Grand emprunt et numérique : la France est-elle en retard par rapport à ses voisins ? share
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Grand emprunt et numérique : la France est-elle en retard par rapport à ses voisins ?

13 janvier 2010

(photo : aperçu de l’album"Point presse sur le séminaire numérique", le 2 septembre 2009, par NKM)

C’était le 14 décembre dernier. Après plusieurs mois de débats, le président de la République dévoilait les différents montants retenus dans le cadre du « grand emprunt ». Avec 4,5 milliards d’euros sur une enveloppe totale de 35 milliards, le numérique se taille une part non négligeable – se payant même le luxe d’être l’un des rares champs en progression par rapport aux recommandations formulées par le groupe de travail sur le grand emprunt d’Alain Juppé et Michel Rocard quelques semaines plus tôt, qui lui allouaient une enveloppe de 4 milliards.

Cette enveloppe n’arrive pas ex nihilo : Eric Besson, prédécesseur de NKM, avait développé un plan intitulé «France Numérique 2012 », catalogue de 150 mesures qui devaient faire de la France « une puissance numérique à l’égal des économies les plus dynamiques de notre planète ».

Comment vont se répartir les 4,5 milliards ?

Concrètement, l’État va investir les sommes issues de l’emprunt dans un « fonds national pour la société numérique », nouvellement créé. Celui-ci relèvera du Premier ministre, via le secrétariat d’État chargé de l’Economie numérique de Nathalie Kosciusko-Morizet.

Deux axes sont développés : celui des « tuyaux » (l’investissement pour le très haut débit), pour deux milliards d’euros, et celui des contenus et des usages, pour 2,5 milliards d’euros. Le premier point est assorti d’un objectif chiffré : atteindre en dix ans une couverture en très haut débit de 70% de la population – le très haut débit correspondant à des débits d’environ 100 mégabits/seconde, voire davantage, avec un minimum de 50 Mbps. Le second, lui, ne comporte pas d’objectif chiffré, mais égraine plusieurs thématiques : cloud-computing et investissement « dans de grandes centrales numériques de calcul et de stockage » ; développement de « logiciels innovants »« numérisation des contenus culturels » – pour un montant de 750 millions d’euros ; conclusion de  « partenariats public-privé de recherche et développement sur la maîtrise des technologies de base du numérique ».

Ce volet contenus et usages semble une esquisse de réponse au dernier audit annuel de la Commission européenne sur la société numérique, rédigé en juillet 2009. Certes, la Commission européenne y adressait un satisfecit général à la France, la qualifiant, aux côtés de l’Allemagne, de la Grande Bretagne, ou de la Norvège, dans un groupe de précurseurs européens.

Mais Bruxelles pointe également du doigt les mauvaises performances françaises en ce qui concerne les aspects « recherche » ou « formation ». « Les entreprises françaises n’ont pas l’air de tirer profit du taux d’équipement plutôt bon pour booster le e-commerce », regrettaient ainsi les experts bruxellois. « On pourrait attendre mieux, également, sur les compétences professionnelles liées aux TIC », écrit encore la Commission.

Et en dehors de l’Hexagone ?


«
Digital Britain », « Breitbandstrategie », … : sous des noms différents, plusieurs grands pays européens ont déjà lancé des grands plans d’investissement dans le numérique. On y retrouve souvent le même mix entre équipements et contenus, avec quelques ambitions particulières.

Côté haut-débit, la Grande-Bretagne, par exemple, est plutôt ambitieuse : via le plan Digital Britain, elle s’est fixée l’objectif de permettre à tous les foyers d’être raccordés à Internet à une vitesse minimum de 2Mbps (lire un résumé sur le site du service « Science et Technologie » de l’ambassade de France au Royaume-Uni). Pour y parvenir, elle mobilisera à la fois des ressources publiques et privées, sans s’interdire le recours à l’impôt, via une taxe de 50 pence mensuelle.

En parallèle, début janvier, les services de Peter Mandelson, le ministre du commerce, ont d’ores et déjà apporté un milliard de livres au fonds qui sera destiné au financement de projet de couvertures haut débit en zones rurales. « Le marché assure une couverture à 50 Mbps de la moitié du pays, mais impossible d’être certain qu’il couvrira ceux qui aujourd’hui n’y ont pas accès. Nous allons aider un peu le marché … », justifie Peter Mandelson. Le ministre du commerce est sans doute désireux de mettre à profit les calculs de la commissaire européenne à la société de l’information, Viviane Reding : dans un discours de juillet 2009, elle estimait « qu’une augmentation de 10% du taux de pénétration du haut débit peut améliorer de 1,3% le taux de croissance » d’un pays.

L’Espagne joue, elle, la carte du global : son « Avanza Plan », doté de près de 1,5 milliards d’euros par an depuis 2005, s’intéresse lui aussi à l’équipement des foyers espagnols en haut débit, via l’octroi de prêts à taux zéros, par exemple. Mais pas uniquement : ce plan soutient également les initiatives de création de contenus, et en assure la promotion dans un salon dédié rassemblant plus de 15.000 personnes chaque année. Le raisonnement de la puissance publique espagnole est simple : l’Espagne se doit d’être performante sur ce secteur, pour tirer profit de la force de la langue espagnole, parlée par 450 millions de personnes à travers le monde.

Même ligne directrice en Irlande :
le dernier plan stratégique sur la société de l’information, publié en juillet 2009, mentionne ainsi, en bonne place, la création d’un « centre des contenus digitaux » (films, jeux, musique, animation …), pour donner une visibilité aux « mille entreprises du secteur, souvent handicapées par leur petite taille, avec 1 à 10 salariés », avec un potentiel estimé de « 10.000 emplois sur cinq ans ». (page 4)

Rendez-vous le 20 janvier …

Le dossier ne fait que débuter : des réponses plus précises devraient se dessiner très prochainement. Nathalie Kosciusko-Morizet a ainsi annoncé il y a une semaine, sur Twitter, que « les premiers arbitrages [liés au grand emprunt] étaient en cours, pour examen en collectif budgétaire le 20 janvier en conseil des ministres ».

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