Imagine Cup : dans les coulisses du bootcamp

11 avril 2011

(reportage photo : Bernard Lachaud)

Vous cherchez à sauver la planète mais vous manquez d’imagination ? C’était peut-être fin mars, du côté de Chaumont-en-Vexin en Picardie que se trouvait la solution : des dizaines d’étudiants imaginaient « un monde où la technologie nous aide à répondre aux enjeux les plus cruciaux de notre société. » 

Mais pas de panique, nous avons fait le déplacement et suivi le « bootcamp » de l’Imagine Cup 2011 pour vous. Suivez le guide.

Un weekend de bootcamp

Pour préparer au mieux les prochaines étapes de la compétition, tous les étudiants encore en lice se sont retrouvés pour un « bootcamp », les 25 et 26 mars derniers.

Le principe : donner deux jours aux équipes pour profiter de l’expertise des coachs et des experts pour affiner leurs dossiers, aussi bien sur le plan technique que formel, et les présenter devant des jurys exigeants.

Un véritable test grandeur nature, pour ces étudiants qui, pour certains, se retrouvaient pour la première fois ensemble physiquement, et qui venaient chercher les premiers retours approfondis sur leurs créations. Plongée dans les coulisses de cet événement.

« N’ayez pas peur … »

Le site est magnifique, le soleil au rendez-vous et l’ambiance excellente. Et pourtant. Certains jeunes développeurs sont tendus et répètent une énième fois leur présentation. Pierre-Louis Xech, directeur des relations enseignement supérieur et recherche chez Microsoft France [NDLR : l’éditeur de RSLN] tente de les rassurer :

« N’ayez pas peur, les jurys sont là pour vous aider à élever le niveau, ils seront sans doute bruts et francs mais ce sera uniquement pour vous aider ».

Les jurys sont en effet plutôt impressionnants : entre experts en communication, spécialistes logiciel et créateurs de jeux vidéo, les attentes sont élevées et la critique sans concession :

« L’année dernière, j’étais déjà là. Notre jeu s’est fait démolir, ils nous ont montré qu’il n’avait aucun intérêt et qu’il n’était pas fun. Mais ils avaient raison. Cette année, on est bien mieux préparé et on est plus confiant » explique l’un des participants.

« Je n’ai pas compris comment cela fonctionne »

La première équipe à se livrer au redoutable « 5 minutes pour convaincre » est Show Me a Sign, qui présente un projet visant à aider les sourds et muets à se faire comprendre, à sortir de leur isolement, grâce à un ingénieux système de traduction des signes.

Si le projet répond parfaitement aux objectifs fixés, la présentation n’est pas encore tout à fait au point : « Il faut aller plus vite à l’information, je n’ai pas compris comment cela fonctionne. ».

Difficile équilibre à trouver entre explications techniques et présentation accrocheuse, tout cela souvent en anglais. Mais le weekend est long et les présentations nombreuses : de l’une à l’autre, les développeurs gagnent en assurance et les performances s’affinent.

Autre équipe engagée dans la catégorie Systèmes embarqués, LinkTV qui propose de simplifier la communication entre les personnes âgées et leurs proches grâce à un accès depuis un seul terminal, la télévision.

Concrètement, leur box centralise les mails, les SMS et autres MMS reçus et les affiche directement sur la télévision :

« Envoyer un message, une photo ou une vidéo à nos grands-parents est souvent problématique : c’est compliqué, c’est long et on n’a pas forcément le temps. Avec notre projet, on propose de faciliter cet accès, de casser la barrière, sans passer par un ordinateur » nous explique Franck Achkouyan.

Le projet plait aux jurys mais l’éternelle question se pose : « Et au niveau de la réalisation, vous en êtes où ? »

Les réponses varient entre les équipes mais pour la plupart, il reste beaucoup de travail :

« Nous travaillons dessus depuis décembre, on a un début de démo et le design est terminé. Le codage est en cours mais nous avons besoin d’un coup de main car le code est particulier » explique l’équipe LinkTV.

Car c’est également ça l’un des objectifs du bootcamp : proposer des solutions techniques et de l’assistance aux équipes qui n’ont pas nécessairement toutes les connaissances pour mener à bien leurs ambitieux projets.

« Au niveau technique, j’ai dû apprendre beaucoup de choses pour me mettre au niveau. J’ai travaillé tout seul, comme les autres membres de mon équipe, et avec le soutien de notre coach. Sur le CV, c’est un gros plus » détaille un jeune développeur.

Les jeux : des serious game écologiques

Mise à l’honneur cette année, avec le parrainage d’Ubisoft qui s’associe à Imagine Cup en envoyant des experts suivre les projets et dans les jurys, la catégorie Game Design était elle-aussi très riche, avec pas moins de sept projets.

