Imagine Cup : « Il faut former les jeunes aux enjeux économiques de l’industrie du jeu vidéo » share
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Imagine Cup : « Il faut former les jeunes aux enjeux économiques de l'industrie du jeu vidéo »

12 mars 2014

Un an après le lancement d’un groupe de travail avec les professionnels du jeu vidéo, le gouvernement vient d’annoncer le déblocage de 20 millions d’euros pour soutenir la transition numérique des industries culturelles.

Si les jeux vidéo y ont gagné leur reconnaissance en tant qu’objet culturel, leurs enjeux économiques sont donc au coeur des débats actuels.

Venu accompagner les jeunes participants d’Imagine Cup pour le lancement de la nouvelle édition de la compétition, Mickaël Newton, editorial communication coordinator chez le géant du jeu vidéo Ubisoft, a questionné avec eux les problématiques qui secouent le secteur pour mieux les préparer au marché qu’ils vont affronter. Celui qui gère l’optimisation de la relation son entreprise et les studios a donc pu partager son expérience pour mieux sensibiliser les jeunes programmeurs et game designers. Entretien.

Vous êtes mentor depuis déjà quatre ans, comment concevez-vous l’accompagnement des jeunes pousses en matière de jeux vidéo ?

Je pense que c’est bien qu’ils soient réunis et confrontés à des professionnels. C’est une bonne entrée en matière pour ce qui est de la concrétisation d’un projet qui sera peut-être professionnel à terme. Dans des événements comme celui-ci, c’est la première fois qu’ils sont exposés à des critiques de professionnels. On va remettre en cause leurs projets et leurs logiques qui ne sont pas encore affinées. C’est très important.

Notre but c’est de les observer avec un œil très critique mais toujours dans l’idée de les pousser plus loin. On a une idée plus claire qu’eux concernant les suites potentielles de leurs projets. Tous ces échanges leur permettent d’ouvrir les yeux. C’est aussi là où les différents profils commencent à s’affiner, au-delà même de leurs études. Il y a de vraies révélations comme de vraies déceptions.

Et ce qui est essentiel ici c’est leur état d’esprit : sont-ils dans une logique d’entrepreneurs ? Sont-ils prêts à commercialiser leur produit derrière ?

 

Justement en matière d’économie, quels sont les enjeux des industries du jeu vidéo aujourd’hui ?

Nous sommes dans un contexte étrange. Il y a une sorte de défaitisme en matière de soutien à l’industrie du jeu vidéo par rapport aux autres. On sent qu’elle pourrait être beaucoup mieux accompagnée, notamment si on compare la nôtre à celle de pays comme le Canada par exemple. Les 20 millions d’euros qui viennent d’être débloqués par le gouvernement concernent un grand nombre d’industries culturelles, donc les aides pour chacun sont encore très timides. 

Tous les mois on entend que des boites dans le secteur ont fermé. Le jeu vidéo n’est pas encore considéré comme une vraie industrie qui peut soutenir le secteur culturel français et c’est dommage. C’est une question de considération. On a de vrais profils, de vrais artistes, de vrais talents comme ici au bootcamp mais on ne les encourage pas. 

Quelles qualités doivent avoir les jeunes programmeurs et game designers pour réussir ?

Il faut avoir les reins solides et les idées bien carrées. Il faut un vrai business model et c’est ce qu’on tente d’enseigner ici aux jeunes du bootcamp. Ils n’y sont pas forcément sensibilisés pendant leurs études et ne cernent pas combien c’est important. Ce qu’il leur faut, c’est cette volonté d’entreprendre. 

Il y a un vrai potentiel sur les mobiles par exemple, il faut qu’ils saisissent cette donnée et profiter des opportunités. Les modèles comme le free to play sont déjà bien stabilisés. Le jeu est le support de toute économie virtuelle bien calibrée qu’ils doivent apprendre à connaitre.

Quel jeu citeriez-vous en exemple pour les jeunes du bootcamp ?

C’est peut-être cliché mais Candy Crush est une vraie réussite finalement d’un point de vue économique. Ce n’est pas un très bon jeu en termes de scénarisation mais en tout cas c’est une très bonne vitrine pour la société qui l’a créé, qui peut ensuite recruter du monde et valoriser ses autres projets. Ils ont trouvé une logique de monétisation viable et c’est essentiel aujourd’hui. 

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