« Sur Data.gouv.fr, l’Etat co-construit des données d’intérêt public avec les citoyens » share
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« Sur Data.gouv.fr, l'Etat co-construit des données d'intérêt public avec les citoyens »

10 janvier 2014

Nous vous en parlions en décembre dernier, la plateforme Data.gouv.fr, qui rassemble les données publiques  en France, a fait peau neuve. L’objectif de la refonte : faire du site le meilleur outil possible pour une communauté riche et créative.

L’occasion de se questionner quant à l’intégration de ce nouvel outil dans la stratégie open data du gouvernement. Explications avec Henri Verdier, directeur d’Etalab, le service du Premier Ministre chargé de l’ouverture des données publiques.

Pour créer cette nouvelle plateforme, vous avez mobilisé différentes communautés de l’open data afin d’obtenir leurs recommandations. Pouvez-vous nous en parler ?

Ces communautés ont joué de deux manières : le co-design et la co-construction.

Nous avions la conviction que la conception d’un portail d’open data n’était pas qu’une question technique mais qu’elle était aussi politique, au sens plein : une question de rapports humains et d’usages sociaux.

Nous avons donc commencé ce travail par un questionnaire qui a suscité plus de soixante contributions : des administrations, des opérateurs, l’Institut National de l’information géographique et forestière (IGN), Regards Citoyens etc. Ces contributions écrites se sont prolongées par une phase d’événements pour traiter certains aspects plus particuliers et proposer des ateliers. Des communautés comme le réseau des Cantines, Cap Digital, l’Open knowledge foundation (OKFN), ont proposé des points de vue et des suggestions. On a vu par exemple des réflexions sur l’open data dédié à des communautés particulières d’usagers, comme les enfants et aux adolescents. Cette deuxième phase a fédéré de nouveaux types d’acteurs, du genre à fréquenter les barcamps et autres hackathons. Ensuite on a tout mis dans un shaker, on a bien secoué et on a imaginé un nouveau site.

Pour réaliser ce nouveau site, nous avons ensuite adopté des méthodes de développement extrêmement agile, qui ont à nouveau mobilisé différentes communautés. Au bout d’une semaine, nous sollicitions ainsi des contributeurs et des utilisateurs autour d’une première pré-maquette, que nous avons ensuite développée grâce à l’adjonction progressive de nombreux utilisateurs bienveillants : des administrations, des réutilisateurs, des start-ups de l’open data comme Data Publica ou OpenDataSoft. Ils nous ont aidé en testant le site, en y déposant des données et en les réutilisant. On a vu aussi arriver de nouveaux acteurs : data scientists, data visualisateurs, ou des porteurs de causes : ça pouvait aller des questions de parité, à l’analyse de l’immigration ou des coûts de la santé…

Avez-vous été inspirés par d’autres initiatives dans le monde ?

Pas vraiment. Ce que nous cherchions, c’était un récit français sur les données publiques et très vite nous avons pensé que la co-construction de la donnée d’intérêt publique, avec les citoyens, serait le cœur de ce nouveau projet.

De fait, ce nouveau Data.gouv.fr a mis en évidence une dimension de l’open data dont on n’a pas assez parlé jusqu’à présent : la construction par les citoyens de nouveaux points de vue. Dans les 600 réutilisations qui ont été postées à ce jour, on trouve un grand nombre d’interprétations, de data visualisations, d’analyses innovantes des savoirs cachés dans les données publiques. C’est de l’intelligence qui circule. J’aime beaucoup par exemple le travail de Grégoire Fleurot et Mathieu Garnier qui ont proposé, sur Slate, des analyses passionnantes à partir des statistiques de licenciés des différentes fédérations sportives. Personnellement, j’avais sous-estimé l’envie des gens de s’intéresser et construire d’autres savoirs et récits. On parle souvent de l’impact de l’open data en termes économiques mais on voit bien que ce n’est pas le seul.

Après trois semaines en ligne, les internautes sont-ils au rendez-vous ?

A son lancement le 18 décembre, la plateforme comptait 12 889 jeux de données, 458 réutilisations, 222 organisations dont 87 certifiées et 263 utilisateurs. En seulement trois semaines dont deux de vacances scolaires, nous sommes à 12 973 jeux de données, 614 réutilisations, 238 organisations dont 93 certifiées et 1066 utilisateurs enregistrés ! On peut vraiment penser qu’une dynamique est en train de prendre. C’est ce que l’on veut : faire vivre la plateforme comme un réseau social.

L’Open Knowledge Foundation Network (OKFN) a classé la France en 16e position de son classement concernant l’ouverture des données publiques en mettant en cause l’indisponibilité de données considérées comme « fondamentales », comment comptez-vous procéder pour remonter dans ce classement ?

Il faut relativiser ce classement. La France n’y est que 16e parce que le classement ne porte que sur 10 jeux de données (sur des centaines de thématiques possibles) et adopte une définition très rigoureuse de l’open data, qui nous pénalise parce que l’ouverture de certaines données (comme le droit) avait été engagée en France avant la naissance du mouvement open data et n’entre pas parfaitement dans ces critères. 

Sur l’accès au droit, en effet, la France avait démarré avant l’open data. Legifrance a été décidé en 1997 et inauguré en 2002. Le site présente tous les textes en vigueur depuis 1539 ! Seulement à l’époque, le gouvernement avait autorisé la vente de la base de données source à des agents privés, ce qui pénalise le classement de l’OKFN.

Cela dit, les décisions du Comité interministériel pour la modernisation de l’action publique (Cimap) du 18 décembre dernier vont nous faire remonter dans ce classement.

Par ailleurs, le nouveau site va poser des questions très neuves à l’OKFN. Le classement nous reproche par exemple l’absence de jeux de données sur les codes postaux. Mais les internautes d’Open Street Map avaient créé ce savoir, que la société OpenDataSoft a complété et déposé dans Data.gouv.fr. Elle doit être vérifiée maintenant. Nous sommes donc le premier pays à diffuser des jeux de données crowdsourcés et déposés par une PME sur un portail gouvernemental.

Que manque-t-il encore à l’open data pour prendre de l’ampleur en France ?

Ce mouvement ne fait que commencer. Il porte en germe un profond renouvellement des relations entre l’Etat et les citoyens et de nouvelles stratégies d’aide à l’innovation.

Pour l’instant, le nouveau Data.gouv.fr a été fait afin de baisser la barrière à l’entrée pour les administrations qui veulent partager leurs données. Cela se fait en quelques clics pour elles. Il leur propose aussi une relation beaucoup plus étroite avec les innovateurs et les réutilisateurs. Chaque administration a son compte et peut suivre la réutilisation de ses jeux de données. Ce sera sans doute une vraie motivation pour les administrations.

Mais il reste beaucoup à faire, par exemple en créant de véritables infrastructures de données pour l’économie, dans le tourisme, le transport ou encore l’énergie. 

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