Etienne Mineur : « le web et le papier vont vivre longtemps ensemble » share
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Etienne Mineur : « le web et le papier vont vivre longtemps ensemble »

9 juin 2011

(Illustration : Composition typographique, Flickr, by Zigazou76, licence CC)

Tout le monde s’accorde à dire qu’aujourd’hui, il est bien plus facile de produire du contenu qu’il y a vingt ans. Alors qu’il fallait auparavant réunir des fonds, trouver un imprimeur, distribuer ses écrits, la production de contenus sur le web est à présent accessible à tous les néophytes et amateurs, ou presque.

S’agit-il réellement d’une révolution majeure dans l’histoire de nos sociétés ? Comment les technologies ont-elles changé notre façon de communiquer et de diffuser de l’information ? Ce sont ces questions qui agitaient le débat « Internet des écritures numériques », réunissant mardi 7 juin au Lieu du design, des journalistes, des éditeurs et des designers.

1.    L’écriture numérique n’est pas neuve !

Pour Jacques-François Marchandise, directeur du développement de la Fing, ancien éditeur et enseignant à l’ENSCI, il ne s’agit pas forcément d’une rupture : le développement de l’écriture numérique s’inscrit plutôt dans une continuité anthropologique. Une thèse que développe Clarisse Herrenschmidt dans son ouvrage Les trois écritures. Et il rappelle également, s’appuyant sur Ecrire, calculer, classer, de Delphine Gardey, que l’invention de la machine à écrire a constitué une véritable révolution, en son temps.

Personne ne remet pourtant en cause les changements considérables que l’arrivée de l’informatique a induits dans notre manière de produire des données. Les nouveaux outils ont permis de décupler les contenus, et surtout, les supports. Et la véritable révolution n’est pas forcément celle qu’on croit : avant l’ordinateur, le minitel avait déjà bousculé l’ordre des choses, en offrant un support inédit à la production de données.

« Le passage du minitel à Internet a été plus simple qu’on ne le pense, car les données étaient déjà passées sur un support informatique », rappelle-t-il.

Aujourd’hui, ces nouveaux supports numériques offrent bien sûr beaucoup plus de possibilités, et notamment de se libérer des formats industriels classiques, parmi lesquels le traditionnel feuillet de 1500 signes. Surtout, il place tout un chacun en position de production.

2.    Sur le web : tous producteurs.

Un constat d’autant plus actuel que les outils sont de toujours plus accessibles et intuitifs. « Avant, il fallait savoir bidouiller un minimum le code pour créer du contenu et s’exprimer, raconte Aurélien Fache, directeur technique chez Owni. Désormais, tout le monde peut ouvrir un blog, capter des images, des sons. Les outils tombent entre toutes les mains. »

Pour autant, tout n’a pas changé, et ne changera pas totalement, dans les années à venir :

« Avec Internet, certain prédisait la fin du livre papier, la fin de l’impression, ou encore l’auto-production de ses propres ouvrages. Or, tout cela n’arrivera pas. Il faut se méfier d’une vision trop linéaire de l’évolution. On pense parfois à tort qu’il y a substitution, qu’une invention condamne l’existant. Mais tous les supports ont des capacités et des fonctions différentes. Le papier et le numérique peuvent coexister », analyse Jacques-François Marchandise.

3.    Numérique et papier réunis

Une opinion qu’Etienne Mineur, fondateur des Editions Volumiques, partage largement :

« On voit bien que l’on possède quasiment tous autant de livres papier à la maison qu’autrefois. Il n’y a pas d’antinomie entre le web et le papier, les deux peuvent communiquer et vont vivre ensemble longtemps. »

A l’heure du numérique, il choisit de retourner vers le papier, et conçoit plusieurs prototypes de nouveaux objets, imprimés, mais intelligents et interactifs : un livre dont les pages tournent toutes seules, suivant l’action du lecteur sur un petit boîtier ou sur son téléphone, et un jeu d’aventure à la fois sur plateau et en ligne, dont le pion est également un téléphone.

Le recours au numérique peut donc également enrichir d’autres supports de production, et compléter notre façon de communiquer. Par exemple : le son sur un site web fait pleinement partie du processus créatif, et donne du sens au message transmis.

4.    What’s next ?

D’après le journaliste Philippe Couve, ce n’est pas du côté de la techniques que les évolutions les plus importantes sont à attendre :

« Aujourd’hui, nous avons les outils à disposition, avant d’en avoir les usages. Par exemple : on sait créer des bulles sonores géolocalisées, des empreintes dans un lieu, un contexte, qui donne un contenu particulier. Mais on ne sait pas encore quoi en faire. De même, on peut mesurer les interactions sociales autour d’un événement, mais pas en produire un contenu original, ou une expérience nouvelle pour les utilisateurs. C’est ce qui va sans doute changer : il faut innover dans cette voie, découvrir une nouvelle grammaire pour que les possibilités technologiques trouvent du sens et provoquent de l’émotion. »

Le numérique et les réseaux sociaux, pour découvrir une nouvelle manière de communiquer et de raconter des histoires, c’est pour quand ?

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