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Femmes et numérique : « Ce n’est pas parce qu’on est une développeuse qu’on est un garçon manqué ! »

Rencontre 11 février 2016
« Promouvoir et valoriser les femmes dans le numérique et les nouvelles technologies ». Six ans après son lancement, où en est l’association Girlz in Web ? Le secteur a-t-il évolué ? Que reste-t-il à réaliser ? A l’occasion de son anniversaire, dont RSLN est partenaire, nous sommes allés à la rencontre de sa présidente, Marine Aubin.

 

Pourquoi l’association Girlz in Web a-t-elle été créée ?

Marine Aubin : C’est simple : nous nous étions rendues compte qu’il y avait pas mal de femmes qui travaillent dans le numérique et les nouvelles technologies, mais qu’on les voyait très peu dans les médias. Il y avait un vrai problème entre la réalité du métier et que ce que l’on voyait sur « scène ». C’est pourquoi, par l’exemple, on voulait montrer quelle était la vraie réalité du métier.

Les choses commencent à évoluer et cette envie de voir plus d’expertes sur le devant de la scène est de plus en plus partagée, comme le montre des initiatives comme #JamaisSansElle. Il subsiste néanmoins des petits réflexes dans la vie quotidienne, liés à l’éducation, un « sexisme ordinaire » que l’on retrouve même chez les femmes dans un milieu professionnel où on joue encore souvent avec des règles du jeu masculines.

C’est-à-dire ?

J’ai plusieurs exemples en tête, dont un assez éclairant : un jour, en plein open space, un homme m’a appelée « poupée ». Je lui ai répondu « chaton », ça l’a calmé ! Ce sont des réflexions de ce type auxquelles il faut faire face encore en 2016. Ce n’est pas facile d’y répondre car c’est un peu la norme, ce n’est pas choquant pour beaucoup et donc les gens ne se rendent pas forcément compte de l’impact. Chez Girlz In Web on combat ce genre de stéréotype en banalisant la présence des femmes dans le milieu, sur scène, dans n’importe quel domaine et à n’importe quel niveau hiérarchique.

Ce clivage ne concerne pas uniquement les femmes mais la diversité au sens large. Il est important de comprendre que ce qui enrichit un projet, ce qui permet à une entreprise de mieux performer n’est pas la présence de gènes féminins dans les équipes. C’est davantage la diversité des profils, des expériences, des cultures… Une entreprise comme IDEO par exemple, qui est une agence de design américaine, travaille régulièrement avec des gens « hors milieu » : des utilisateurs, des anthropologues… des gens issus de cultures différentes, qui permettent d’apporter un autre regard sur le projet.

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Y a-t-il d’autres leviers d’action pour apporter plus de diversité dans ce milieu, à la fois au niveau du genre mais aussi des profils ?

Si nous voulons que les mentalités changent, il faut aussi aller voir les jeunes, dans les lycées ou même plus tôt. Pour beaucoup, quand on travaille dans le numérique on est soit un Zuckerberg ou un nerd asocial. Il faut leur partager la diversité des métiers du numérique et aussi leur présenter d’autres role models. Par exemple, ce n’est pas parce qu’on est une développeuse qu’on est un garçon manqué.

C’est un cercle vicieux, car plus vous avez l’impression de voir les mêmes personnes dans le milieu, plus vous vous dites que celui-ci vous est inaccessible. Il faut aussi travailler sur le phénomène du plafond de verre. Une étude de l’université de Harvard démontre que, pour postuler à un emploi ou prétendre à une promotion, les femmes attendent d’avoir 90% de compétences requises quand les hommes se manifestent lorsqu’ils en ont 60 ou 70%… Tout est dit !

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