Haïti et le don en ligne : pourquoi ça marche ?

19 janvier 2010

(visuel: Haiti Earthquake, par United Nations Development Programme, licence CC)

Les premiers chiffres sont formels. Après le tremblement de terre qui a ravagé Haïti, mardi 12 janvier, les Français donnent, massivement, et utilisent énormément Internet pour faire parvenir leurs dons aux ONG : les sommes reçues sur le web représentent même plus de la moitié du total de l’argent reçu par la Fondation de France, la Croix Rouge, ou le Secours catholique.

« Au total, on estime que, comme lors du Tsunami en Asie, un Français sur dix pourrait donner pour la première fois après le séisme à Haïti. Parmi ces nouveaux donateurs  beaucoup l’auront fait sur Internet », estime Jacques Malet, président et fondateur de Recherches et Solidarités, qui produit tous les ans un rapport sur la générosité des Français. Nous lui avons demandé de caractériser un peu ce don en ligne, et les principales raisons de son succès.

RSLNmag.fr : La générosité des Français passe d’abord par le don en ligne, après le séisme qui a frappé Haïti. Pourquoi ?

Jacques Malet : La première raison est temporelle. Internet permet, lors d’un tel évènement, de réduire le temps de latence entre « le coup de cœur » et sa concrétisation. Je suis dans mon salon, devant la télé, je suis touché, je décide de donner : pas besoin de noter un code postal, de trouver mon carnet de chèques … : je prends l’ordinateur et j’en ai pour une seconde.

Le nombre d’actes généreux perdus à jamais dans la nature se réduit grâce à cela : il peut donc y avoir un accroissement global des dons.

Cette importance de la rapidité de la transformation entre coup de cœur et don effectif est d’autant plus forte que les primo-donateurs sont très nombreux à se mobiliser lors de ce genre d’évènements : vraisemblablement, comme lors du Tsunami en Asie en 2004, un Français sur dix va donner pour la première fois pour Haïti. Ces personnes ne sont pas dans les circuits habituels du don, n’ont pas un pense-bête avec les coordonnées d’une association à laquelle donner à côté d’eux.

RSLNmag.fr : Les publics qui donnent en ligne sont-ils différents des donateurs plus traditionnels ?

Jacques Malet : Selon moi, Internet est une formidable chance pour les ONG d’adapter la forme de leurs sollicitations aux jeunes générations, dont elles ont, globalement, peu la culture. Traditionnellement, les campagnes de recrutement de donateurs sont très axées sur les personnes âgées, les ONG ayant trop tendance à croire selon moi que la générosité augmente avec l’âge. Le succès des campagnes par SMS, où l’on donne par coup de 1€, en est l’illustration.

RSLNmag.fr : De manière plus générale, Internet peut-il contribuer à changer le sens du don ?

Jacques Malet : Nos études mettent en évidence un changement structurel dans le sens que l’on attribue au don. Que l’on donne de l’argent ou du temps, il y a désormais un souci d’efficacité qui est clairement affiché : on passe d’un don à la première personne – « je donne », à un don plus exigeant – « tu reçois ». Nous parlons même parfois désormais de « donacteurs », pour exprimer ce changement.

Internet peut révolutionner la générosité des Français sur ces questions : il a la formidable capacité de faire en sorte que ces donateurs d’un nouveau genre et les ONG se parlent, poursuivent leurs dialogues.

> Pour aller plus loin : 

– Retrouvez l’article RSLN : Quand Internet réinvente l’action humanitaire

– Des infos pratiques sur Youphil : Haïti, gare aux arnaques aux dons !
 

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