Grand Paris Express : plongée dans le projet du métro le plus numérique du monde share
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Grand Paris Express : plongée dans le projet du métro le plus numérique du monde

26 septembre 2014

Faire de sa ville une « smart city », telle semble être le crédo adopté par toutes les plus grandes municipalités du monde. Qu’elle soit « intelligente », sensible ou encore « agile » – les terminologies font régulièrement débat entre les experts – la ville de demain, ses infrastructures et ses services qui faisaient fantasmer les prospectivistes deviennent progressivement réalité. En Ile-de-France, le Grand Paris Express promet fibres et données aux usagers franciliens, et pourrait ainsi révolutionner notre rapport au territoire. Mais pour voir le jour, ces projets imposent une ambition forte des pouvoirs publics et une culture du dialogue. C’est ce que nous ont expliqué Jérôme Coutant, responsable numérique de la Société du Grand Paris, et Laurence Lafont, responsable de la division secteur public de Microsoft France en marge de la conférence de rentrée de Microsoft, le 23 septembre dernier.

Entre infrastructures et nouveaux services aux citoyens

Fini les RER pleins à craquer : le Grand Paris Express promet de changer les transports en Ile-de-France. Si le projet concerne avant tout les Franciliens, il n’en demeure pas moins un cas d’école pour tous les territoires innovants. Car il s’agit là d’un programme ambitieux : créer un réseau de quatre lignes de métro automatiques autour de la capitale – 22 milliards d’euros – et mettre en place l’extension de deux lignes déjà en service pour 12 milliards d’euros. 

Outre les infrastructures permettant de multiplier et de faciliter les déplacements, c’est bien en matière de services numériques que le Grand Paris Express possède un fort potentiel. Jérôme Coutant l’explique : 

« Une smart city est plus qu’un réseau de transports. C’est une ville qui propose plus de services, et de meilleure qualité aux citadins. Les infrastructures doivent s’adapter aux populations des villes qui augmentent de manière exponentielle. »

Et Laurence Lafont d’ajouter :

« Les villes doivent aujourd’hui faire face à de nombreux enjeux, qu’ils soient écologiques, éducatifs, sanitaires ou humains par exemple. L’intérêt d’une smart city est d’utiliser le numérique pour répondre aux besoins quotidiens des usagers, et les attentes sont importantes. »

 

Une gouvernance ambitieuse

Un projet qui pourrait permettre à la métropole francilienne de ravir à Lyon, dans quelques années, la première place des territoires connectés dans l’Hexagone. Et les villes françaises sont nombreuses à démontrer leur dynamisme en matière d’intelligence d’urbaine : Lille, Issy-les-Moulineaux ou encore Nantes se font ainsi régulièrement remarquer. 

Cette ambition qui s’étend dans tout le pays n’est pourtant pas la norme partout, même chez nos voisins européens. Et pour cause, ces initiatives rencontrent de nombreuses difficultés, à commencer par celle de l’aménagement. Comment expliquer que Paris, cette ville-musée et ses alentours fassent l’objet d’un tel projet d’envergure alors que Rome reste à la traine ? Pour Jérôme Coutant « c’est incontestablement une question de gouvernance publique et de prise de décision par les décideurs politiques. »

La clé ? L’ambition et la capacité des pouvoirs publics à infuser un esprit d’innovation au sein des collectivités. Et pour faire aboutir un réseau qui traverse 153 communes, il faut persévérer et développer la culture du dialogue. 

