« Faire de la Gaîté lyrique le phare des arts numériques en France » : entretien avec Jérôme Delormas share
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« Faire de la Gaîté lyrique le phare des arts numériques en France » : entretien avec Jérôme Delormas

2 mars 2011

Inauguré en 1862, le fameux théâtre d’Offenbach, devenu temple de l’opérette puis … parc d’attractions s’apprête à rouvrir après plus de deux décennies d’abandon. Entièrement rénové, cet important lieu de la culture parisienne sera à présent le centre des arts numériques et accueillera concerts, expositions, artistes en résidences et autres spectacles interactifs.

Dans les dossiers de la ville de Paris depuis plusieurs années, le projet retenu et développé aujourd’hui est né du travail de trois hommes : Patrick Zelnik, PDG du label Naïve, Steven Hearn, fondateur du Troisième pôle, agence de conseil spécialisée dans les projets culturels, et Jérôme Delormas, directeur artistique de plusieurs établissements culturels.

La Gaîté sera gérée, au titre d’une délégation de services publics, par une société privée présidée par Patrick Zelnik, dont les actionnaires sont Naïve, le Troisième pôle et Ineo, une filiale de GDF Suez. La ville apportera une participation annuelle correspondant à 55% du budget de l’établissement. Le reste viendra de la billetterie, de partenariats privés sur le long terme, ou ponctuels, ou encore de la location de salle pour divers événements.

Nous avons rencontré son directeur général, Jérôme Delormas, pour en savoir plus sur la genèse de ce projet, ses ambitions et sa programmation… 

RSLN : Racontez nous de quelle manière est né ce projet de votre point de vue, et comment vous êtes devenu directeur général de la Gaîté ?

Jérôme Delormas : J’ai été contacté en 2004 par Steven Hearn, suite à un appel d’offre de la mairie de Paris concernant l’exploitation de la future Gaîté lyrique. Il souhaitait monter un projet de candidature, dont ferait également partie Patrick Zelnik. J’étais alors directeur artistique du centre d’art contemporain de la Ferme du Buisson, où je développais un gros travail autour des arts numériques et du multimédia en général. On s’est entendu et avons fait équipe à trois, pour élaborer notre projet.

Le processus a ensuite été très long : il y a eu énormément de réunions et d’entretiens avec la mairie de Paris, et de nombreuses étapes de sélections. Cette période nous a cependant permis d’activer des réseaux, de contacter des contributeurs… Et nous avons eu la bonne surprise d’être choisi, en 2007, par la ville de Paris !

RSLN : Qu’est-ce que cela veut dire, en termes d’architecture, de créer un centre dédié aux arts numériques ?

Jérôme Delormas : Le bâtiment a été entièrement pensé, dès sa conception par l’architecte Manuelle Gautrand, comme un lieu dédié aux arts et aux cultures numériques.

Nous bénéficions ainsi de matériels spécifiques, qui permettent de scénariser l’ensemble des espaces, et contribuent à faire de la Gaîté un organisme réactif, intelligent, presque vivant… Par exemple, les plafonds techniques sont équipés de barres tramées de hauts parleurs et de spots lumineux, contrôlables individuellement. Dans le même esprit, nous disposons également de ruisseaux de leds lumineuses, mises à la disposition des artistes. Ce dispositif peut être nourri par un système de détection RFID. Grâce à un réseau de 70 antennes dédié aux artistes, ceux-ci peuvent faire intervenir le public, en interaction avec le bâtiment. Ce qui permettra de susciter des séquences de lumières, de sons, et de textes.

Encore un exemple : tous les espaces de la Gaîté sont interconnectés. Ainsi, le travail d’un artiste en studio, dans les étages, peut être immédiatement transmis et intégré dans une salle de spectacle. Ce n’est pas une technologie exceptionnelle, mais dans un bâtiment traditionnel, cela demanderait des jours de travail. Ici, c’est installé et utilisable instantanément. De la même manière, deux salles de concert entièrement modulables ont été créées : elles peuvent ainsi prendre n’importe quelle forme, et notamment se couvrir d’écrans, pour les besoins d’un jeu vidéo immersif par exemple.

