Gilles Babinet : « Il faut pousser nos universités à se diversifier ! » share
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Gilles Babinet : « Il faut pousser nos universités à se diversifier ! »

12 juillet 2011
Nous avons demandé à Gilles Babinet qui occupe, depuis le 27 avril 2011, la présidence du Conseil national du numériquede développer quelques-unes de ses vues sur la place du numérique dans le système éducatif – une position d’autant plus attendue qu’il a d’ores et déjà fait de la e-éducation un fort des travaux du CNN.
 

La France est-elle capable de nous faire rêver technologiquement ? 

S’il est légitime de se poser la question, et impossible d’y répondre avec certitude, une chose est sûre : notre pays n’a pas à rougir de ses performances, et possède tous les ingrédients nécessaires à une belle réussite numérique.

D’autant qu’aujourd’hui, Internet est devenu un univers de création unique, qui embrasse un large spectre de disciplines, des mathématiques fondamentales à l’art pur, qui en appelle autant au savoir-faire technique qu’au génie créatif.

Et c’est précisément cette nécessité de convergence entre technologie et création qui offre à la France un bel avantage sur ses compétiteurs. 

Historiquement versée dans les sciences dures comme dans les arts, héritage que nous devons à la Renaissance, la France est riche de centres d’excellence dans ces deux domaines, avec des écoles de renom comme Polytechnique, Centrale ou encore l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI).

« Imaginons une chaire sur la data-visualisation ENSAE, ENSCI, Sciences Po … »

Toutefois et malgré cet héritage, notre pays n’est pas allé au bout du potentiel de cette transversalité. Certes, nous disposons d’une place enviée dans les jeux vidéo, avec Ubisoft, par exemple, numéro 3 mondial. 

Nous sommes également seconds en matière de développement « d’apps » pour smartphones… mais bien malin celui qui saurait expliquer la raison qui nous a permis de figurer en si bonne place.

MIT Medialab

MIT Medialab, photo par Anne Helmond, licence CC

Les pays anglo-saxons, et plus encore les pays nordiques, n’ont pas hésité à créer des chaires d’université entièrement dédiées à ces approches transverses, à l’instar du Medialab du MIT, à Boston, qui, depuis plus de trente ans, favorise la collaboration entre informaticiens et linguistes, artistes et roboticiens, designers et mathématiciens.

Ce même raisonnement, si nous l’appliquions, nous permettrait certainement d’atteindre de hauts niveaux d’excellence.

Imaginons une chaire sur la data-visualisation qui lierait notre École nationale de statistique publique (ENSAE), l’ENSCI et Sciences Po.

La reconnaissance, au niveau international, de ces trois écoles est telle qu’il est probable que ce programme figurerait parmi les meilleurs de la planète. Or, en restant isolée, chacune de ces écoles ne peut aborder ce sujet qu’avec un niveau d’expertise très limité.

« Pousser nos universités à se diversifier et à embrasser le mélange des genres »

Cet exemple n’est pas unique. La transversalité et l’apport du numérique permettraient de recréer une dynamique forte dans d’autres domaines. Mais pour cela, il faut d’abord pousser nos universités à se diversifier, et à embrasser le mélange des genres.

 
Il faut également créer des filières d’échanges fortes entre les écoles, la recherche et les start-up, sur le modèle anglo-saxon ; imaginer des grands plans de collaboration pour favoriser le dialogue entre les différents acteurs de l’innovation, sans ôter au monde numérique ce côté informel qui fait sa force.
 
Cette dynamique, cruciale, doit être encouragée par des politiques publiques aux niveaux régional et national. La France a tous les atouts nécessaires pour repousser les frontières de l’innovation numérique. Faisons en sorte qu’elle les valorise.

 

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