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Innovate for Good : le numérique au service de la solidarité

9 avril 2013

Comment utiliser tout le potentiel du numérique au service de projets solidaires ? Des nouveaux moyens de financement à des plateformes de partage et de réflexion collaboratives en passant par une formidable caisse de résonance et de mobilisation, il ouvre de nouveaux horizons pour la solidarité et tous ses acteurs.

C’est justement pour apprendre à en tirer le maximum et à utiliser tous ces outils le mieux possible que 120 jeunes de l’association Unis-Cité, appartenant au programme Rêve et Réalise, étaient réunis sur le campus de Microsoft France les lundi 25 et mardi 26 pour deux jours d’échanges, de formations et de partage autour du numérique solidaire.

Internet, réseau mondial au service du local

Premier objectif : montrer aux jeunes les possibilités offertes par le numérique, à toutes les échelles. Lorsqu’on pense au numérique solidaire, quelques grands exemples reviennent rapidement : l’utilisation du service Ushahidi pour cartographier de manière collaborative Haïti après le séisme de 2010 – et dont Clay Shirky était venu nous parler – est l’un d’entre eux.

Mais limiter l’impact du numérique à des projets internationaux et à grande échelle serait forcément réducteur. Et dans le cadre de projets locaux ou hyperlocaux, il peut également être un formidable outil.

C’est ce qu’est venu expliquer aux jeunes participants Elodie Vialle, rédactrice en chef de Youphil, un média dédié à toutes les formes de solidarité :

« L’exemple de cette cartographie humanitaire à Haïti, est un bon exemple d’appel à la communauté et peut être décliné à tous les concepts solidaires. Il est possible de cartographier les sites de soutien aux personnes sans domicile fixe comme la Soupe populaire pour qu’ils puissent y accéder plus facilement. C’est un véritable outil parce que, oui, les sans-abris ont malgré tout parfois un accès à Internet. »

Autre exemple de cartographie solidaire, avec la carte de tous les lieux accessibles aux handicapés, selon leur handicap. Handistrict est une plateforme qui réunit sur une même carte les lieux accessibles en fonction du ou des handicaps. Et chacun peut venir enrichir la carte, de manière collaborative.

Sarah a 19 ans. En France depuis deux ans, elle a vécu quelques mois dans la rue et veut profiter de son expérience pour « créer des ateliers artisanaux avec les SDF, pour les revaloriser et leur redonner confiance en eux. Les productions seraient ensuite vendues sur les marchés ». Les exemples présentés lors de cette journée pourraient lui permettre d’imaginer une carte collaborative et interactive des participants et des lieux de vente, similaire à celle des projets solidaires des 120 jeunes.

Comment financer des projets solidaires grâce au numérique ?

Le numérique permet également de repenser les modes de financement et les modèles économiques des projets solidaires :

« Le numérique solidaire c’est l’utilisation des nouvelles technologies pour faire avancer le monde. Quand on dit nouvelles technologies, c’est le web, les applications, le mobile. Mais aussi l’essor d’une nouvelle économie, collaborative, à travers l’émergence de sites d’économie collaborative comme « la Ruche qui dit oui » pour réduire les circuits entre producteur et consommateur. Ils marquent l’avènement d’une société économique collaborative » explique Elodie Vialle.

La question du financement est essentielle pour tous les projets solidaires portés par les jeunes innovateurs : Kisskiss Bankbank, Ulule ou encore Babyloan sont des sites qui permettent aux porteurs de projets de résoudre une partie de l’épineux problème des finances.

Chacun à leur manière, ils réinventent le financement participatif en permettant aux internautes d’apporter le soutien à des projets de plus en plus nombreux qu’ils soient artistiques, économiques ou justement solidaires. Babyloan permet par exemple, depuis 2008, à des projets qui ne seraient pas soutenus financièrement par les banques de l’être grâce à des prêts d’internautes :

« Votre argent permet par exemple de financer le projet d’une entrepreneuse démunie. Sans ces prêts/micro-prêts – si elle est exclue du système bancaire – elle ne pourrait pas financer son projet » détaille Elodie Vialle.

Le pouvoir des communautés en ligne

D’autres services comme Avaaz permettent une nouvelle façon d’envisager le numérique comme une formidable caisse de résonance pour des projets jusque-là peu visibles :

« Avaaz et change.org ont le mérite, au-delà de permettre aux citoyens de créer des pétitions pour soutenir les militants des droits de l’Homme, de médiatiser des causes qui ne le sont pas toujours » précise l’intervenante, définissant ainsi une autre déclinaison du numérique solidaire.

Un exemple ? Une entreprise du bâtiment du Bahreïn avait « attiré des travailleurs indiens avec de fausses promesses pour les faire travailler et a ensuite refusé de les laisser partir ». Une campagne s’est mise en route sur Avaaz pour faire libérer les travailleurs indiens et 20.000 signatures plus tard, sous la pression collaborative des internautes, l’entreprise acceptait enfin de les laisser partir. C’est la même chose avec les réseaux sociaux :

« Le web social, ce sont des relations qui permettent à chacun d’acquérir un savoir, des connaissances, de discuter et d’échanger » a ainsi expliqué l’un des intervenants venu présenter la force des réseaux aux jeunes porteurs de projets :

« Le community management d’un projet permet d’animer et d’échanger, comme on le fait avec son groupe d’amis, un groupe de travail ou … une marque avec ses fans. Il s’agit de maintenir une présence à l’esprit et d’interagir avec des potentiels volontaires, des soutiens ou simplement des curieux ».

Etre présent en ligne et sur les réseaux sociaux apparaît donc comme essentiel pour tous ces jeunes : Jules et Perrine viennent par exemple d’Angers. Ils sont là « pour rencontrer des gens qui travaillent sur le même thème que nous » . Leur projet Cultiver le regard veut créer des ponts entre différentes thématiques : solidarité, environnement et handicap comme l’explique la jeune femme.

« Nous voulons ouvrir le regard sur le handicap avec une activité autour de la nature. Nous travaillons avec des personnes valides et non valides pour créer des jardins. »

Ces jeunes innovateurs commencent tout juste leur activité. L’occasion pour eux de peaufiner une stratégie numérique pour « Cultiver le regard » avant le grand lancement. Et ainsi de pouvoir parfaire leur activité sur les réseaux pour faire parler de leur projet.

S’emparer du potentiel solidaire du numérique

Nourris de ces exemples et de ces applications concrètes, charge à ces jeunes entrepreneurs sociaux de s’en emparer pour faire connaître leurs projets en identifiant les communautés qu’ils intéresseront tout particulièrement, en créant des espaces pertinents et en y médiatisant leurs actions, leurs projets et leurs idées. Sans hésiter à réfléchir à une campagne de financement grâce à un site de crowdfunding pour donner une autre dimension à leurs projets.

Certaines des idées avaient d’ailleurs déjà un lien avec le numérique. Tristan a la vingtaine et son objectif en arrivant à Unis-Cité était de favoriser l’intégration des personnes âgées dans la société grâce aux nouvelles technologies :

« Internet est un réseau d’information et les cours d’informatique aux personnes âgées ou isolées permettent de les réintégrer. J’ai souvenir d’avoir été très touché par un vieil homme qui venait de retrouver à partir d’un moteur de recherche des images de voitures à vapeur qu’il avait connues. »

Autant d’initiatives à suivre de près sur les réseaux. Et ailleurs.

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