« Certes il faut de bons ingénieurs, mais il faut aussi et surtout permettre aux gens de collaborer, explique le responsable du numérique de la société du Grand Paris. Le Grand Paris Express est un projet qui se fait en co-conception et en co-construction. C’est un travail de collaboration constant avec les autorités territoriales. Nos ingénieurs rencontrent régulièrement, gare par gare, tronçon par tronçon les interlocuteurs. C’est donc toute une culture du dialogue qu’il faut développer. »

Des échanges avec les collectivités donc, mais aussi avec les différents experts capables de développer un tel réseau :

« Pour cette transformation numérique du métro, nous avons décidé de nous tourner vers ceux qui savent. Nous avons même lancé une consultation qui a reçu 175 réponses, parmi lesquels figurent celles d’acteurs privés, des start-up aux grosses entreprises. »

Un accompagnement essentiel selon Laurence Lafont, pour permettre de faire les meilleurs choix :

« Notre rôle est aussi d’identifier des start-up, comme par exemple Multivote, qui facilite la consultation des citoyens dans une logique de transparence. »

Une consultation est prévue à partir de janvier 2015, date à laquelle commencent les travaux de la première ligne de métro : « Nous voulons parler avec les citoyens et il nous faut pouvoir traiter leurs retours de manière efficace » affirme Jérôme Coutant.

 

« Le métro le plus numérique du monde »

Et ils ne seront pas de trop pour faire du Grand Paris Express « le métro le plus numérique du monde ». Comme l’indique le site de la Société du Grand Paris, il s’agit de faire de ce métro une « autoroute digitale et une plateforme d’innovation ouverte qui soutiendra le développement urbain et économique de l’Ile-de-France, au service de la vie quotidienne de ses 12 millions d’habitants. »

Toute cette infrastructure pourrait servir également aux opérateurs télécom, puisque la fibre optique sera installée le long du tracé, avec des points de sortie dans chaque gare et au niveau des puits de sécurité (installés tous les 800 m) afin de la mettre à la disposition du public. 

« Notre but est de faire une sorte de pipe-line optique assez capillaire, adapté aux besoins en énergie numérique de la métropole du Grand Paris pendant plusieurs décennies, raconte Jérôme Coutant. Nous pensons également à installer des data centers dans le métro pour permettre de recueillir les données. Les collectivités pourraient être intéressées pour y avoir accès, puisqu’ils seraient le fruit d’une initiative publique. »

Si le déploiement de la fibre optique sur le réseau peut paraître évident, il s’agit pourtant d’une innovation en matière de nouveaux chantiers. Un potentiel particulièrement fort si l’on pense aux différents projets qui pourraient se greffer à un tel réseau comme par exemple des smart grids, pour un maillage intelligent partout en Ile-de-France.

 

Entre open data et nouveaux espaces de travail

Et le projet ne s’arrête pas là. Comme Jérôme Coutant l’affirme : « nous voulons faire un métro natif open data ». Une ambition qui s’inscrit dans la « démocratie citoyenne » esquissée lors de la Conférence de Paris qui se tenait le 24 avril dernier. « Cette ouverture permet de stimuler des services innovants pour le secteur public, explique Laurence Lafont. C’est un vrai enjeu d’open innovation. »

Mettre à disposition les données publiques, c’est bien, mais s’assurer que les citoyens puissent se les réapproprier dans une stratégie d’empowerment est beaucoup mieux : pour le responsable du numérique du Grand Paris et Laurence Lafont, « il faut soigner les données pour permettre leur réutilisation et s’assurer de leur interopérabilité. »

Autre ambition affichée par la Société du Grand Paris : faire des gares des espaces de travail pour les franciliens en déplacement et « se mettre au service des nouveaux modes de travail et de l’innovation de la rue, dans une logique de living lab ».

Différentes compétences seront donc nécessaires pour faire de la gare un espace capable s’accueillir  start-up, entreprises et travailleurs indépendants.

« Il faut que l’on mène le projet dans une logique d’expérimentation, soutient Jérôme Coutant. La SNCF, RATP et d’autres testent déjà beaucoup de choses en la matière et nous dialoguons avec ses agents pour nous inspirer des différentes initiatives. »

Une réflexion sur les usages dès la conception du projet ? « L’intégration de l’open data dès le début d’un projet d’une telle ampleur est une démarche inédite et innovante qui doit être saluée », souligne Laurence Lafont. Gageons que les franciliens le feront, dès janvier prochain lorsqu’ils partageront leurs usages et contribueront, en ligne, à l’élaboration du projet d’infrastructure le plus ambitieux de France.

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