Fabien Cauchi : « la #FrenchTech a rendu visible nos efforts à l’échelle nationale et internationale » share
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Fabien Cauchi : « la #FrenchTech a rendu visible nos efforts à l’échelle nationale et internationale »

21 janvier 2015

Deux mois après le lancement des labels métropoles French Tech, discussion Fabien Cauchi, acteur engagé de l’écosystème numérique bordelais au sein du Syntec Numérique, de Digital Aquitaine et du Club Open Innovation, à propos de l’impact du numérique à échelle locale… Et de son importance pour un réseau compétitif à l’international.

Bordeaux fait partie des neuf métropoles candidates à avoir obtenu le label French Tech initié par Fleur Pellerin. Pourquoi était-il important pour vous de revendiquer un tel titre ?​

Fabien Cauchi : La démarche de candidature portait déjà en soi énormément de valeurs car elle induisait de fédérer sous une même bannière des acteurs qui ne travaillent pas toujours ensemble. C’est un point important et assez vrai, je pense, dans toutes les métropoles qui ont été labellisées : les structures se lancent souvent sur des axes différents et parfois contradictoires et l’intérêt de #FrenchTech, ne serait-ce qu’au niveau de la candidature, c’était de réunir les acteurs autour d’un objectif partagé.

Le deuxième point important pour nos entreprises et l’accompagnement de leur croissance, c’est bien sûr la visibilité à l’international. Quand les investisseurs regardent la France, ils se tournent souvent Paris ; aussi c’est un axe particulièrement essentiel à développer.

Enfin il y a dans l’initiative #FrenchTech l’investissement en fonds propres dans les accélérateurs privés, un « accélérateur d’accélérateur » pour voir notre écosystème monter en puissance. 

Justement, où en est l’écosystème local en matière de numérique aujourd’hui ? Peut-on déjà constater un impact du label ?

Déjà avant #FrenchTech, cet écosystème existait et portait de nombreuses ambitions, notamment avec la démarche initiée il y a deux ans du pôle numérique Digital Aquitaine. La structuration de l’écosystème numérique était donc préparée et dans une certaine mesure, la labellisation #FrenchTechBordeaux a permis de rendre visibles nos efforts à échelle nationale et internationale. Après, nous avons aussi des événements comme la Semaine Digitale, qui en octobre dernier a eu très belle visibilité. C’était à quelques jours de la sélection, on y croyait, la ministre [Axelle Lemaire, ndlr] était venue… Et finalement cette labellisation, évidemment on la considère comme méritée ! (rires) En tous cas elle s’inscrit pleinement dans la dynamique existante de montée en puissance. Plein de choses vont se passer en 2015 sur la métropole bordelaise et la région Aquitaine pour concrétiser la promesse.

Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Nous voulons continuer à dynamiser l’écosystème numérique, donc il va y avoir beaucoup d’événements à ce sujet. On va avoir la 5e édition de la Semaine Digitale couplée à un événement extrêmement important : le congrès ITS 2015 sur le transport intelligent. Dans ce cadre, on attend une portée internationale très forte des startups du numérique et même non numérique ! Trois projets d’accélérateurs privés vont faire leur 1ère saison en 2015 et bien sûr, la cité internationale du vin va être très numérique. On est à Bordeaux donc même si on parle de startups et de numérique, on a aussi nos fondamentaux ! Nous avons aussi quelques pépites déjà labélisées #FrenchTech depuis juin dernier qui rayonnent à l’international, comme News Republic ou AT Internet.

Que peut apporter la scène numérique aquitaine sur le plan national ou international ? Sur quelles méthodes est-elle exemplaire ?

