sur son blog. On s’y retrouvera par exemple sur le balcon de Bastien, avec vue sur la Tour Eiffel, à déguster des apéritifs à base d’insectes (Bastien est aussi le créateur de Jimini’s, une marque qui distribue ces mets uniques en Europe).
 

Et alors … ?

On le voit : ces initiatives témoignent de l’intérêt croissant pour les interactions de pair à pair, de la collaboration et des échanges horizontaux. Outre qu’elles renouvellent les pratiques de partage des connaissances avec les outils du troisième millénaire, elles contribuent à la redéfinition des rôles traditionnels du professeur et de l’élève, du vendeur et du client… et au-delà, elles interrogent la notion d’autorité et ses nouvelles formes dans un monde transformé par les usages numériques.

Et en prime, peut-être sont-elles un pas de plus vers la démocratisation de la consommation collaborative ?

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