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Open Government Partnership : quand la société civile imagine le gouvernement ouvert à Futur en Seine

Reportage 15 juin 2016
Alors que se tiendra début décembre 2016 à Paris le Sommet du Partenariat mondial pour un gouvernement ouvert (OGP), Futur en Seine s’est associé à Etalab, sous l’égide du SGMAP, afin d’organiser un atelier de co-construction du programme de cet événement mondial. L’idée ? Associer toutes les bonnes volontés de la société civile afin de dégager des pistes de réflexion qui seront traitées en profondeur lors de ce Sommet. Jeudi 9 juin 2016, le forum historique de la Gaîté Lyrique était en ébullition. RSLN s’est glissé parmi les participants.

« Avec le numérique, l’action publique peut travailler des logiques d’empowerment des citoyens. » C’est en ces termes qu’Henri Verdier, Directeur interministériel du numérique et du système d’information de l’Etat, a donné le coup d’envoi de ces ateliers de co-construction du programme du Sommet mondial du Partenariat mondial pour un gouvernement ouvert (Open Government Partnership). Des logiques au cœur de ces trois jours, puisque ce sont les représentants de la société civile qui sont invités à dégager des axes de travail en prévision du grand rendez-vous de décembre.

« Les ateliers de co-construction sont des sprints de contribution à la plateforme ogpsummit.org. »

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Une manière « d’attraper les hacktivistes là où ils sont et de provoquer la concertation », reprend celui qui fut à la tête d’Etalab, la mission qui pilote la politique d’ouverture et de partage des données publiques, sous l’autorité du Premier ministre. Désormais dirigé par Laure Lucchesi, cette mission est justement à l’initiative de l’organisation de ces journées, dans la perspective du Sommet de l’OGP.

 

C’est ce qu’explique Paula Forteza, membre d’Etalab :

« Nous avons développé un site, ogpsummit.org, dont les fonctionnalités ont été conçues pour permettre le crowdsourcing de l’agenda du Sommet. Les ateliers de co-construction sont des sprints de contribution à la plateforme. En format barcamp, les participants travaillent sur des propositions concrètes d’événement, de conférence, d’atelier ou de pitch, qui découlent de réflexions de fond autour des principales thématiques du gouvernement ouvert. »

Qui en profite pour passer une annonce avant de passer le micro aux participants : « Nous cherchons un développeur sachant coder en Python, si vous maîtrisez ce langage ou si vous connaissez quelqu’un qui le maîtrise, n’hésitez pas ! » Preuve supplémentaire, s’il en était besoin, que la politique d’ouverture des données n’est pas que l’apanage des dirigeants, mais qu’elle s’élabore au contraire avec tous les acteurs de la société civile.

« Quelles peuvent-être les stratégies pour rendre accessibles au plus grand nombre ces outils ? »

Parmi les thématiques sur lesquels les participants sont invités à réfléchir : le climat et le développement durable, la transparence de la vie publique, l’accessibilité aux civic tech, l’accès à l’information, la mise en œuvre du gouvernement ouvert, la déclinaison dans les villes… Autant de thèmes sur lesquels chaque proposition, publiée sur la plateforme de préparation du sommet, doit se raccrocher.

Amandine Brugière, de la FING, est la première à se lancer : « Nous voudrions travailler autour de la culture des données, qui reste un matériau difficile. On se dit qu’on ne peut pas laisser l’exploitation, la manipulation des données seulement aux mains des experts, des data scientists, et qu’il faut former et accompagner ceux qui n’ont pas cette culture. »

Les participants à l'atelier de co-construction

Benjamin des Gachons, directeur France de Change.org, poursuit sur la question de l’accès aux outils participatifs, « pour ne pas tomber dans l’écueil de ne toucher que des cercles restreints. Quelles peuvent-être les stratégies pour rendre accessibles au plus grand nombre ces outils ? », s’interroge-t-il.

Le micro continue de circuler entre les tables, autour desquelles la soixantaine de participants commence à s’organiser à mesure que les thématiques de travail sont énoncées. C’est au tour de Lucas, la vingtaine, de présenter son idée : « Comment les médias peuvent-il s’emparer de la question de l’ouverture des données ? »

S’ensuit une demi-heure de réflexion en petits groupes, afin de plancher sur les propositions, avant une deuxième phase de pitchs et la publication sur le site dédié. Qui coïncide avec l’arrivée de Jean-Vincent Placé, venu prendre la température. Le Secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargé de la réforme de l’Etat et de la simplification insiste : « la politique d’ouverture des données n’est pas qu’un sujet technologique, c’est un sujet politique, même s’il y a bien évidemment besoin d’un support technologique pour asseoir ce type de stratégies. »

« Je ne veux absolument pas que ce Sommet soit un sommet classique où le programme viendrait d’en haut, avec les mêmes sachants. L’idée est de collaborer au maximum, de collecter l’ensemble des propositions via la plateforme, afin de co-élaborer le programme de ce Sommet. Mais attention à la fracture numérique : il ne faut pas que ces événements véhiculent un deuxième paquet de nouveaux sachants, il faut au contraire intéresser l’ensemble des citoyens. »

Un avertissement nécessaire, compte-tenu des profils pointus – développeurs, codeurs, gens du sérail… – venus prendre part à l’événement.

Jean-Vincent Placé

« La transformation de l’action publique n’est pas que l’affaire de l’Etat »

Au-delà de la société civile, l’événement intéresse également au plus haut point l’administration, elle aussi au cœur de la mise en œuvre des politiques de gouvernement ouvert. C’est d’ailleurs ce qu’explique Laure de la Bretèche, Secrétaire générale pour la modernisation de la l’action publique : « La transformation de l’action publique n’est pas que l’affaire de l’Etat, mais aussi des collectivités locales et de l’ensemble de ceux qui participent au service public », rappelle-t-elle.

Le SGMAP a d’ailleurs mis en place, lui aussi, des ateliers citoyens afin de poursuivre ces actions de co-construction. « Car le numérique permet de décupler la richesse démocratique ! », ajoute-t-elle. Dans une réflexion plus prospective, Laure de la Bretèche se prend à imaginer le service public numérique de demain. « Déjà, ce sera un FranceConnect complètement installé. » Et ce portail, c’est d’ailleurs la « première vision des choses » de la politique que mène l’Hexagone en matière de gouvernement ouvert, comme l’expose Jean-Vincent Placé.

La deuxième vision des choses concerne, elle, l’ouverture des données. « C’est le sens du gouvernement ouvert », martèle-t-il, rappelant à cet égard que dans cette perspective, le fichier SIRENE répertoriant l’ensemble des entreprises françaises sera disponible en open source à compter du 1er janvier 2017. Afin de « réconcilier les Français avec la politique, leur donner davantage la parole, l’information, et faire en sorte de pouvoir les faire collaborer encore plus aux politiques publiques, à tous les niveaux. »

Une vision modernisée de la politique qui peut être aussi, reprend-il, « une forme de réponse aux demandes citoyennes du type de celles de Nuit Debout. » Avant de conclure en appelant de ses vœux l’instauration de « communautés numériques mondiales, pour que, tant au niveau international que local, les échanges soient permanents. » Cette matinée d’ateliers dans le forum historique de la Gaîté Lyrique étant l’une des pierres de cet édifice, dont la construction est bel et bien l’affaire de tous.

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