On a des accélérateurs de startups autour de la gastronomie, de la viticulture ou du tourisme : un certain nombre de sujets qui sont prégnants à Bordeaux, au pays basque et bien sûr ailleurs. Et puis, un peu à la croisée des chemins entre aéronautique et viticulture, se crée une filière drones en Aquitaine. Tous ces éléments peuvent se structurer pour que nous devenions exemplaires sur la symbiose entre secteurs primaires, secondaires et tertiaires. Pour y arriver, on a une très belle histoire industrielle, des filières agro et beaucoup de tourisme, un beau projet de culture numérique qui se développe… Sans compter qu’avec la Ligne à Grande Vitesse, tout un espace d’aménagement va se créer au cœur de l’Aquitaine, véritable « living lab » au croisement de la France et de l’Espagne. Et puis il y a l’ouverture à l’Atlantique. On parle beaucoup aujourd’hui de réchauffement climatique, et de la protection de la façade atlantique, c’est un sujet sur lequel la région va beaucoup investir. Les entreprises du numérique et les startups en général peuvent avoir un véritable impact là-dessus, comme c’est le cas avec la startup soutenue par la région et primée à de nombreuses reprises, Fermentalg.

Le développement du numérique passe essentiellement par les métropoles, les grandes villes. Pourquoi une action « décentralisée » plutôt que centralisée est-elle pertinente en matière de digitalisation ?

Cela prouve une chose : l’intelligence est partout ! De mon côté je suis un partisan de l’open innovation, qui est un levier de transformation et de digitalisation des entreprises traditionnelles. Je pense aussi qu’il y a un point important, lié aux particularités de la France. Nous sommes dans un pays de territoires denses, dynamiques, qui ont des métropoles avec de fortes identités et tout n’est heureusement pas complètement centralisé. En dehors de Paris, Bordeaux est l’une des marques les plus connues à l’international, grâce notamment au vin ! C’est bien de s’appuyer sur la valeur de nos territoires pour se dire autre chose que « hors de Paris, point de salut ». C’est bien de voir que le gouvernement a fait un vrai choix d’intelligence collective, de se dire que l’intelligence et l’énergie viennent de partout. Il faut maintenant faire travailler ensemble tous ces écosystèmes pour la réussite collective.

Quels moyens sont à votre disposition pour y parvenir ? 

Le premier moyen qui est mis à notre disposition c’est nous-mêmes. Et l’une des belles réalisations de #FrenchTech, c’est d’avoir montré que chacun participe à une dynamique collective : les gens n’ont pas attendu, ils se sont mobilisés avec énergie pour faire bouger les choses. Il y a également des moyens mis en œuvre par des grands groupes, dans les PME, PMI et bien sûr, la puissance publique et les collectivités locales. La région Aquitaine ou la métropole bordelaise investissent très fortement sur les sujets numériques, les entreprises et les startups. Le programme Startup Région a par exemple l’ambition de faire, à notre échelle, comme Israël et son célèbre Startup Nation.

Vous serez présent aux Tech Days pour discuter de la place nouvelle qu’a prise le code dans le monde du travail. Devrons-nous tous être codeurs pour être « employables » demain ?

On assiste à une digitalisation importante de l’économie sans forcément la mener hors des entreprises « numériques ». Or cette transformation concerne tout le monde, mais orienter et former les gens vers ces nouveaux métiers et débouchés n’est pas encore culturellement acquis. C’est pour cela qu’on assiste à la création de formations au code (Simplon, Ecole 42) initiées par des acteurs qui se mobilisent pour former les gens à des compétences dont l’économie a besoin et manque cruellement, dès aujourd’hui.

Ainsi pour moi le premier sujet de la formation au code n’est pas tant un enjeu sociétal qu’un besoin de l’économie numérique de plus en plus fort : nos entreprises ont besoin de doigts sachant coder et d’intelligence face à leurs claviers. Il y a donc la question du code à l’école mais aussi de la culture numérique, qui me paraît essentielle.

La culture numérique me semble en tous cas indispensable pour comprendre ce qu’est la société numérique avec ses modalités et savoir comment s’y insérer… Elle prime pour décoder une économie numérique à laquelle encore trop de gens ne sont pas acculturés. Et tant qu’ils n’auront pas eu accès à cette formation, ils n’auront pas les compétences pour comprendre les services innovants. En fait le digital n’est pas une fin en soi, mais permet de s’insérer dans une évolution globale de notre société.

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