Faut-il gommer les erreurs digitales de nos enfants ?

3 octobre 2013

L’apprentissage de la vie se fait par tâtonnements. L’enfance et l’adolescence sont ponctuées de moments d’erreur, d’échecs qui nous permettent d’avancer, d’apprendre et de mieux aborder les défis de la vie à venir. Mais ce même système d’apprentissage par l’erreur peut-il encore s’appliquer aux jeunes d’aujourd’hui, qui s’exposent tous les jours sur Internet, ou bien les digital natives ont-ils besoin d’un encadrement parental, voir juridique pour se protéger d’eux mêmes ? Cette semaine en tout cas, l’Etat de Californie aux Etats-Unis a opté pour la deuxième solution.

Le législateur Californien, après avoir observé de nombreux cas de comportements « insouciants » de la part de mineurs sur internet, et qui finissent par avoir des répercussions inattendues et parfois démesurées, tente de résoudre le problème avec la premier projet de loi jamais proposé aux État-Unis qui donnerait aux mineurs le droit de gommer leurs indiscrétions sur internet. Ce texte, surnommé « la loi gomme » (« Eraser Law« ), doit entrer en application le 1er janvier 2015.

Tout d’abord, la loi prévoit l’interdiction pour les sites web, les services en ligne et les applications de faire de la publicité aux mineurs pour un certain nombre de produits et de services répertoriés (armes, alcool, tabac, cigarette électronique, contenu obscène, etc.). Elle interdit également l’agrégation de données personnelles fournies par des internautes mineurs pour du marketing par des tiers.

Mais, le point le plus intéressant de cette loi, et celui qui suscite le débat, prévoit le « droit au retrait » des informations postées par un mineur sur internet. Cela donnerait la possibilité à tout Californien de moins de 18 ans d’exiger immédiatement la suppression d’images, tweets, statuts et vidéos de n’importe quel site, sur simple demande. La loi se rapproche du projet européen de droit à l’oubli (qui s’applique d’ailleurs aux personnes de tous les âges et non seulement des mineurs).

Selon le sénateur Darrell Steinberg qui est à l’origine de la loi Californienne : 

« Elle protègera tous les adolescents qui disent quelque chose sur internet avant de le regretter cinq minutes plus tard… » 

Si personne ne peut nier qu’elle soit bien intentionnée, la loi pose cependant plusieurs questions à la fois en termes de faisabilité et d’utilité.
 

Un projet peu réaliste ? 

Prenons par exemple le cas d’une adolescente en colère qui souhaite se venger en postant des photos embarrassantes d’une de ses amies. La loi SB 568 ne donnera pas le droit au mineur concerné de les effacer directement. Les utilisateurs ne pourront supprimer que les informations qu’ils ont postées eux mêmes. Cela n’affectera donc en aucun cas le problème croissant du chantage et du « bullying » en-ligne. De plus, si un mineur poste une photo l’incriminant dans un acte illicite (boire de l’alcool par exemple), il n’est pas non plus protégé par cette loi et la police a tout à fait la possibilité de saisir ces informations et de le poursuivre. 

Certains ont donc du mal à voir ce que cette loi peut apporter de plus que ce que proposent déjà la majorité des sites Internet : de supprimer soi-même ses contributions personnelles.

 

Et la responsabilisation des jeunes dans tout ça ? 

« Les enfants et adolescents sont souvent amenés à se révéler avant de réfléchir », précise James Steyer qui pilote l’association Common Sense Media dédiée à la défense des intérêts des enfants sur internet.

C’est effectivement un vrai problème qui attire notre attention sur un phénomène de société nouveau, né avec l’internet 2.0 et qui concerne notre aptitude à partager intelligemment sur internet. Quelles informations faut-il partager? À quelle fréquence? Sur quelles plateformes? Et avec qui? Ce sont là les choix auxquels les internautes se trouvent confrontés tous les jours. 

Pour trouver les bonnes réponses à ces questions, la prévention et la sensibilisation des enfants dès leurs premières interactions sur internet semble être logiquement la solution la plus pérenne et responsable – puis, en dernier recours, de solliciter la suppression des informations préalablement postées sur internet. 

Pourtant, des discussions en famille sur un usage responsable de l’internet et des réseaux sociaux ne sont pas encore répandues dans chaque foyer. Une étude récente du Pew Research Center (Where teens seek online privacy advice, 2013) révèle que la majorité des jeunes Américains sondés ont appris seuls à gérer leurs données privées sur internet. Une réalité dûe en partie à la rapidité du développement des technologies et à la nature changeante des politiques de sécurité des sites internet, les enfants se retrouvant souvent les membres de la famille les mieux informés sur les questions numériques et sur la sécurité de leurs données en ligne. 

Mais de plus en plus de ressources voient le jour actuellement pour permettre aux parents et enfants d’aborder ces questions ensemble. En France, la CNIL par exemple a lancé un site à destination des jeunes et de leurs parents offrant un panorama d’outils pour que parents et apprennent ensemble à mieux « réfléchir avant de cliquer« .

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