Game Older : noces de vermeil entre les jeux vidéo et les seniors share
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Game Older : noces de vermeil entre les jeux vidéo et les seniors

22 mai 2012

Qui a dit que les jeux vidéo n’étaient que pour les enfants ? Certainement pas ces seniors, qui se réunissent une fois par semaine à la Gaîté Lyrique pour y jouer. 

L’atelier qui les accueille, Game Older, a été pensé spécialement pour eux. « Pour elles », devrait-on dire, car l’atelier rassemblait ce jour-là une demi-douzaine de dames. « Il y avait des hommes aux premières séances, me glisse l’une d’elles, mais ils sont partis très vite »Etrange ? Peut-être, lorsqu’on pense au cliché qui veut que le jeu vidéo soit une affaire d’hommes. Mais pas si étonnant, quand on sait qu’en réalité les femmes jouent davantage que les hommes. Les études sur la question sont d’ailleurs un bon moyen d’en finir avec quelques idées reçues sur les jeux vidéo : par exemple, qui sait que plus de la moitié des joueurs ont plus de 35 ans ? 

Quant sa famille lui a offert une tablette pour Noël, Françoise a été ravie d’y installer quelques jeux. Mais elle a tout de même eu le plus grand mal à faire admettre son nouvel hobby à sa fille : « elle ne comprend pas ». Maria, quant à elle, a pris le parti d’en rire : « Je ne le dis pas à tout le monde. J’ai enfin une activité honteuse ! ». Les autres membres du petit groupe semble tout à fait d’accord: si des seniors aux manettes d’un jeu vidéo a de quoi désarçonner les enfants qui ont grandi trop vite, ici on est d’abord venu pour s’amuser, et dans la bonne humeur l’insouciance est de mise. 

Chaque mardi, un animateur accompagne le petit groupe dans son initiation autour d’une thématique de jeu. Cette fois-ci, c’étaient les jeux de glisse qui étaient à l’honneur. La première demi-heure de l’atelier est consacrée à la culture du jeu ; c’est aussi l’occasion d’échanger avec les nouveaux venus. Que sont-ils donc venus chercher, ces joueurs-là ? Un environnement amical, patient et bienveillant pour oser se lancer, bien souvent, et prendre le temps de comprendre ce passe-temps qui anime leurs enfants et petits-enfants.

Comprendre en essayant, en se donnant le droit de se tromper et même, de tuer son personnage pour mieux apprendre s’il le faut. « Nos enfants jouent avec les pouces, alors que nous on ne peut pas s’empêcher de faire de grands mouvements avec la manette… Mais quelle importance ? Ici, on ne juge pas », glisse Marie-Christine. Pour elle, l’atelier a été une occasion de renforcer les liens avec son fils, en rejoignant les 2% de parents qui jouent régulièrement avec leurs enfants : « maintenant, je suis même admise dans sa chambre… un honneur ! ». 

L’initiation permet aussi de changer le regard sur les jeux vidéo :

« On se rend compte que ce n’est pas que les filles sexy et la violence. On peut venir ici pour relativiser les craintes que nous inspirent ce hobby de nos enfants, et même repartir avec des idées et des conseil pour rendre les jeux plus éducatifs : on est content de trouver le jeu qui leur plaira autant qu’un autre, tout en ressemblant plus à ce que nous, on voudrait qu’ils fassent de leur temps libre ! »

Et après plusieurs séances, nos joueuses se sentent-elles comme glissées dans la peau des plus jeunes ? Si elles les comprennent mieux, et s’amusent autant qu’eux, elles ne vivent pas nécessairement la même expérience, semble-t-il : toutes parlent du « détachement » plus important qu’elles ressentent vis-à-vis du personnage qu’elles jouent, alors que les enfants et les ados « vivent » davantage d’expériences à travers lui. Elles parlent de leur souci de réalisme : « Il geint toujours de la même manière, alors on n’y croit pas ! ». A Maria, qui est escrimeuse, le poids de l’arme manquait un peu pour se sentir immergée dans le monde de son guerrier, lorsque l’atelier lui a permis d’aborder les jeux de combat.

Une déception ? Pas du tout : pour elle, la culture des jeux vidéo est un sujet de curiosité sans cesse renouvelé. Et de toute façon, « si vous êtes venu pour qu’on vous dise du mal des jeux vidéo, vous vous êtes trompé d’adresse ! » conclut-elle, radieuse. 

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