Ce qui fait enfin de la Gaîté un concept spécifique et unique, c’est cette possibilité de susciter une création, de la produire, de la documenter, et ensuite de la diffuser de différentes manières et à travers plusieurs médiums. Un projet naît en ces murs pourra se décliner sous forme de jeu vidéo, d’expositions, de film… Nous bénéficions d’un potentiel incroyable.


RSLN : Comment définiriez-vous ce lieu, ses ambitions, ses objectifs ?
 

Jérôme Delormas : Dans le cahier des charges de la ville de Paris, les champs artistiques attribués à la Gaîté étaient bien précis : elle devait être l’espace des arts numériques et des musiques actuelles. Mais lorsque l’on constate l’impact majeur et bouleversant des technologies dans notre quotidien, comme dans la création, il ne nous semblait évidemment pas intéressant de réduire la création numérique à un champ disciplinaire précis, mais de prendre la question dans sa globalité. Nous avons donc développé une approche pluridisciplinaire qui vise à interroger vraiment et à explorer la création à l’ère du numérique.

Concrètement, la Gaîté sera un lieu d’expositions, de concerts, d’animations, mais aussi de création et de diffusion. Nous souhaitons réellement développer une culture du partage. En ce sens, nous menons d’ailleurs un nombre important de projets en partenariat avec d’autres lieux de création, comme le Cube, les Bains Numériques, ou encore l’Arcadi. Nous sommes d’ailleurs, avec eux, à l’origine du Réseau des arts numériques, le RAN. Nous allons également travailler avec des médias, parmi lesquels Télérama, rue 89 et Usbek et Rika.

Bien sûr, nous voudrions faire de la Gaîté lyrique le phare des arts numériques en France. Nous répondons à une logique que j’appelle « glocal », car nous voulons à la fois un fort enracinement local, citoyen, dans Paris, en même temps que nous développons une vision très internationale.

RSLN : Comment s’organise la programmation des concerts, expositions et autres événements ?

Jérôme Delormas :
La Gaîté va s’organiser autour de quatre niveaux de programmation, aux rythmes et modalités différentes. Il faut tout d’abord savoir que les temps des événements proposés seront relativement courts, car le lieu se veut très réactif, comme les arts qu’il présente. Le temps le plus long de programmation sera de deux mois. Il s’agira de grandes thématiques ou de grands focus sur des artistes importants, à partir desquels on déploiera et on explorera tout un univers. La première séquence sera par exemple dédiée au skate, que l’on découvrira à travers des expositions, des films, de la musique, du design, de la mode, du web, des jeux vidéo… La Gaîté sera un lieu éditorialisé, qui par moments s’emparera d’une question pour la traiter dans sa globalité.

Ensuite, on trouvera des temps plus courts, de manière plus régulière. La Gaîté se transformera alors en plateforme, dédiée à une ville, un label, un festival … On pourra ainsi découvrir prochainement le festival Pictoplasma de Berlin, et les deux premières villes invitées de cette année : Berlin et instanbul.

Au quotidien, nous organiserons des cycles de conférences, destinés à fournir des clés de décryptage sur le numérique. Elles pourront tour à tour s’adresser au grand public, ou à une audience plus pointue.

Enfin, la Gaîté recevra des artistes en résidence. L’artiste japonais Ryoji Ikeda, pourrait ainsi venir s’installer pendant un an, et travailler dans les studios crées pour les artistes.

RSLN : De quelle manière la Gaîté lyrique sera-t-elle présente sur le web ?

Jérôme Delormas : Nous sommes d’ores et déjà présents sur Internet via notre site web, qui se veut un espace et une modalité de travail supplémentaires. Nous produirons des contenus spécifiques, notamment un magazine rédigé par notre équipe et par des contributeurs extérieurs. Il ne s’agira donc pas d’un site expérimental, mais d’abord d’un média. Nous serons également actifs sur les réseaux sociaux, afin de marquer notre présence sur le web et de dialoguer avec le public.

Enfin, nous souhaitons également intervenir sur des médias partenaires, dans l’idée d’être présent là où ça se passe, plutôt que d’attirer à tout prix sur notre propre site. Nous pourons ainsi co-produire des contenus, afin de les faire exister partout où ils le peuvent.

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