La plupart sont logiquement des serious games écologiques, dans des mondes post-apocalyptiques, où le joueur doit collecter des déchets pour voir le monde renaitre ou pour tout simplement passer les niveaux.

Mais si le thème est commun, les réalisations sont très variées : du jeu de plateforme en 2D au jeu de tir en 3D en passant par des jeux puzzles, des jeux Windows Phone 7 aux jeux Xbox…

REW Project propose ainsi de jouer un survivant d’une catastrophe nucléaire et de tenter de redonner vie à une planète ravagée, en exploitant les capacités des différents personnages et en résistant à diverses attaques :

« Avec notre projet, on est en plein dans l’actualité. C’est un jeu éducatif, on cible les jeunes, pour les sensibiliser et leur montrer que les actions de chacun peuvent également avoir des conséquences bénéfiques : le monde se reconstruit, l’herbe pousse, la mer retrouve sa couleur originale… » nous racontent ses créateurs.

Gravity World, un jeu de plate-forme en 2D sur smartphone, propose lui de jouer avec la gravité pour collecter des déchets et atteindre la fin des niveaux. Développé par deux jeunes étudiants (dont un en première année !), le projet semble plaire au jury qui pousse l’équipe à poursuivre dans sa voie et à développer plus de niveaux « moins austères ».

Ces créateurs étaient justement venus chercher « des conseils, des idées de gameplay, des confirmations sur ce qu’on a envie de faire mais essentiellement une prise de recul, un avis extérieur pour dire ce qui est bien, ce qui est faisable et ce qui l’est moins ».

« Ce bootcamp, c’est notre coach à nous »

Autre exemple avec Lumens : un jeu « de puzzle » avec un style et une ambiance toute particulière, développé lui aussi par seulement deux étudiants. Le joueur incarne une petite boule d’énergie qui manipule les quatre éléments de la nature pour lui redonner son équilibre naturel.

Le joueur est confronté à une série d’énigmes dans des niveaux épurés :

« La boule d’énergie pourrait représenter l’essence même de la nature, nous voulions très peu de personnification, pas d’humain, seulement de la réflexion pure, réfléchir au jeu et à l’énergie que l’on va utiliser » détaillent les deux programmeurs.

Mais au fait, combien de temps pour développer un jeu ?

« On travaille dessus depuis un mois. On avait commencé un projet l’été dernier mais on avait arrêté par manque de temps.

Depuis les Techdays, on s’y est remis en se disant : on peut apporter quelque chose. Il nous reste un mois pour finir le projet, on est plutôt optimistes, même s’il reste des difficultés techniques. »

S’ils viennent chercher un avis extérieur et la précieuse critique des jurys, les développeurs qui travaillent sur Lumens ont pourtant décidé, contrairement à l’immense majorité des équipes, de se passer d’un « coach » – un professionnel qui les accompagne tout au long de la réalisation du projet :

« Ce weekend, c’est l’occasion de rencontrer d’autres jeunes développeurs, des professionnels, de nouer des contacts, d’avoir de nouvelles idées et opportunités. Ce bootcamp, c’est notre coach à nous. »

Pour tous ces développeurs, la route est encore longue jusqu’à la finale française du 5 mai prochain. Avant de, qui sait, peut-être partir défendre les couleurs françaises à New York cet été pour la grande finale mondiale.

Mais pour tous, futurs éliminés ou heureux vainqueurs, cette expérience, aussi bien technique qu’humaine, sera avant tout un grand pas vers de nouveaux projets et de nouvelles idées.

> Pour aller plus loin

> Imagine Cup, qu’est-ce que c’est exactement ?

Imagine Cup fête sa neuvième bougie avec cette nouvelle édition des championnats du monde étudiant de l’innovation numérique, organisée par Microsoft.

Comme l’année dernière, l’objectif pour ces étudiants est de répondre à un ou plusieurs des huit Objectifs du Millénaire pour le développement, adoptés en 2000 : « Imaginez un monde où la technologie nous aide à répondre aux enjeux les plus cruciaux de notre société. »

Concrètement : les étudiants candidats doivent imaginer des outils informatiques pour réduire la mortalité infantile et la faim dans le monde, pour garantir un accès équitable à l’eau et à l’éducation ou encore pour préserver les réserves énergétiques de la planète. Tous les détails sont disponibles ici.

Ambitieux ? Certes, mais sans pour autant oublier l’essentielle modestie nécessaire à ce type de projet, comme nous l’expliquait Fabrice Ferrier, coordinateur en France de la campagne du Millénaire des Nations Unies qui parraine cette année la compétition.

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